Madame Einstein
Marie Benedict

10 x 18
février 2019
381 p.  8,10 €
 
 
 
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coup de coeur

Un génie peut en cacher un autre, une autre en l’occurence

Disons le tout de suite, « Madame Einstein »
est un gros coup de coeur !

Mileva Maric intègre en 1886 l’Institut polytechnique de Zurich. Elle cumule les difficultés : elle est une des rares femmes admises dans ce prestigieux établissement, elle boîte à cause d’une malformation de la hanche et elle est serbo-croate.

Mais Mileva a la foi chevillée au corps. Elle est brillante en mathématiques et douée en physique. Elle a toujours été choyée et poussée vers les études par son père qui y voit pour sa fille un moyen de survie pour l’avenir. En effet,compte-tenu de son handicap , les parents de la jeune femme pensent qu’elle ne trouvera jamais un mari.

C’est peu de dire que Mileva ne sera pas bien accueillie dans cet univers exclusivement masculin. Seul un étudiant qui subit lui aussi une forme d’ostracisme en raison de ses origines juives lui témoigne une forme d’amitié : Albert Einstein.

Elle va travailler très dur pour se faire une place et être reconnue par ses professeurs. Elle a un but : « avoir le droit d’étudier les questions que les philosophes se posaient depuis la nuit des temps, celles auxquelles les grands esprits scientifiques de notre époque étaient prêts à apporter des réponses : la nature de la réalité, de l’espace, du temps, ainsi que son contenu. Je voulais me pencher sur les principes de Newton concernant les actions réciproques, la force, l’accélération et la gravitation, et les examiner à la lumière des dernières découvertes réalisées dans le domaine des atomes et de la mécanique afin de voir s’il existait une théorie unique capable d’expliquer la diversité apparemment infinie des phénomènes naturels et du chaos. »

Si Mileva résiste pendant longtemps à l’attrait qu’exerce sur elle Albert Einstein et à l’amour que celui-ci dit lui porter, elle finira par s’abandonner, Einstein lui promettant une vie de bohême où ils pourront tous deux exercer leurs talents de scientifiques à parts égales.

A partir de ce moment là va s’appliquer dans sa vie une des théories de Newton : « Le changement de mouvement est proportionnel à la force motrice imprimée et se fait selon la ligne droite dans laquelle cette force est imprimée. » C’est à dire que sa vie sera dirigée par la volonté d’Albert Einstein qui va révéler des aspects peu reluisants de sa personnalité.

Si le couple travaille ensemble sur des concepts et des articles scientifiques, Albert Einstein s’en attribue tout le mérite, Mileva découvrant seulement au moment de leurs publications qu’il a refusé que son nom y figure en temps qu’auteure.

De blessures morales en trahisons, Mileva fera bonne figure pendant des années, jusqu’au moment où elle comprendra qu’elle doit donner à sa vie une autre direction si elle ne veut pas se renier complètement.

Elle obtiendra le divorce ainsi que l’argent du Prix Nobel, les articles sur la relativité de 1905 étant le fruit de son propre travail. Elle élèvera seule ses deux fils dont le plus jeune souffrait de démence.

On peut se demander si ce roman n’est que fiction ou repose sur des faits véridiques, notamment en ce qui concerne les travaux d’Einstein. La découverte dans les années 1980 de lettres échangées par le couple entre 1897 et 1903 met à jour l’influence de Mileva sur les travaux d’Albert. Ces courriers avaient jusque là étaient tenus secrets.

J’avais lu il y a quelques années l’excellent « Le cas Eduard Einstein » de Laurent Seksik où Albert n’apparaissait pas sous un meilleur jour. Le roman de Marie Benedict y fait écho. Mais il paraît que tous les génies ont leur part d’ombre…

Précipitez-vous pour lire « Madame Einstein »car Mileva Maric mérite d’être découverte.

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