Night Train
Nick Tosches

traduit de l'anglais par Julia Dorner
Rivages
rivages noir (p
novembre 2017
309 p.  8,50 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

L’Amérique des oubliés

Attention, pépite. Huit ans après avoir cerné les filiations mafieuses du show business dans «Dino», vénéneux portrait du crooner Dean Martin (1992), Nick Toshes décortiquait celles de la boxe dans «Night Train», biographie romancée du champion des poids lourds Sonny Liston. La chronique d’une autre Amérique, celle des oubliés, esclaves modernes privés de rêve, à laquelle ce journaliste-écrivain multi-talents, ex-chroniqueur musical, un peu poète aussi, donne des accents d’épopée rock et de roman noir.

Liston était une brute, un athlète-né qui inspirait la crainte. Sûr de ses muscles et de sa technique, il cherchait toujours le KO, sachant que l’arbitre n’avantagerait pas aux points un fils de cueilleurs de coton. Sur un ring de Chicago, en 1962, ses cent kilos de hargne froide balayèrent en deux minutes et six secondes le bon Floyd Paterson, modèle du Noir respectable aux yeux de l’Amérique blanche. Le nouveau champion du monde perdit ensuite deux fois sur commande devant le jeune Cassius Clay-Muhammad Ali, dont les Black Muslims voulaient à tout prix faire un gagnant pour soutenir leur cause militante.

Nick Tosches oppose résolument les deux hommes et son coeur penche moins pour Ali, créature médiatique à ses yeux, que pour Liston, voyou et rebelle qu’il sent plus authentique. Son enquête accumule les dates et anecdotes, esquissant un destin faustien. On réalise bientôt que ce gladiateur des rings, redouté jusqu’à la haine, n’est maître de rien. Que la mafia s’est infiltrée partout dans sa vie et sa carrière, que les choix de ses adversaires, l’issue de ses combats, le montant de ses primes relèvent du seul bon vouloir de ses chefs.

Les gants raccrochés, Sonny Liston cherchera quel sens donner à son existence, tentera même d’enregistrer un disque de rock’n roll, dont nul n’a jamais trouvé depuis la moindre trace. Sa femme le découvrit mort, seul chez lui, peu après Noël 1970. Suicide ? Overdose ? Règlement de comptes ? Une énigme. Comme la chute d’un polar qui aurait dérapé de bout en bout. Cette réédition en poche nous confronte au style exigeant d’un auteur curieux et prolixe, dont l’acteur Johnny Depp a racheté les archives personnelles pour 1,2 million de dollars, signant le contrat de son propre sang…

 

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