Terrible jeudi
Nicci FRENCH

Traduit par Marianne Bertrand
Pocket
avril 2015
480 p.  7,90 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

le moment où tout a basculé

C’est une loi du genre : tout héros récurrent de polar présente une fêlure. Un traumatisme enfoui dans son passé, qui nourrit son besoin de sacrifice. Un drame personnel qu’il sublime en prenant ceux des autres à bras le corps. Et tôt ou tard, son créateur choisit d’approfondir ce moment-clef où la vie du personnage a basculé. Récemment, Michael Connelly, avec « Dans la ville en feu », s’est ainsi replongé dans la jeunesse du flic Harry Bosch. Et Arnaldur Indridason, avec « Etrange rivage », a lancé le commissaire Erlendur sur les traces de son petit frère disparu. Aujourd’hui, c’est Nicci French, avec « Le jour de l’innocence perdue », qui ramène la psy Frieda Klein là où elle a grandi.

Dans cette petite ville morne, une adolescente fragile a été agressée dans les mêmes circonstances qu’elle vingt-trois ans avant.

Epidode de transition, ce « Terrible jeudi » ne parlera qu’aux lecteurs avertis de « Lundi mélancolie », « Sombre mardi » et « Maudit mercredi », les trois premiers volets de la saga Frieda. L’action est minimale et le crime pointe sans doute vers trop de suspects évidents. Mais, comme toujours chez Nicci Gerrard et Sean French, les comportements sont d’une irréprochable justesse et les dialogues d’une absolue vérité. Le procédé est aussi infiniment plus riche qu’un simple flashback. Confrontée aux lieux de son enfance, à ses anciens camarades devenus adultes, aux espoirs et aux idéaux que chacun nourrissait alors, la quadra solitaire mesure le chemin parcouru, fait le deuil des occasions perdues et dresse le compte de ses vrais amis.

Tout s’éclaire alors. Pourquoi cette femme hyper-sensible et observatrice est désormais incapable de s’engager et de vivre un quotidien ordinaire. Pourquoi marche-t-elle des nuits entières, seule, dans Londres endormie. Pourquoi est-elle invariablement maussade, distante, secrète. Et pourquoi, à l’exemple de Sherlock Holmes, ses rares amis ne voient en elle que le meilleur et lui vouent une fidélité aveugle. A mi-chemin du parcours en huit étapes qu’ils ont entamé avec Frieda Klein, le couple de romanciers britanniques donne envie de suivre jusqu’au bout cette enquêtrice cérébrale et décalée, qui aimante les ennuis et les paumés. Vivement dimanche…

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