Tout n'est pas perdu
Wendy WALKER

traduit de l'anglais par Fabrice Pointeau
Pocket
mai 2016
408 p.  7,90 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Une intrigue vertigineuse

Et si l’on était, avec « Tout n’est pas perdu ? », en présence d’un phénomène comparable à « Gone girl », premier roman de Gillian Flynn, publié à l’été 2012 (« Les Apparences » en français), devenu un best-seller international et porté à l’écran avec succès deux ans plus tard par David Fincher ? Les points communs, en tout cas, ne manquent pas. Une histoire formidablement prenante, une romancière débutante qui affiche une maîtrise de reine du crime, l’actrice et productrice Reese Witherspoon qui acquiert les droits d’adaptation au cinéma avant même la sortie dans les librairies américaines… Tout semble réuni pour que l’inconnue Wendy Walker, auteur de ce thriller psychologique qui arrive en France en avant-première, ne le reste pas longtemps.

Cette jeune et blonde avocate de la Côte Est étale les secrets de famille d’une petite ville bourgeoise du Connecticut avec la même froide détermination qu’un paparazzi quêtant le scoop dans les poubelles d’une célébrité. A Fairview, cité résidentielle de la très grande banlieue new yorkaise, une adolescente de 15 ans, invitée à une soirée chez un camarade de classe, est violée dans un parc voisin. Sa mère, espérant l’aider à se reconstruire, opte pour un traitement chimique qui efface tout souvenir de l’agression. Son père, lui, veut comprendre, punir, venger. Un thérapeute les prend en charge, les écoute et fait l’intermédiaire avec la police. Et bientôt, il décide de réveiller la mémoire de la jeune fille…

Cette narration à la première personne, par le psychiatre, de ses séances, de ses conversations privées, et bientôt de sa propre vie de famille et de son propre passé, se révèle vertigineuse. Dans ce patient déshabillage de la personnalité de chacun des protagonistes, tout semble essentiel à la quête de la vérité. Les mensonges, les traumatismes, les lâchetés, mais aussi les amours contrariées, les amitiés cachées et cet instinct parental qui vire parfois à l’animal. Le vertige est d’autant plus saisissant que l’on ignore où nous mène ce grand déballage, dans lequel s’imbriquent la thérapie et l’enquête. Qu’on ignore aussi lequel de ces personnages est le pivot réel du drame, celui qui va le faire basculer vers une résolution, heureuse ou non. Wendy Walker noue et dénoue les situations les plus tortueuses. Elle nous tient au creux de la main. Elle nous bluffe jusqu’au bout. « Tout n’est pas perdu » est un coup de maître.

partagez cette critique
partage par email
 Les internautes l'ont lu

Il y a des livres qu’il ne faut pas lâcher, “Tout n’est pas perdu” en fait partie

Ce qui était censé être la soirée de l’année pour Jenny a viré au drame. Lors de la fête de l’école, Jenny Kramer 15 ans, est victime d’un viol d’une extrême violence. Suite à ce drame, on lui administre un remède supposé supprimer de sa mémoire tous souvenirs de ce traumatisme. Mais ce qui a été effacé de son esprit a continué à vivre dans son corps et dans son âme. Comment Jenny peut-elle se reconstruire sans savoir ce qu’il s’est réellement passé ce soir-là, tout en sachant que l’agresseur court toujours ? A travers les séances du docteur Forrester, toutes les personnes concernées, de près ou de loin par ce drame, vont peu à peu s’ouvrir au thérapeute, pour arriver de révélations en révélations à un final… complètement inattendu. Annoncé comme un thriller, j’ai été au départ quelque peu déboussolée par le manque de suspense (qui arrivera bien plus tard) et par le manque d’action. Pour moi, ce roman n’est pas un thriller à proprement parlé mais plutôt un roman psychologique, car ici, on est bel et bien dans la manipulation mentale. Au fil des pages, j’avoue avoir eu un peu de mal à continuer ma lecture, pour les raisons évoquées précédemment, mais aussi et peut-être surtout, par le malaise que m’a procuré ces confidences, notamment ceux des parents dont les idées divergent. Le sujet est déjà certes difficile, mais entrer dans l’intimité, dans les sentiments les plus profonds de cette famille, c’en est presque dérangeant. De nombreux flash-back viennent émailler cette histoire mais qui ne gênent en rien la lecture car le narrateur, le thérapeute nous remet facilement dans le contexte. Une très grande maîtrise de la part de l’auteure aussi bien dans l’écriture, le traitement du sujet (on ne croule pas sous des termes médicaux incompréhensibles) et surtout pour terminer sur un cliffhanger pareil. Et rappelons au passage que Wendy Walker exerce dans la vie le métier d’avocate. Je dirais presque que les 100 dernières pages ont été pour moi les plus intéressantes car on assiste à un revirement de situation qu’on ne voit ab-so-lu-ment pas venir. Un premier roman puissant, dont l’adaptation cinématographique est déjà en préparation et une auteure en passe de figurer parmi les plus grands. A suivre.

partagez cette critique
partage par email
 
coup de coeur

J’ai la mémoire qui flanche…

Alan Forrester est psychiatre dans une petite ville où il est seul à exercer cette profession. A ce titre, il soigne aussi bien des patients « civils » que les criminels de la prison du coin. Alan Forrester est un excellent psychiatre d’ailleurs… qui se retrouve à devoir traiter deux patients ayant vécu des traumatismes qui n’ont rien à voir entre eux en dehors du fait d’avoir bénéficier d’un traitement médical dont le but est d’effacer le souvenir de ce traumatisme (la mort de ses compagnons de guerre lors d’une mission en Irak pour Sean et le viol subi au cours d’une soirée étudiante pour Jenny). Afin d’aider ces deux patients, Alan Forrester va tenter de leur rendre ce souvenir en prenant toutes les précautions d’usage pour faire en sorte que la thérapie en cours ne vienne pas altérer ces souvenirs en reconstruction. Il faut restaurer, il ne faut surtout pas modifier, ces souvenirs ! Jenny va réussir à faire refaire surface à certains pans de son viol pendant que l’enquête de la police, harcelée quotidiennement par le père de Jenny, obnubilé par l’arrestation du violeur et la vengeance alors que la mère de Jenny veut s’ancrer dans l’oubli et le fait de passer à autre chose, avance petitement et révélant des zones d’ombre dans la soirée du propre fils d’Alan Forrester qui devient juge et partie, tiraillé entre son sens du devoir de praticien et celui de père. Au-delà de l’histoire, parfaitement construite et parfaitement et logiquement menée au terme choisi par l’auteur, on peut tirer un grand coup de chapeau à Wendy Walker pour son travail d’écriture sur les personnages. Chacun est exactement décortiqué, analysé, expliqué, détaillé et trouve sa parfaite place dans l’histoire. Que ce soit la mère, au passé incestueux avec le deuxième mari de sa mère, que ce soit le père, engoncé dans une éducation basée sur la culpabilisation et le rabaissement de soi, Sean dont l’angoisse innée qui est en lui n’a jamais été ni diagnostiquée ni traitée, les différents suspects (du jeune ado perdu dans son monde virtuel et violent à l’entrepreneur local qui vise un mandant électif) en passant par la peur du qu’en-dira-t-on inhérent aux petites villes provinciales américaines où tout le monde se connait et où tous les secrets ne sont que des secrets de polichinelle, le plus important n’étant pas, et de loin, que cela ne se sache pas mais surtout qu’on n’en parle pas, Wendy Walker donne là une leçon de construction d’intrigue et de gestion de la psychologie des personnages qui force le respect. Rien à redire non plus sur le style : malgré une présentation de l’histoire comme si nous assistions à une conférence portant sur la description par un spécialiste d’un cas clinique particulièrement représentatif, Wendy Walker n’est jamais ennuyante et parviens à y glisser petit à petit les éléments propres à transformer ce descriptif clinique en confession d’Alan Forrester qui a bénéficié, à son corps défendant, d’une position centrale d’où il a pu appréhender toutes les facettes de l’histoire qu’il nous livre. Wendy Walker joue, dans une balance parfaite, des traumatismes de l’enfance, de la violence, de la solitude, des souvenirs, de la mémoire… Gros coup de cœur pour ce livre !

partagez cette critique
partage par email