Trafiquants et associés
Sebastian Rotella

J'ai lu
mai 2018
360 p.  8,40 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Lire notre interview de Sebastien Rotella « Je suis le produit du rêve américain » > ici 

partagez cette critique
partage par email

Action et émotion

Pas de préliminaires superflus pour le retour de Valentin Pescatore. C’est en pleine jungle guatémaltèque, infiltrant un réseau de passeurs de migrants, que le trouvent les premières pages de  » Trafiquants & associés « . Chaleur moite et tension à couper à la machette. D’emblée, ce troisième volet de la série nous replonge dans l’atmosphère de  » Triple Crossing  » (2012) et du  » Chant du converti  » (2014). L’attente n’est pas déçue.
Car on s’est langui de l’attachant duo de baroudeurs que le jeune ex-policier des frontières US forme avec l’ex-journaliste mexicain Leo Mendez. Mais leur créateur Sebastian Rotella a fort à faire, lui-même, à enquêter pour le site Pro-Publica, qu’il a rejoint au moment où leurs aventures prenaient forme dans son imagination, en 2010. Et s’il n’était pas ce journaliste d’investigation passé, dans sa carrière, de l’ébullition de la zone frontalière à celle des banlieues françaises, des tueurs des cartels aux filières djihadistes, ses romans n’auraient ni la même profondeur, ni le même parfum de vérité.
Quand Valentin traque un témoin du massacre de dix migrantes africaines, on est donc avec lui sur le terrain. On sent que l’auteur s’est mis à la fiction pour donner davantage de sens et de relief à un matériau qui reste, à la base, journalistique : lieux, personnages, méthodes. Et cette zone grise où il fait évoluer son héros, en marge d’une enquête officielle, rappelle ces coulisses du pouvoir où se troquent les confidences  » off the record « . Léo n’est pas en reste et nage dans des eaux tout aussi troubles, tuyauté par un intermédiaire mexicain douteux sur une holding new yorkaise soupçonnée de blanchiment.
Les deux affaires vont rebondir du Chiapas jusqu’à Rio de Janeiro, via l’île italienne de Lampedusa, pour finalement s’imbriquer. Sebastian Rotella y fait défiler un véritable carnet d’adresses de grand reporter : tueurs à gage ou criminels en col blanc, réfugiés plongés dans la clandestinité ou fonctionnaires rescapés de la jungle bureaucratique. Ses méchants sont aussi violents que ceux de Don Winslow dans  » Cartel « , ses héros aussi superbement inconscients. L’action, même à coup de gros calibre, n’empêche pas l’émotion. Le duo Valentin-Léo garde jusqu’au bout cette touche d’humanité et d’optimisme qui nous fait espérer de nouvelles retrouvailles.

partagez cette critique
partage par email

je joue !

jusqu'au 22 septembre 2019

retour à la page d'accueil