Une allure folle
Isabelle Spaak

Le Livre de Poche
février 2016
224 p.  7,10 €
ebook avec DRM 13,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Allure folle ou douce folie ?

Dans son troisième livre, Isabelle Spaak part sur les traces de sa grand-mère Mathilde et de sa mère Annie. Elle retourne à Bruxelles dans la demeure qui fut la leur, pousse les portes, consulte le courrier, ouvre les lettres, et se plonge dans les photos. Il s’agit pour elle de cerner ces femmes dans les deux sens du terme. Elle veut les approcher pour tenter de les comprendre, mais aussi marquer d’un trait net le contour de leur image mouvante. Car on peut qualifier Mathilde et Annie de femmes fortes, secrètes, atypiques, déjantées, étonnantes autant que détonnantes. Mais cela ne suffit pas. Elles échappent à toute tentative de définition. C’est le titre, qui les résume sans doute le mieux. Mathilde et Annie ont une allure folle, et sans doute autant d’allure que de folie.

Isabelle Spaak avait déjà parlé de sa mère dans « Ça ne se fait pas », son premier roman paru en 2004. Mais on n’y fera pas allusion ici afin de ne pas gâcher l’effet de surprise de ceux qui ignorent tout de la vie de la romancière, issue d’une illustre famille belge. La narratrice joue les détectives. Sa quête prend l’allure d’une enquête qui lui permet de dessiner en creux le portrait des deux femmes. Mathilde élève seule sa fille Annie, après l’avoir mise au monde sans le soutien d’Armando, déjà marié. Elle passe sa vie à attendre ce bel Italien, de dix ans son aîné. Il a deux vies, deux filles qui ne se connaissent pas et « comme Cadet Roussel au moins trois maisons ». Alors Mathilde reste la cinquième roue du carrosse, souvent courtisée certes, mais jamais épousée et toujours délaissée. Elle se fait passer pour une femme mariée, afin de donner à Annie le nom de ce père qui ne voulut jamais la reconnaître. Mais ironie du sort, il lui faut aussi faire semblant de divorcer pour quitter Armando. « Mathilde la moquée, la disputée, la déjantée, la mise de côté » multiplie les frasques et collectionne autant les amants que les cadeaux qu’ils lui offrent.

Le duo « mère-fille », que dépeint Isabelle Spaak, s’apparente à un couple. Mathilde refuse le statut de « fille mère » qui reste pourtant le sien. Annie ne veut surtout pas ressembler à sa maman, mais hérite de sa liberté et de son courage. De sa folie aussi. Comme Mathilde, elle n’en fait qu’à sa tête et finit par perdre la sienne. Ni l’une, ni l’autre ne craignent le qu’en-dira-t-on. Toutes deux défient les normes, et envoient promener avec la même jubilation hommes, enfants et bienséances. Qu’importe si elles se retrouvent mises au banc! Annie eut deux maris, six enfants et la destinée d’une héroïne antique. La tragédie conjugale de cette mère, qui la marqua au fer rouge, Isabelle Spaak l’évoque sans s’appesantir. A quoi bon s’y attarder puisqu’elle l’a déjà racontée dans son premier roman? L’enquête qu’elle mène ici vise à donner une autre image de sa mère. Plus qu’une nouvelle image, c’est un statut qu’Isabelle Spaak lui offre. On peut voir dans ce roman poétique une tentative de réhabilitation. Comme les femmes qu’il décrit, il a une allure folle.

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 Les internautes l'ont lu

Aimant découvrir les auteurs de mon pays et ne connaissant Isabelle Spaak (Prix Rossel 2004 avec ‘Ca ne fait pas un roman’), j’ai eu envie de découvrir sa plume. C’est notre lecture commune avec Julie. ‘Une allure folle’ nous présente le destin hors du commun de deux femmes qui ne sont autres que la mère et la grand-mère de l’auteur. Isabelle Spaak, à partir de documents en sa possession – cartes, photos, lettres .. – reconstitue l’histoire de ses ancêtres féminines. Je ne vais pas vous conter leur histoire mais je peux vous dire que l’on effectue un voyage des années 1920 à 1981, que l’on voyage de Belgique en Italie en passant par Paris. Deux femmes au destin exceptionnel, deux véritables électrons libres avec des personnalités fortes et différentes. On passera des futilités, de la légèreté, de l’argent pour Mathilde à la prise de risque mais aussi à la tragédie pour Anny. L’idée de départ est sympathique mais j’avoue m’être perdue dans les dédales de la narration mêlant en vrac les réflexions de l’auteur, les dialogues et les faits. C’était une lecture à géométrie variable. Une première partie qui a pour ma part suscité peu d’intérêt, celui-ci s’est amplifié pour la seconde partie qui nous parle d’Anny et de son rôle lors de la seconde guerre. Un récit qui prend son sens très loin dans le récit, ce n’est qu’à ce moment que l’on comprend mieux les moyens d’arriver à son aboutissement. La plume est fluide par intermittence, l’écriture particulière. Mon attention a vraiment été soutenue et une réelle émotion s’est dégagée en seconde partie du récit. A la recherche de ses racines et un questionnement, car si aujourd’hui elle a pu reconstituer cette histoire familiale c’est grâce aux traces, photos, écrits.. Quand sera-t-il demain pour les générations futures à l’ère de l’instantané, des réseaux sociaux , de l’éphémère ? Ma note 7/10 Les jolies phrases Les regrets ne servent à rien, se persuade le taxi, notre pays est celui que nous avons choisi. Comme un feu de cheminée ranimé, l’amour relevé de ses cendres s’appelle un « retour de flammes ». La flambée éteinte se réveille avec une vigueur nouvelle. Timide au premier abord, inattendue surtout, elle lèche d’autant plus vite le bois noirci, l’entoure, le cajole, rallume tout, la passion, le corps, les sens, les mots fous, les mots doux, les promesses de ne jamais plus se quitter. Il faut se méfier. Car si les bûches calcinées peuvent mettre le feu à la maison, leur ardeur ne dure guère. Oh! Comme je voudrais te crier je t’aime comme tu le cries, lui répondit-elle. Mais les sentiments les plus profonds sont voués au silence. Pour ne pas y rester sourds, mieux vaut les aborder comme si nous étions muets. J’aime ta description de la tempête de neige, s’émeut Guillaume. C’est l’image de notre bonheur au milieu de la fureur des nations. Dire « maman » c’est refuser de quitter son statut d’enfant, se lover dans un cocon, s’y trouver à l’aise.

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nuit blanche

Une allure folle… Trois femmes fortes

Comment écrire l’histoire de sa famille ? C’est à cette question qu’Isabelle Spaak tentait de donner une première réponse avec son premier roman, Ça ne se fait pas (2004), dans lequel elle racontait la fin tragique de ses parents en 1981. On retrouve du reste la scène de l’assassinat de son père, le diplomate Fernand Spaak, par sa mère puis de son suicide par électrocution dans ce nouveau livre. Car la petite-fille du grand Européen Paul-Henri Spaak n’en a pas fini avec sa généalogie. Découvrant papiers, documents, lettres et photographies, elle s’attaque cette fois aux femmes de la famille. À commencer par sa grand-mère Mathilde dont on comprend très vite que le portrait «officiel» ne rend pas compte de toutes les facettes de cette femme étonnante à bien des égards. «Une femme futile, uniquement préoccupée d’elle-même. C’est le portrait de Mathilde vue par maman.» Un portrait que la vieille dame semble prendre un malin plaisir à alimenter en adressant des cartes de vœux depuis la Côte d’Azur où elle semble passer une retraite paisible après une vie pour le moins mouvementée. Elle a rencontré Armando, un riche Italien, dans les années 20 à Bruxelles. De ce couple illégitime naîtra une fille, Annie – la mère de l’auteur – qui prendra le nom de son père de manière illicite. L’étranger numéro 703152 «a passé sa vie à solliciter des visas d’entrée dans son pays d’adoption, contrée de brumes, de landes, de ports, de forêts giboyeuses. Une terre où il se sent appelé par les souvenirs et le cœur.» Mais sa situation conjugale mêlée au fracas des armes rendront la chose impossible. Il mettra toutefois un point d’honneur à assurer l’indépendance financière de Mathilde et de sa fille et organisera les meilleurs soins à Paris lorsqu’elles seront toutes deux victimes d’un grave accident de voiture. La Seconde Guerre Mondiale servira aussi de révélateur en ce qui concerne Annie qui a épousé Guillaume et se rêve une vie loin des turpitudes de ses parents. «Maman toujours si droite, si pure, elle qui voulait tellement que sa vie soit parfaite. À la fin de la guerre, quand le contact avait été renoué avec Armando toujours coincé en Italie, Guillaume utilisait le terme de ménage exemplaire pour décrire son bonheur conjugal. Trois bambins adorables, une excellente maman, un home à la campagne. Nous nous suffisons à nous-mêmes, n’est-ce pas la preuve de l’accord parfait ? hasardait Guillaume comme s’il voulait s’en persuader.» Mais dans la Belgique de l’après-guerre les choses bougent vite. Entre épuration et question royale, entre promotion pour Guillaume le Résistant et troubles politiques, Annie – que l’on découvrira tout autant, sinon encore davantage Résistante – choisit de quitter son foyer, d’épouser son amant et d’assumer le qu’en dira-t-on : «Je ne dis pas que maman a eu raison de quitter Guillaume et leurs trois enfants pour vivre sa passion avec mon père, tout recommencer, donner naissance à trois autres enfants, construire une autre famille, la mienne. Et à nouveau tout ficher par terre. Mais qu’elle aurait été sa vie si elle était restée ?» Si l’auteur n’en a pas fini avec les questions, elle nous offre une réflexion lucide et passionnée sur les rouages qui construisent et détruisent les couples, sur la façon d’«inventer» les histoires familiales et de les transmettre, sur la manière d’explorer les drames et les secrets et de sans cesse réécrire le roman de sa vie, avec une allure folle !

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souvenirs d’une mère

Isabelle Spaak est une romancière belge, fille et petite fille de diplomates émérites. Vu de loin, tout semble parfait dans ce milieu privilégié. Et pourtant, Isabelle Spaak est hantée par la mort tragique de ses parents: sa mère a tué son père avant de se suicider. Pour mieux comprendre les failles de sa mère, Annie, la romancière revient sur son parcours mais également sur celui de Mathilde, la grand-mère libre et rebelle. Isabelle Spaak retourne sur les lieux de son enfance à Bruxelles et en Ardennes, relit le courrier, analyse les photos…au fil des pages, Isabelle Spaak nous livre une part de sa vérité au-delà des mensonges et faux semblants.

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