En attendant le jour
Michael Connelly

traduit de l'anglais par Robert Pépin
Calmann-Levy
mars 2019
432 p.  21,90 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Un Connelly post #metoo

Renée Ballard. Il va falloir se mettre ce nouveau nom dans la tête. Le mémoriser comme ceux de l’inspecteur Harry Bosch et de l’avocat Mickey Haller, sortis plusieurs années avant de l’imagination de Michael Connelly. L’aîné poussé doucement vers la retraite, le cadet moins tout terrain du fait de sa spécialité (les affaires pourries) et son mode de fonctionnement (la voiture comme bureau), cette jeune inspectrice du commissariat de Hollywood est appelée à nous revenir souvent. Au fil de sa première apparition, l’auteur en dévoile juste assez sur son passé, sa vie privée, son caractère, pour qu’elle s’insère en douceur dans la trame policière. Comme avec ses deux héros mâles, il donne la priorité à la vraisemblance de l’intrigue, à l’exactitude des procédures, à la précision des rapports d’enquête. Indispensable car cette trentenaire d’ascendance hawaïenne – peau mate, chevelure brune, addiction aux sports aquatiques – mène en parallèle les deux affaires qu’on lui confie et trouve aussi le temps de fouiner dans une troisième dont on veut l’écarter. Bosseuse, intuitive, déterminée. Et forcément efficace. Sur cette fusillade qui n’est pas ce dont elle a l’air – une boîte de nuit, quatre truands abattus, des témoins fuyants comme des anguilles – elle boit un peu la tasse en nageant dans les rivalités et pressions entre services, mais elle prend très vite le bon courant. Pourtant, à la différence de Bosch ou Haller, moines-soldats de la justice californienne, Ballard ne se révèle pas uniquement dans le travail. Ce volet « pilote » de la série la laisse exister sans son insigne et son flingue. Sur son paddle, auprès de son chien, parfois de sa grand-mère. Et dormant sur la plage, sous sa tente ou dans son mini-van. Pas d’adresse fixe, pas davantage d’attache sentimentale. Une vie sexuelle réduite à son expression la plus hygiénique : un maître-nageur ou un collègue, de bons coups en passant. Là où Harry Bosch le misanthrope lutte pour se rapprocher de sa fille et entretenir le lien, Renée Ballard se révèle une solitaire épanouie, une indépendante réfléchie. Ses longues séquences d’isolement – longues dans la chronologie de l’histoire, pas dans la lecture – installent la psychologie de cette fliquette post-MeToo, mal vue de ses chefs pour avoir dénoncé celui d’entre eux qui la harcelait. Cette femme-là est bien dans sa peau, bien dans son époque, et l’invitation de Michael Connelly à la suivre ne se refuse pas.

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je joue !

jusqu'au 22 septembre 2019

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 Les internautes l'ont lu
coup de coeur

ENERGIE ET INTEGRITE

Mes vifs remerciements au site Netgalley et aux Editions Calmann Levy pour l’avant-première de ce policier captivant, d’un auteur M. Connelly de renommée mondiale à juste titre méritée. Ce roman a déjà reçu le prix Barry en 2018, un prix littéraire policier décerné chaque année depuis 1997 par les éditeurs de Deadly Pleasures, une publication trimestrielle américaine..
Si je connaissais Connelly de longue date, j’ai beaucoup apprécié retrouver ses enquêtes complexes mais aucunement alambiquées. Le style énergique de Renée Ballard m’a conquise. Cette nouvelle héroïne entre avec succès dans la garnison des personnages de l’oeuvre de Connelly. La texture de ce roman fournira là encore, matière pour un scénario de film à rebondissements.
Les 400 pages haletantes nous captivent dès le départ du roman. On immerge immédiatement dans les faits divers nocturnes avec l’équipe composée de Renée Ballard et Jenkins. Les deux premières affaires soumises des premiers chapitres assez courts pronostiquent un rythme dynamique. Ce roman policier, présente l’intérêt d’une certaine densité par les affaires qui sont présentées, le schéma de deux enquêtes parallèles en cours, des personnages très bien campés procurent plusieurs heures de lecture non-stop.
Mickael Connelly n’hésite pas à dénoncer la rudesse de la société, et en particulier dans la police. Il illustre le problème récurrent de flics pourris. Jenkins (Jenk off = branleur anglais) symbolise le souffre-douleur du commissariat, victime consentante de la pénibilité des horaires. Le mépris de ses collègues, hormis Ballard, accentue sa sympathie. Par l’intermédiaire de ses personnages l’auteur condamne le sexisme, et l’hypocrisie autour, même dans le milieu policier. Avec un certain pessimisme, le livre se clôt sur ce thème avec un certain fatalisme autour de cette question, mais une résignation rejetée avec force notre héroïne.
Deux enquêtes parallèles
Deux enquêtes pour des crimes de nature différente sont imbriquées.
Une enquête dans lequel trempe un policier, est fréquente dans les polars, mais souvent cette hypothèse déconcertante surgit après un long aboutissement. Or, ici, cette éventualité survient tôt dans le raisonnement de Ballard ; mais le mystère tournera surtout autour des motivations et de l’identité du coupable. Et belle performance de suspens.
Une autre agression de nature sexuelle illustre un fait de société, à première vue mondialement répandu. La pugnacité de Ballard à démasquer le criminel transphobe avec un homme tabassé de vouloir devenir femme met en lumière cette réalité d’intolérance contemporaine. Le courage et la ténacité de Renée Ballard va nous guider dans la progression pour éclaircir l’opacité qui recouvre le crime.
Peut-être parce que plusieurs enquêtes évoluent dans deux domaines différents, le lecteur n’est jamais induit dans une confusion. Ballard jongle de l’une à l’autre, et on la suit dans une progression trépidante mais très cohérente meme dans des situations d’inconfort ou de dangers extrêmes.
L’auteur nous initie au jargon et pratiques dans les commissariats, ou de la police criminelle. L’écrivain partage ainsi son travail de recherche auprès de policiers expérimentés pour nous illustrer les pratiques du métier de policier. Ainsi, on comprend les règles appliquées pour les scellés, des armes autorisées pour les officiers, les relevés d’empreintes, les écoutes, les flagrants délits… et moults détails dans le domaine.
Une héroïne remarquable
Les agissements de Renée Balart façonnée d’une forte et noble personnalité sont appropriés avec justesse au récit. Ce personnage féminin à tout à fait l’étoffe d’une héroïne humaine : forte dans ses convictions (elle ne se laisse pas impressionner quand la justice est en jeu), elle sait écouter ses sentiments par ailleurs, et s’attendrit encore d’un passé cicatrisé (la mort de son père). Cette nouvelle héroïne si bien cadrée et dosée dans la galerie offerte par M. Connelly, je lui pronostique une belle longévité.
Le mode de vie pittoresque révoque le conformisme traditionnel en adéquation avec son caractère solitaire mais loin d’être asociale. Indépendante et curieuse, son métier de policier est le fruit d’une réflexion étudiée puisqu’elle avait commencé sa carrière en tant que journaliste. Sa rigueur et son pragmatisme lui permettent d’associer sa profession avec ce qui lui tient à cœur : la pratique sportive, ses responsabilités vis à vis de sa chienne Lola et des liens étroits avec Tutu sa grand-mère. Avec modération mais sincérité, elle s’accorde des relations amicales et sexuelles. Cet équilibre de vie s’adapte totalement à la cohérence du récit. Une fille saine.
Pour ne rien gâcher, son intelligence et ses manœuvres calculées génèrent des résultats appréciés et reconnus de ses collègues et de sa hiérarchie. Sa compétence est établie, sa ténacité aussi.
Je redécouvre Connelly avec cette nouveauté. On en entendra beaucoup parler, alors je vous conseille vivement de vous y plonger. Il réunit qualité (mon coup de cœur du mois) et quantité (plusieurs heures de lecture garanties).
Bonne lecture !

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coup de coeur nuit blanche

Super Héroine !!

Nous avons suivi avec constance depuis des années, les enquêtes d’Harry Bosch. Aujourd’hui, Michael Connelly nous présente sa nouvelle héroïne, Renée Ballard, et le moins que l’on puisse dire, c’est que sa vie n’est pas plus calme….
Obligée de faire avec un travail de quart de nuit dans un commissariat de Los Angeles, Renée partage son temps entre la pratique du paddle, sa grand mère et sa chienne, en attendant mieux. Une nuit, elle se retrouve sur deux dossiers étranges, qu’elle décide de continuer à travailler sur ses heures de repos le jour.
Elle va se retrouver malgré elle, confrontée à son passé et à son ancien partenaire qui a joué un rôle important dans sa vie actuelle.
Entre vengeance, soif de vérité, et méthodes toujours aussi « border », elle attendra vraiment le jour avec impatience…. et nous, la suite de ses aventures !!!

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