Et je disparaîtrai dans la nuit
Michelle McNamara

Kero
mai 2018
400 p.  21,50 €
 
 
 
 Les internautes l'ont lu
on n'aurait pas dû

MONSTRE RATÉ

Évidemment, sur la seule foi d’une couverture aussi ratée, il peut paraître compliqué d’ouvrir ce livre.
Pourtant, tout pour plaire : une histoire de tueur en série non identifié, non découvert, une enquête reprise des décennies plus tard par une journaliste du net, fondatrice d’un site spécialisé dans les affaires criminelles peu ou pas élucidées, « True crime diary », la mort brutale de ladite enquêtrice en 2016 sans qu’elle ait pu mener à son terme son grand oeuvre…du sang, de la violence, des larmes, du mystère.
Mais l’écriture dans tout ça? Une préface de Gillian Flynn, bon oui, pourquoi pas, un blurb de Connelly, oui, bon, Capote convoqué comme inspirateur, ok…mais ça ne suffit pas. Après il s’agit surtout d’une pluie de détails, un déroulé de faits, immenses, s’étalant sur plus de 10 années, interminables litanies de sévices, de circonstances, de situations, de témoignages…on finit par s’y perdre. L’effroi lui même se dissout, peu à peu, dans cet exposé, comme dans un épisode des Experts.
Quel meurtrier, pourtant, quelle sauvagerie, quel palmarès…Alors oui, par ci par là, les progrès de la science, l’irruption de ‘ADN dans les enquêtes, le surgissement d’internet aussi, oui d’accord on a bien là au travers d’une histoire sans issue toute une époque qui se présente et qui disparait, et un tueur lui même qui finit, à son tour, par se retirer, par stopper son carnage, comme ça d’un coup…Mort? Emprisonné? Malade? Marié? On ne sait, l’auteure non plus.
Alors, oui, on la devine passionnée, acharnée, plantée là avec la ferme volonté, la farouche détermination de ne rien laisse filer, de tout faire pour trouver.
Mais non. Sa mort ne l’entendait pas de cette oreille.
Et le livre se termine par une adresse au tueur, plutôt réussie, pas comme une menace mais comme une prophétie : on te retrouvera, même vieux, même tard, on finira par te tomber dessus, c’est inévitable, et si aujourd’hui tu ne peux plus tuer, tu paieras, tu finiras par « entrer dans la lumière », lui prédit l’auteure, peut-être peu de temps avant de plonger, elle, dans l’obscurité.
Il y a du matériel dans ce livre, ce projet, mais, avorté, il aurait dû rester au stade de brouillon. Aujourd’hui, si mal mis en valeur, par la couverture, donc, le titre à la Patricia Mc Donald, et une mise en page low cost,cet objet ne résonne pas, il ne cingle pas, il n’effraie pas, ne glace pas une seconde. Le monstre, en fait, n’est jamais là, le sang, froid.

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