L'agence
Mike Nicol

traduit de l'anglais par Jean Esch
Gallimard
Série Noire
septembre 2019
560 p.  22 €
ebook avec DRM 15,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Une certaine décadence

En Afrique du Sud, l’actualité apporte chaque jour une vague d’idées fraîches aux auteurs de fiction. Avec une Histoire récente aussi riche, une société multiculturelle qui bouillonne, une vie politique jamais apaisée et une criminalité galopante, les romanciers locaux ont une matière précieuse à portée de main. A l’égal d’un Deon Meyer ou d’un Roger Smith, Mike Nicol, ancien journaliste lui aussi, excelle dans ce genre à double détente, où l’imagination carbure au réalisme. « L’agence », son 11eroman et son 7epolicier, peut ainsi se lire à deux niveaux. Bâti comme un thriller d’espionnage classique, le livre entremêle plusieurs intrigues autour des différents protagonistes d’un complot. Le mystère est posé avec une tentative d’assassinat, au Cap, visant un homme d’Etat africain en exil. Les services de renseignement locaux, savamment cloisonnés, n’ont pas levé le petit doigt. Qui manipule qui ? Craignant d’en savoir déjà trop, les petits nervis impliqués dans la fusillade fuient les plus gros. Entre deux missions, l’espionne Vicky Kahn flaire de loin le coup tordu et revient s’en mêler. Se méfiant de ses chefs, elle appelle à la rescousse son chéri, le surfeur Fish Pescado, détective privé à temps partiel. Les deux intrépides vont infiltrer l’entourage présidentiel en essayant d’éviter les balles perdues. C’est là que « L’Agence » devient un roman à clefs. En décrivant des lieux de pouvoir où règnent un luxe et une impunité indécents, Mike Nicol signe une violente charge contre la corruption et le népotisme régnant au sommet du régime. Les vrais noms ne sont jamais cités, mais les accusations visent clairement celui qui a succédé à Nelson Mandela et dilapidé son héritage, l’ex-président Jacob Zuma… Cette vision romancée d’une certaine décadence est captivante. Elle éveille la curiosité sur cette nation qui semble toujours chercher la paix avec elle-même. Elle incite surtout à chercher ailleurs des réponses plus fouillées. Mike Nicol promet l’évasion mais donne aussi à réfléchir : le Graal de tout bon romancier.

 

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jusqu'au 22 septembre 2019

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