Revolver
Duane Swierczynski

traduit de l'anglais pas Sophie Aslanides
rivages
rivages noir
janvier 2020
378 p.  23 €
ebook avec DRM 16,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Une impeccable histoire de flics

On a croisé des policiers de sang irlandais chez Dennis Lehane (« Un pays à l’aube ») et chez Don Winslow (« Corruption »), un détective d’origine grecque chez Georges Pelecanos (la série Nick Stefanos) et des enquêteurs d’ascendance italienne chez à peu près tous les grands auteurs du genre… La littérature noire américaine est un melting pot naturel, où chaque communauté tient son rang. Avec Duane Swierczynski, on s’immerge dans la diaspora polonaise. Cet ancien journaliste de 47 ans, qui a grandi à Philadelphie, plante dans sa ville natale le décor de « Revolver », son septième roman. L’intrigue court sur trois époques et trois générations d’une même famille, les Walczak. L’année 1965 est celle de Stan, le grand-père, agent de terrain consciencieux, patriarche austère et strict, pourtant abattu dans un bar avec son équipier comme un vulgaire truand de quartier. L’année 1995, celle de son fils Jim, inspecteur torturé, secret, buveur, hanté par la libération du meurtrier présumé de son père et rongé par un crime non résolu, le meurtre et viol d’une jeune journaliste, autour duquel se sont déchaînées les passions et les pressions. L’année 2015, enfin, celle d’Audrey, fille de Jim et étudiante en criminologie peu inspirée, dont la motivation défaillante va s’éveiller au contact des drames familiaux. Dès son entrée en scène, en pleine retrouvailles du clan, elle est assaillie de questionnements : sur la mort de son grand-père, sur ce qui a détruit son père, sur le sens à donner à sa vie… A mesure qu’elle bouscule ses proches et leurs conventions, une succession de flash-backs successifs va nous ramener aux derniers jours du grand-père et aux errances du père, reliant peu à peu les différentes énigmes. Portée par l’énergie de son héroïne et le punch des dialogues, « Revolver » est une impeccable histoire de flics à l’ancienne, généreuse en rebondissements. Mais c’est un peu plus que cela. Le romancier révélé par « The Bonde » (2006), devenu scénariste de comics pour Marvel, combine l’efficacité de ce suspense à tiroirs avec la finesse de ses réflexions sur l’hérédité ou sur l’intégration. Son livre a autant de profondeur que de nerf. Bref, si ce n’est pas déjà fait, il est grand temps d’apprendre à prononcer correctement le nom de Duane Swierczynski…

 

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