Sur un mauvais adieu
Michael Connelly

tradut de l'anglais par Robert Pépin
Calmann-Lévy
mars 2018
450 p.  21,90 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Sacré Bosch

Vous trouvez cela fascinant, vous, un enquêteur qui prélève de l’ADN dans la joue d’un témoin, glisse le bâtonnet dans un tube, le referme, l’étiquette, puis le glisse dans une enveloppe, qu’il scelle avec soin ? Ou qui s’arrête devant une poubelle publique, enfile des gants de latex, plonge la main dans les détritus, les extrait un à un, trouve celui qu’il cherche, le photographie avec son portable puis attend quelques heures que les techniciens de la police scientifique passent ramasser sa pêche ? En général non. Sauf chez Michael Connelly. Le père de l’inspecteur Harry Bosch pousse le souci de l’exactitude à un point tel que chaque détail d’un récit le cimente. Pas étonnant qu’il n’oublie jamais de remercier les éditeurs et correcteurs de ses livres, « qui sont là pour arranger les choses » dans son « manuscrit bien bancal ». Enlevez la scène des échantillons de salive, tronquez celle des détritus, et les deux enquêtes parallèles de ce roman n’auront plus la même saveur, ni la même cohérence. Toutes ces précisions qui s’accumulent font plus qu’habiller le questionnement du policier ou le comportement des suspects. Elles pèsent dans la crédibilité de l’intrigue et sont autant de petits hameçons qui s’accrochent à l’attention du lecteur. Ici, l’ADN est crucial pour identifier l’éventuel héritier d’un nabab de l’industrie qui, se sentant partir, appelle à l’aide Bosch l’intègre pour vérifier si ses milliards peuvent changer la vie d’un éventuel héritier. Quant à l’objet abandonné parmi les détritus, il peut aider à pincer le violeur qui agresse des femmes isolées dans la banlieue nord de Los Angeles. Les deux causes prennent le flic aux tripes. Lui-même est tout aussi soucieux de ce qu’il transmet à sa fille que de sa sécurité, maintenant qu’elle vit seule. Chaque avancée dans ses recherches l’empêche de la voir mais la ramène dans ses pensées. Qu’importe, Bosch a appris à encaisser. Un pied dans un commissariat ami qu’il dépanne, l’autre dans sa clientèle privée, il est plus occupé que jamais, la soixantaine passée. Un rôle à tenir. Une société à rafistoler. Connelly l’a créé sensible aux injustices et avec l’âge, ça ne s’arrange pas. Remonté à bloc, plus sage et plus tolérant, ce réfractaire à la retraite n’est pas près de rendre son badge. Et l’on sait que dans ce pays, avec les études des enfants à financer et les crédits à rembourser, les seniors travaillent souvent très vieux.

 

 

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