La femme à part
Vivian Gornick

Rivages
septembre 2018
160 p.  17,80 €
ebook avec DRM 12,99 €
 
 
 
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New York ! New York !

Vivian Gornick, avant d’être une femme à part, est une femme qui marche. Elle déambule dans les rues de New York. Ces errances sont l’occasion de rencontres, de réflexions liées à des souvenirs de toutes les époques de sa vie. Alors que la ville semble éternelle malgré les bouleversements induits par les événements du 11 septembre.

Intimité, solitude, amitié, sexe, vieillesse, littérature, travail, plaisir… le dialogue, interne ou pas, et les rencontres de Vivian Gornick sont au centre d’un récit décousu mais passionnant. Les dialogues avec les autres sont souvent l’occasion de sourire face à la cocasserie de certaines situations et de certains échanges. Comme par exemple dans cette scène où Vivian Gornick discute prouesses masculines avec une femme âgée, qui monte ses cinq étages sans ascenseur, chacune faisant part de ses propres déceptions récurrentes. Un homme assiste à cet échange et se met à rire. Et Vivian Gornick de lancer « Nous couchons avec les mêmes hommes » et l’homme de répondre « Et avec le même ratio de satisfaction ».

Les moments d’introspection de Vivian Gornick sont plus profonds, l’occasion pour le lecteur de se poser, de s’interroger à son tour sur tous les thèmes abordés par l’auteur dans ce qui ressemble à une réunion d’aphorismes.

L’amitié est au centre du livre de Vivian Gornick, notamment vis-à-vis de son meilleur ami homosexuel, Leonard, qui revient plus souvent qu’à son tour dans les lignes de ce roman. La sexualité et le sentiment amoureux étant, par extension du domaine de l’amitié, des sujets présents logiquement dans le livre de Vivian Gornick. A noter toutefois que les hommes dont Vivian Gornick s’est amourachée n’ont jamais autant duré dans sa vie que ses relations amicales au premier rang desquelles celle avec Leonard.

Et puis, et surtout, selon ses affinités, il y a un personnage en pointillé qui ne quitte aucune page du livre : New York. A travers ses rues, à travers ses immeubles, à travers ses skylines, New York sert du plus beau cadre possible aux histoires juives de Vivian Gornick qui ne pourraient se dérouler nulle part ailleurs. Et selon Vivian Gornick, il est plus que naturel d’évoquer, dans ces rues, dans cette ville, les monologues et les dialogues qu’elle entretient : « Les voix, voilà ce dont je ne peux me passer. Dans la plupart des villes du monde, on vit sur des siècles de chemins pavés, d’églises en ruine, de vestiges architecturaux enfouis et empilés les uns sur les autres. Lorsque vous grandissez à New York, votre vie est une archéologie faite non pas de structures mais de voix, elles aussi empilées, et tout aussi irremplaçables. »

Dans cette ville à part, Vivian Gornick est une femme à part. Tout d’abord parce qu’elle est une voix singulière qui résonne et qui raisonne. Elle est ensuite à part d’elle-même parce qu’elle prend le temps de faire un pas de côté et de se retourner sur sa vie, sur ses amitiés, sur son parcours. Enfin, c’est une femme à part qui met en avant son féminisme à travers plusieurs passages de son livre dans lesquels elle dresse les récits de la vie de figures féminines du milieu littéraire.

« La femme à part » fait suite à « Attachement féroce » sorti l’année dernière et je n’ai pas pu discuter de ce second opus sans devoir le comparer au premier. Ce qui, à mon sens, est un mauvais procès à faire à cette « Femme à part » car il ressort, dans les yeux des autres, comme en retrait. Pour moi, cette « Femme à part » est presque plus fort que « Attachement féroce » dont j’avais déjà dit le plus grand bien. Cela tient à deux choses. Tout d’abord, « Attachement féroce » étant centré sur la figure maternelle et tout tournait autour de la mère de Vivian Gornick alors que « La femme à part » remet Vivian Gornick au centre du sujet. Ce qui lui permet d’aborder plus de sujets divers et variés. Ensuite, la ville que Vivian Gornick est celle qui correspond au New York que j’ai connu, fréquenté, bien loin de l’image que m’a renvoyée récemment deux personnes qui s’y sont rendues récemment. Le New York de Vivian Gornick est le mien, celui du Village, des quartiers de Manhattan où j’ai déambulé sans savoir à l’époque que je marchais peut-être dans les pas de Vivian Gornick. Merci pour cela, Madame !

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