La transparence du temps
Leonardo Padura

traduit de l'espagnol par Elena Zayas
Metailie
janvier 2019
429 p.  23 €
ebook avec DRM 15,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Cuba : rhum, café et chercheurs d’art.

On est ravi de retrouver Mario Conde, le plus célèbre détective de La Havane, qui n’est pas au mieux de sa forme ; sur le point de fêter ses 60 ans, il se trouve décati, plus que jamais d’humeur mélancolique, même s’il est toujours entouré de ses amis fidèles et de son grand amour, la belle Tamara. Depuis qu’il a quitté la police voilà plusieurs années, il vit du commerce de livres rares et anciens, ce qui lui permet de s’approvisionner en mauvais rhum, cigarettes et café. A l’occasion, on fait appel à son flair de détective, comme cet ancien camarade de lycée devenu marchand d’art, un dénommé Bobby, dépouillé par son amant qui lui a aussi dérobé une statue de Vierge noire, un souvenir de famille auquel il tient comme à la prunelle de ses yeux, un peu trop selon Mario Conde qui découvre que cette représentation religieuse provient en réalité de Catalogne et vaut davantage qu’une simple relique familiale.

Les pouvoirs de la Vierge noire

Avec cette affaire, Mario Conde s’introduit dans le milieu sans pitié du commerce d’objets d’art, où les trafiquants à la petite semaine ne jouent pas dans la même cour que les puissants acteurs du marché et se font éliminer les uns après les autres. L’enquête mène notre détective dans les bidonvilles entièrement livrés aux trafics, où les habitants subissent une misère inédite, tandis qu’une minorité d’opportunistes profite de l’ouverture relative du pays pour s’enrichir. Qu’elle semble loin de tous ces problèmes socio-économiques, la mystérieuse Vierge noire, qui pourtant participe aussi de ce goût du pouvoir conféré par la richesse, et dont la recherche se double d’un formidable voyage historique au temps des Templiers, en passant par les Pyrénées espagnoles pendant la guerre de 1936. Dans un style fluide et agréable, on suit Mario Conde dans ses déambulations havanaises, conscient des fissures d’un pays où les rêves de départ deviennent enfin possibles. Passionnant !

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coup de coeur

La transparence du temps de Leonardo Padura
est le coup de cœur de la librairie Millepages à Vincennes
dans le #54 de notre rubrique q u o i l i r e ?
et celui de la librairie L’arbre à papillons à Phalsbourg
dans le quoi lire ? #60

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 Les internautes l'ont lu

La lecture de polars peut, elle aussi, ouvrir des horizons nouveaux et nous instruire

Certains passages sont plus difficiles que d’autres. Ils ont le don de vous donner le cafard…Passer le chiffre des 60 est pénible…Je vous parle en connaissance de cause…
Alors je comprends les états d’âme de Mario Condé, états d’âme que dut affronter également son papa de plume Leonardo Padura…
Le meilleur moyen de passer cette étape, c’est surtout de ne rien changer à ses habitudes, de conserver ses envies, et sa passion. Passion des livres anciens, de livres que Condé déniche et vend. Mais aussi conserver des amis avec lesquels on peut partager un repas accompagné de verres de rhum.
Aussi quand un vieux copain de lycée toque à la porte de Mario Condé, en pleurant parce qu’on lui a volé la statue d’une vierge noire lui venant de sa maman, il ne peut rien lui refuser…
Une vierge noire…Pas banale me direz-vous : rares en tout cas et donc inestimables, sont ces vierges qui illuminent certaines églises et cathédrales par leur beauté et leurs siècles d’Histoire. Ces vierges dont on connaît assez mal les conditions de leur arrivée .Aussi bien en Espagne qu’en France. Les fidèles leur prêtent des pouvoirs miraculeux.
Alors l’instinct de vieux chien de chasse de Mario Condé se réveille, sa mélancolie le laisse au repos, et sa passion renaît, aussi déterminée qu’avant. Tout est là pour l’accompagner dans ses états d’âme et dans sa détermination, dans les histoires compliquées, les rebondissements, les coups tordus. Ses amis bien sûr, ses anciens collègues et sa fidèle Tamara répondent toujours « présents » !
Un polar qui nous entraîne dans les bas fonds et les bidonvilles de La Havane, lieux de misère, et aussi dans les bouges qui servent des rhums aux origines parfois douteuses, dans tous ces lieux livrés aux trafiquants divers.
A côté d’eux quelques opportunistes savent profiter d’une porte entre-ouverte du pays pour s’enrichir, en n’hésitant pas à écraser leurs congénères ou en vendant des faux plus vrais que nature, faux tableaux, fausses œuvres d’art made in China. Nombreux sont ceux qui rêvent de partir, de rejoindre la Floride…rêver n’est pas interdit ! Tous les moyens sont bons pour prendre le large.
Rien de bien nouveau sous les cieux de la Havane.
Votre transport dans les pages sera assuré par ces vieilles bagnoles cinquantenaires et américaines, mille fois démontées, mille fois refaites et trafiquées….
Et surtout voyage dans le temps, aux cotés des frères templiers qui se battent au Moyen Orient et se font tuer par les infidèles pour sauver le roi de France Saint-Louis sous les remparts de Saint-Jean d’Acre.
Voyage aussi dans l’Espagne de 36, pendant laquelle les curés étaient exécutés, les églises pillées et brûlées.
Bref, on ne s’ennuie pas.
Même si Mario a pris de la bouteille, aux sens propre et figuré, il reste toujours Condé, ce « condé » qui a du flair, des potes qui le soutiennent, Condé que j’ai eu l’occasion d’apprécier dans d’autres romans.
Leonardo Padura reste l’homme qui aime son pays riche de son rhum et de ses habitants tous animés de débrouillardise…Cuba qu’il aurait sans doute pu quitter mille fois, mais qu’il adore quand même malgré tout.
Cuba dont la devise non avouée devient « Communisme, non ; consumérisme, oui. »
Cuba qu’il nous fait aimer !
Et intéressez-vous à ces vierges noires, aux conditions de leur arrivée en France, à leur histoire.
Les plus célèbres sont à Chartres, au Puy en Velay, à Rocamadour…mais pas seulement. Il y en a également de nombreuses moins connues en France et dans d’autres pays, en Autriche, en Allemagne.
La lecture de polars peut, elle aussi, ouvrir des horizons nouveaux et nous instruire
…Ceux de Padura, nous confirment qu’on peut être vieux sans être un « Vieux C..!!! »

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