Le Garçon d'à côté
Katrina Kittle

Traduit par Nathalie Barrié
Le Livre de Poche
mars 2013
576 p.  7,90 €
 
 
 
 Les internautes l'ont lu
coup de coeur

Un roman bouleversant de réalisme

Il est des livres qui vous attirent autant qu’ils vous font peur, le roman de Katrina Kittle est de ceux-là. Ce roman aborde avec délicatesse, sensibilité et retenue des thèmes difficiles et douloureux qui émeuvent autant qu’ils rebutent. Des fléaux souvent développés dans la littérature contemporaine, mais rarement avec une telle intensité.
Le garçon d’à côté débute par une nouvelle qui fait l’effet d’un véritable tremblement de terre dans la paisible petite communauté du Middle West : les Kendricks, des gens bien sous tout rapport sont accusés de pédophilie. Leur fils Jordan âgé de onze ans a été sauvé in extremis par Sarah Laden, la meilleure amie de sa mère alors qu’il tentait de se suicider. Jordan ne supportait plus les sévices sexuels infligés par ses propres parents et ce n’est qu’à la faveur de cette hospitalisation que l’horrible réalité se fait jour. Jordan n’avait jamais rien dit. À l’annonce de cette révélation, la paisible banlieue s’enflamme, les parents ont peur et hurlent au loup. Pourtant, personne n’a rien vu. Certes, Jordan a toujours été un petit garçon en retrait, différent des autres, mais aucun membre de l’entourage de cette famille n’avait jamais soupçonné le calvaire vécu quotidiennement par l’enfant. La culpabilité ronge Sarah Laden, une des plus proches amies de Courtney Kendricks, elle se reproche de n’avoir rien décelé. Sarah se sent trahit par sa meilleure amie à qui elle n’hésitait pas à confier ses propres enfants. Sarah, bien que fragilisée par le récent décès de son mari, va pourtant décider, encouragée par ses deux fils, de recueillir Jordan pour tenter de l’aider à se reconstruire, malgré les blessures, malgré les non-dits…
Le garçon d’à côté est un roman fort et bouleversant. Il fait partie de ces romans que l’on lit presque en apnée, tant l’horreur psychologique qui y est décrite vous coupe la respiration. N’y cherchez aucune once de sensationnalisme ou de voyeurisme, ce roman en est totalement dépourvu. La force de ce récit réside dans la formidable analyse psychologique de ce jeune garçon de onze ans qui pendant plus de quatre ans va subir la barbarie et la cruauté de ses propres parents. Il n’y a pas un mot, un geste de trop, dans ce récit bouleversant de réalisme.
L’auteur décrit avec une habileté saisissante le processus d’emprise et d’altération de la personnalité du parent incestueux sur sa toute jeune victime. Les différentes phases psychologiques que va traverser le jeune garçon sont décrites avec tellement de finesse qu’il est difficile pour le lecteur de ne pas se laisser submerger par ses émotions. Les sentiments contradictoires de Jordan qui ne peut – malgré les sévices endurés- qu’aimer ses parents , et aller jusqu’à mentir pour les protéger, sont évoqués avec une telle véracité, qu’ils ne peuvent que secouer le lecteur.
Le garçon d’à côté est un roman beau, et grave à la fois. Un roman empreint d’horreur et d’humanité, parce qu’aux côtés sombres d’une histoire, il y a souvent et fort heureusement un versant plus positif qui permet de garder foi en l’Homme et de permettre à l’enfant abusé de se reconstruire.

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