Le Meurtre du Commandeur, livre 1 : Une idée apparaît
Haruki Murakami

Belfond
octobre 2018
456 p.  23,90 €
ebook avec DRM 16,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu
coup de coeur

Cet ouvrage est recommandé par la Maison du livre à Rodez dans
le numéro #47 de notre sélection q u o i l i r e ?

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jusqu'au 22 septembre 2019

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 Les internautes l'ont lu
coup de coeur

Une histoire de clochette…

Lire autre chose. C’est inévitablement ce qui se passe quand on lit un roman de Murakami. On bascule. On franchit cette frontière mouvante entre le réel et l’irréel qui, d’un seul coup, nous paraît tout à fait naturelle.

Depuis Kafka sur le Rivage (Belfond, 2006) j’ai pris l’habitude d’aborder une lecture de Murakami en sachant q’à un moment ou à un autre s’opérera un basculement qui me plongera dans un univers fantastique qui sera parfaitement intégrer à l’intrigue principale.

Comment vient l’inspiration en peinture ? Telle pourrait être la question sous-entendue de ce livre 1 qui repose entièrement sur son personnage principal, portraitiste de son état qui, après une séparation, s’isole dans la maison d’un grand peintre âgé, placé en maison de retraite. Peindre des portraits sur commande lui a permis de vivre convenablement mais il a oublié la substantifique moelle de son art.
 » Je n’avais pas souhaité devenir ce type de peintre, pas plus que je n’avais souhaité devenir ce type d’homme. Simplement j’avais été porté par le cours des choses, et avant même d’en avoir pris conscience, j’avais cessé de peindre ce que je voulais ».
« De temps à autre, il m’arrivait de me voir comme une prostituée de luxe de la peinture ».
Peindre est devenu un acte mécanique et il ne veut plus de cette sensation. Le narrateur désire revenir à l’essence même de la création.
« Pour ce qui est du domaine de la création, je me retrouvais face à du pur néant. Claude Debussy écrivit quelque part : « jour après jour, je persiste à créer du rien. » Et moi, cet été-là, de la même façon je m’appliquais à « créer du rien » au quotidien. Sans aller jusqu’à dire qu’il y avait entre nous de l’intimité, sans doute m’étais-je familiarisé avec cette confrontation journalière avec le « rien » « .
Se retrouver face à une toile blanche et attendre que l’idée apparaisse. Peu à peu, le centre de l’intrigue se déplace. Le narrateur découvre une toile nihonga cachée dans le grenier dont le contenu est d’ « une violence à couper le souffle ». Il fait aussi la connaissance de son voisin, Menshiki, et se retrouve le témoin d’un étrange phénomène ; chaque nuit il entend le tintement d’une clochette dont le son semble provenir des profondeurs de la terre.
« Je me dis que nos vies sont faites d’une façon vraiment étrange. Elles regorgent de hasards extravagants et difficiles à croire, de développements en zigzags impossibles à pronostiquer. Mais lorsque ces événements nous arrivent réellement, lorsqu’on est longé en plein milieu du tourbillon, il est possible de ne pas y voir le moindre élément étrange ».
Alors que le récit bascule dans le fantastique, le narrateur trouve l’inspiration et peint le portrait de Menshiki avec une technique qu’il n’avait jamais utilisé jusque là. L’idée est là ; elle prend une forme physique sous l’apparence du Commandeur peint sur la toile nihonga. Ce petit bonhomme de soixante centimètre eu langage fleuri devient l’incarnation du sens de l’oeuvre du narrateur.
« Il est fréquent de ne pas pouvoir discerner la frontière entre le réel et l’irréel. Et il me semble que cette frontière est toujours mouvante. Comme une frontière entre deux pays qui se déplacerait à son gré selon l’humeur du jour. Il faut faire très attention à ces mouvements. Sinon, on finit par ne pus savoir de quel côté on se trouve ».
L’idée apparaît et la métaphore se met en place sans pour autant gâcher l’unité de l’intrigue principale. Murakami entraîne le lecteur dans les affres de la créations artistique et de la difficulté à se renouveler sans y perdre son âme créatrice.
La musique et le silence accompagnent le narrateur qui, à cause d’un divorce, remet tout en question dans sa vie. Et paradoxalement, plus encore que dans les romans précédents, l’érotisme est une des innombrables constantes de ce tome 1.
Le génie du Meurtre du Commandeur vient de la disposition mentale de son personnage principal à accepter sans a priori les événements qui vont transformer de manière irrémédiable sa perception de la réalité. Dès lors, tout s’imbrique naturellement et on adore !

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