Les oiseaux de bois
Asli Erdogan

Actes Sud
romans, nouvelles
octobre 2009
147 p.  17 €
 
 
 

j e u - c o n c o u r s


je joue !

 Les internautes l'ont lu
coup de coeur

Je suis un peu familière de la littérature turque mais n’avais encore jamais rien lu d’Asli Erdogan. C’est l’annonce de son emprisonnement qui me l’a faite découvrir et donner envie de la lire. La médiathèque que je fréquente ne possède qu’un seul de ses livres « Les oiseaux de bois ». Il s’agit d’un recueil de 5 nouvelles toutes aussi puissantes les unes que les autres. Dans la première, qui donne son titre au recueil, 6 femmes pensionnaires d’un sanatorium, se pressent par un samedi après-midi sur des chemins tortueux de forêt et de montagne afin d’ être à l’heure pour ne pas rater « L’Amazon Express ». Ces femmes, malades et n’ayant que très peu de perspective d’avenir, n’ont que cette échappée pour se sentir pleinement vivantes pendant quelques minutes. Dans « Une visite surgie du passé », un homme se souvient, un an après, de la mort de sa compagne. On y découvre au fil des pages la lâcheté dont il a fait preuve mais également de très belles descriptions de la ville d’Istanbul : « Istanbul est une femme fatiguée, mais attirante me disais-je, elle a beau avoir été malmenée, elle a réussi à rester belle, c’est une femme légère au coeur blessé. Elle a couché avec des hommes qui ne connaissaient pas son prix. Chaque fois elle s’est indignée mais elle a toujours pardonné. Elle est facile à aborder, mais c’est une femme incomparable, orgueilleuse et inaccessible. » Les autres nouvelles nous feront croiser la route d’une jeune schizophrène, celle d’une femme de prisonnier qui garde précieusement les lettres censurées de son mari, et qui, enceinte, va se poster tôt un matin devant la porte de la prison afin de l’apercevoir : » Sous bonne garde, le détenu sortit du bâtiment de pierre et elle resta là jusqu’à ce qu’on l’ eût mené à la voiture du pénitencier. Bien droite, inaccessible, silencieuse…Secouée par le vent… Offerte à tous les coups. Elle vit l’éclair qui brilla dans ses yeux – était-ce de la stupeur, de la joie, de la gratitude ou de l’amour, ou rien de tout cela, elle vit le frémissement au coin de ses lèvres, le vague salut de ses mains hissant les chaînes jusqu’à sa poitrine, le pouce tourné vers le sol pour dire ça va mal – à ce moment précis, un policier le poussa avant en lançant un juron- sa tête qui se cogna lorsqu’il monta précipitamment avec les autres dans la voiture…rien ne lui échappa. » Le style puissant d’Asli Erdogan m’a happée tout de suite. J’ai lu les 150 pages du recueil quasiment d’une seule traite. Je suis heureuse d’avoir découvert cette auteure.

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