Nuits appalaches
Chris Offutt

traduit de l'anglais par Anatole Pons
gallmeister
americana
mars 2019
224 p.  21,40 €
ebook avec DRM 14,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu
coup de coeur

Christine Ferniot, notre critique invité (Télérama) a aimé Nuits appalaches de Chris Offut et elle nous dit pourquoi ici

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je joue !

jusqu'au 31 mai 2019

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 Les internautes l'ont lu
nuit blanche

Profonde Amérique

Tucker, dix huit ans, revient de la guerre de Corée, il s’installe en lisière d’humanité, vit de petits arrangements ou de gros trafic, mange des serpents, sauve une femme, ils ont des enfants, tous handicapés sauf un, Tucker s’oppose à ce qu’on les lui prenne, accepte un deal foireux, se retrouve en prison, en sort…Tucker refait la guerre, mais la sienne, cette fois.
Nuits Appalaches est le troisième ouvrage de Chris Offutt traduit en français. Un recueil de nouvelles (Kentucky Straight) et un roman déjà immense (Le Bon Frère) étaient parus chez Gallimard, dans la regrettée collection « La Noire » avant de revivre chez Oliver Gallmeister, l’éditeur de toute l’Amérique rurale. (mais pas que)
C’est peu dire que ce court roman là est parfait. Féroce et brillant, sensible et farouche. Tout ce que je recherche quand j’ouvre un de ces romans américains profonds ou d’américains profonds ou d’américains qui décrivent l’Amérique profonde. D’aucuns médiront « déjà vu » mais ils voient mal : l’écriture d’Offutt est au niveau de flottaison de celle d’un Larry Brown, pas moins, et donc d’un Ray Pollock, sans souci.
Offutt, de toutes ces galères, ces poisses, ces sparadraps de malheur, ces fatalités tristes, exhume une beauté rare, irrésistible et glaçante. Il n’a même pas besoin d’en rajouter. Tout l’art de l’écrivain maître, ça : savoir ne pas en rajouter, ni trop cuit, ni sous cuit, juste comme il faut, musique parfaite, goût d’achevé, d’accompli.
Ces écrivains là, à force de romans essentiels, replacent inlassablement l’Amérique au centre de la littérature.
Allons donc plus loin : tant que les Etats Unis d’Amérique abriteront, nourriront, façonneront des raconteurs de cette trempe, on ne pourra s’empêcher de pas trop leur en vouloir de placer dans leur maison dite blanche, de temps à autre, un gros abruti vulgaire.

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coup de coeur

On ne touche pas à ma famille

Il a tout juste seize ans, s’engage dans l’armée, part faire la guerre en Corée
« Le colonel hocha la tête. Des gamins, pensa t-il. Trois ans de guerre et il se retrouvait avec des gamins. »
Deux ans plus tard, les deux tiers de ses camarades y ont laissé la vie. Tucker rentre chez lui à pied de Cincinnati. Il prend son temps, rêve de ses montagnes Appalaches, garde les réflexes appris à l’armée. Cela lui sauve la mise lorsqu’il rencontre un homme qui tente de violenter une gamine de quinze ans. Tucker veut sauver la jeune fille, ne tue pas le violeur et oncle de la gamine.
Un coup de foudre entre les deux gamins. Rhonda et Tucker savent qu’ils ne se quitteront plus et se marient rapidement. Il vit grâce au transport frauduleux d’alcool organisé par Bainpole, bootlegger au bras long.
Dix ans plus tard, ils ont cinq enfants dont quatre « anormaux » surveillés par les services sociaux. Bainpole lui met un marché entre les mains. Pour ne pas qu’il aille en prison et que son réseau soit démantelé, il propose à Tucker de se faire attraper par le shérif et prendre quelques mois de tôle contre argent sonnant et trébuchant plutôt, billets verts. Il n’a pas le choix,il le sait, un évènement réapparaît qui le force à accepter le marché.
Un autre garçon naît juste avant qu’il ne parte en prison. Six mois se transforment en six années ; des motards voulaient lui faire la peau, mais c’est leurs peaux qu’il a eues avec, à la clé, un rallongement de peine et un nouveau centre pénitencier.
Les services sociaux, revenus à la charge, ont emmené les quatre enfants dans des instituts où ils seront soignés. Rhonda ne s’en remet pas et sombre dans la mélancolie. Jo, la fille aînée est là, très présente et Shiny, le petit dernier s’avère sans tare.
Le malheur fond sur eux comme une buse sur un pigeon, mais le bonheur d’être ensemble, d’être une famille unie, l’amour qu’ils portent à tous leurs enfants leur font supporter le reste.
Comment dire, Tucker n’est pas un enfant de cœur et a plusieurs meurtres sur les bras, mais ce n’est jamais « gratuit ». Les « salauds » qui s’en prennent à SA famille ou à lui-même en sont pour leur dernier souffle.
Chris Offutt, et c’est ce que j’aime, ne s‘embarrasse par de longues tournures, va droit au but, sans fioriture, avec quelques respirations lorsqu’il décrit la nature. Le Kentucky est une région délaissée, isolée, sans travail à proposer, les habitants sont des laissés-pour-compte de la société américaine. Rhonda et Tucker n’ont pas les moyens de faire de la psychologie de comptoir, s’arrangent avec la légalité, se moquent de l’avis des autres. Il faut vivre ou, plutôt, survivre, nourrir toute la famille et le prix à payer est très élevé. Le principal est que l’on ne touche pas à leur famille, c’est aussi simple que cela. Malheur à ceux qui leur cherchent des poux dans la tête.

« Tucker est un homme droit qui a fait de mauvaises choses pour de bonnes raisons ». Ce n’est pas de moi, mais de l’auteur, Chris Offutt, qui était l’invité de la librairie Le Cyprès.
J’ai assisté à cette rencontre et nous avons parlé de « Nuits appalaches », de son parcours. Thibault Gendron des éditions Gallmeister. a assuré, brillamment, la traduction. Chris Offutt a, galamment, ralenti son débit et j’ai pu comprendre en version originale ! Une belle soirée dans une petite bulle de plaisir.
Un coup de cœur, âpre, percutant

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