Grace
Paul Lynch

traduit de l'anglais par Marina Boraso
Albin Michel
janvier 2019
496 p.  22,90 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu
coup de coeur

Les chemins de la faim

Voici le troisième roman de l’auteur irlandais Paul Lynch ; comme dans ses précédents, il se passe dans l’Irlande du 19e siècle, sa terre d’élection romanesque. Avec « Grace », il ancre le destin de l’héroïne éponyme au temps de la Grande Famine qui sévit entre 1845 et 1852. Paul Lynch confirme son talent dans ce sombre et magnifique roman d’apprentissage.

Comme un garçon

Le roman s’ouvre sur une scène sacrificielle : Grace, quatorze ans, se fait couper les cheveux de force par sa mère qui l’envoie au loin subvenir aux besoins de la famille ; pour la protéger, Sarah Coyle prend soin d’affubler sa fille de frusques de garçon. Le cœur lourd, Grace part de son Donegal natal, son frère cadet sur les talons qui décide de l’accompagner en cachette. Après la mort accidentelle de ce dernier, Grace erre seule, livrée au hasard des rencontres. Sous ses apparences de garçon, elle est embauchée pour un convoyage de bétail, quelques travaux de ferme ou sur un chantier. Se dirigeant vers le sud, elle rejoint la foule de milliers d’Irlandais que la famine a jetés sur les routes, miséreux et vagabonds crève-la-faim.

Un roman de formation

En proie au plus grand désastre de son histoire, le peuple est décimé ; déshumanisés, les hommes sont des loups prêts à tuer pour un morceau de pain. Ceux qui possèdent peu sont les ennemis de ceux qui n’ont rien, sous l’œil opportuniste des charognards. Les vivants ne sont plus que l’ombre de leur faim, les morts sont dépouillés avant d’être abandonnés, et nombreux sont les fantômes à hanter les chemins. La croyance aux esprits, le délire causé par la famine et la méfiance accentuent l’atmosphère apocalyptique. Au cœur des ténèbres, Grace devient une femme et une âme forte, déterminée à trouver la lumière. Ecrivain expressionniste, Paul Lynch excelle dans la peinture de la noirceur. Mais au milieu de la tragédie collective, la fraternité s’engouffre dans la moindre brèche, et l’on trouve ainsi du Dickens dans ces personnages qui construisent leur identité pierre après pierre et malgré les éboulements.

 

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coup de coeur

Grace de Paul Lynch est le coup de cœur de la librairie l’Arbre à papillons dans
le #54 de notre rubrique q u o i l i r e ?

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