Tehila
Samuel Joseph Agnon

traduit de l'hébreux par Emmanuel Moses
Gallimard
février 2014
104 p.  12,50 €
ebook avec DRM 8,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu
o n  l  a  r e l u

Un auteur à (re)découvrir

Comment atteindre au cours d’une vie le plus haut degré de l’humilité? C’est à travers ce court récit paru en 1950 dans un quotidien israélien, et publié aujourd’hui en France par les éditions Gallimard, que le premier écrivain hébraïque honoré du Prix Nobel de littérature (1966) Samuel Joseph Agnon tente d’apporter une réponse.

Dans la ville de Jérusalem, avant la partition de la Palestine et la création d’Israël, vit une très vieille femme de 104 ans, Tehila, qui consacre sa vie à la lecture du Livre des Psaumes et à faire le bien autour d’elle. Le narrateur, jeune écrivain (l’auteur sans doute) est ébloui par cet océan de sagesse et de bonté. Il la compare à un « ange divin » et s’interroge sur la source de tant de générosité et d’une telle vaillance à un âge si avancé. C’est au seuil de sa propre mort, à laquelle elle s’est préparée, que Tehila va demander au jeune homme de prendre la plume et d’écrire en son nom une lettre de repentance à l’attention d’un certain Shraga décédé 30 ans auparavant . Dans cette ultime lettre qu’elle compte emporter sous terre, Theila demande pardon à celui qu’elle aurait dû épouser et lui pardonne elle-même en retour tous les malheurs qu’elle a subis et qui ont découlé indirectement de sa trahison: la disparition de ses deux fils et la folie de sa fille.

La beauté de ce texte tient autant au portrait de Tehila qu’à la description poétique du cœur des murailles de Jérusalem. Ce que dit Agnon de la ville pourrait définir l’action de la vieille femme : « À Jérusalem, même par temps de pluie, le soleil entend remplir sa mission ». En dépit des pires malheurs qui la frappent, Tehila persévère dans la voie de la bonté tel un soleil dans la vie des plus démunis. « Je prétends qu’une description qui dépasse dix mots n’est plus visible » écrivait Jules Renard dans son journal. Et bien les descriptions de la ville sainte par Agnon lui donnent tort tant l’auteur israélien parvient par sa prose poétique déliée à nous la faire voir et même nous la faire respirer : « l’odeur de la pluie qui tombait allègrement, enveloppée de brumes diaprées, qui retentissait entre les pierres des rues». Ses prouesses stylistiques dans la précision et la variation de ses évocations de Jérusalem lui ont valu d’être comparé au peintre japonais du XVIIIe siècle Katsushika Hokusai, qui a représenté sous mille facettes le mont Fuji.

Information que l’on trouve dans la très belle postface de Dan Laor professeur au département de littérature hébraïque à l’Université de Tel-Aviv et biographe de S.J Agnon. Son éclairage est très précieux en ce qu’il met en perspective ce court texte à multifacettes dans ses dimensions historiques, religieuses et littéraires.

Cette fable sur l’ »Amor Fati »est à lire même par ceux qui sont totalement étrangers aux traditions religieuses judaïques. La portée symbolique et humaniste du propos de S.J Agnon dépasse très largement les frontières d’Israël. Pour ceux qui ne connaissent pas ce grand écrivain du XXe siècle, Tehila est un très bon texte d’introduction à son œuvre pour découvrir toute la richesse de sa langue et la profondeur de son univers spirituel.

 

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