Trouble
Jeroen Olyslaegers

Stock
la cosmopolite
janvier 2019
448 p.  22,50 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu
coup de coeur

Trouble de Jeroen Olyslaegers est le coup de cœur de la librairie Mots en marge à La Garenne Colombes
dans le #56 du q u o i l i r e ? des libraires

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Anvers, son histoire…trouble

Littérature du Nord de mon pays, une LC avec Anne, Maryline et Kathel dans le cadre du mois belge, l’envie de prolonger « le flirt flamand » initié par la Foire du Livre de Bruxelles.

Wilfried Wils écrit ses confessions à l’attention de son arrière-petit-fils, il est au seuil de sa vie et revient sur sa jeunesse et les périodes « troubles » du début de la seconde guerre mondiale.

Est-il sincère ? On peut en douter, lui qui publia après la guerre de la poésie sous le titre évocateur de « Confession d’un acteur »?

Anvers 1940, Wilfried Wils a 22 ans et pour échapper au Travail Obligatoire, s’engage comme auxiliaire de police. C’est le tout début et avec son collègue Lode – fils d’un boucher qui deviendra son beau-frère – ils sont « réquisitionnés » pour participer à l’arrestation de la famille de Chaïm Lizke.

Le décor est planté, Anvers, cité diamantaire avec forte concentration de population juive. Wil va participer bon gré, mal gré à la mise en place de la politique anti-juive, arrestation, déportation, lynchage.

Partagé entre Lode, son beau-frère résistant et son ancien prof collabo « Barbiche Teigneuse », Will ne choisira pas son camp. Wil est passif, il exécute pour sauver sa peau dira-t-il .

Trouble, le personnage qui dans sa petite enfance a perdu la mémoire suite à une méningite. Il a dû réapprendre son nom, celui de ses parents et a développé une double personnalité. Il y a Wil dans la normalité et Angelo pour le côté obscur, violent, passionné, poète et hargneux.

Trouble est sa relation avec Lode qui un moment lui fait des avances, attiré par lui mais aussi résistant et sensible.

Trouble l’histoire de la tante de Wil qui mène la grande vie avec l’ennemi.

Trouble enfin (le roman porte très bien son titre) la construction du roman qui sans chronologie, nous livre les souvenirs d’hier ou d’aujourd’hui de son narrateur. De quoi se perdre au début j’avoue , les personnages multiples, les faits qui s’entremêlent. Il m’a fallu un certain temps pour apprécier cette structure chaotique qui fait en réalité parfaitement écho au récit. Les pièces s’imbriquent finalement les unes dans les autres et tout s’éclaircit et captive.

Une histoire sombre, celle de la ville d’Anvers où l’administration et la police sont à la botte de l’occupant, un récit illuminé par la présence d’Yvette la future épouse de Wil.

Pris continuellement entre deux réalités, à l’image de lui même Wil versus Angelo, c’est l’absence de choix qui est marquante. Une dualité à l’image de ses actes ; d’une part il participe à des rafles, de l’autre il prend soin d’un juif.

Le bien, le mal, où se situe la frontière ?

Cette absence de choix mais peut-il objectivement faire un choix dans sa réalité ? et l’inévitable question comment aurais-je agi en de telles circonstances ?

C’est sur un fond de tableau de Bruegel avec Margot la Folle et la poésie de Rimbaud que Jeroen Olyslaegers nous livre ce récit magistral sur Anvers et son histoire. Une histoire qui malheureusement semble toujours dans une moindre mesure à l’ordre du jour…. Malgré la narration coupée, non chronologique, un roman complexe, riche avec un vrai style. Un récit marquant, incontournable.

L’avis de Anne se trouve ici, celui de Maryline ici et enfin celui de Kathel ici

Ma note : 8/10

Les jolies phrases

Le film est lamentable. A côté, le film en costumes était un chef d’oeuvre. Le soi-disant documentaire montre que derrière tout Israélite, même vêtu à l’occidentale, se cache un rat vivant aux crochets de la beauté et de la pureté, ce qui désigne bien entendu tout en chacune dans la salle. « A vomir ! » crie quelqu’un et il ne parle pas de la qualité du film, mais bien de ce qui lui est vendu comme la vérité et qui lui occasionne une indigestion d’horreur.

Dans de telles circonstances, on pense indubitablement : c’est eux, ou nous. C’est soit devenir une cible, soit être le tireur embusqué. Le dernier drap dont on se pare est la haine de sa propre vulnérabilité, l’illusion d’être soi-même une victime, sans étoile sur le revers, bien sûr, mais tout autant menacé, et sous ce drap s’endormir, dans l’espoir qu’au réveil tout cela soit passé.

C’est la peur qui te fait vivre, c’est la peur qui te fait vivre.

Un homme a besoin d’absurdités ; elles ont beau être sous-tendues par la volonté, l’ambition est les visions d’avenir, ça ne les rend pas moins risibles.

Tous ces autres qui ont croisé ma route, un à un, ces dernières années, j’ai su les replacer sur l’échiquier, comme un ancien mordu d’échecs remet les pièces en position pour revivre une partie qui a signifié quelque chose de particulier pour lui.

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