Vinegar Girl
Anne Tyler

traduit de l'anglais par Cyrielle Ayakatsikas
Editions Phébus
litt etrangere
mai 2018
223 p.  19 €
ebook avec DRM 12,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Une bluette assaisonnée

On est ravi de retrouver l’auteure d’« Une bobine de fil bleu » dans ce nouveau roman habilement mené, une histoire de mariage arrangé dans la middle-class américaine contemporaine : pince-sans-rire, drôle et profond sans avoir l’air d’y toucher.

Un mariage blanc pour la bonne cause

Le Dr. Battista, chercheur universitaire de Baltimore, est au désespoir : le visa de son indispensable assistant russe est sur le point d’expirer ; si Pyotr Cherbakov est renvoyé dans son pays, des années de recherches scientifiques seront réduites à néant. Mais tout n’est peut-être pas perdu si la fille aînée du Dr. Battista accepte d’épouser Pyotr. Sauf que l’idée de ce mariage blanc n’est pas du tout du goût de Kate. Certes, cette trentenaire célibataire n’a pas de vie sociale en dehors de son travail d’assistante maternelle qu’elle déteste, et ne voit aucune échappatoire à la maison familiale où elle s’occupe des tâches ménagères pour les deux égoïstes que sont sa jeune sœur écervelée et son savant de père. Mais de là à devenir Madame Cherbakov pour une carte verte, pas question de rejouer « La Mégère apprivoisée » !

Le diable dans les détails

Peu à peu, la romancière abat ses cartes et met au jour des personnalités plus ambiguës qu’il n’y paraît. Si l’on reproche à Kate sa trop grande franchise, son manque de tact et d’aménité, Pyotr au contraire semble apprécier cette nature farouche. De fait, l’assistant du Dr. Battista se révèle moins docile qu’on ne le croit. C’est par son sens du détail, son art du second degré et son ironie douce-amère qu’Anne Tyler rend cette histoire piquante. Ne cédant jamais aux ficelles de la comédie, elle creuse finement le sillon de la satire familiale, dénonçant bienséance et règles sociales jusque dans le langage, dans un jeu de dissection franchement jouissif, surtout quand la bluette tourne au vinaigre !

 

partagez cette critique
partage par email