Avant que j'oublie
Anne Pauly

Verdier
août 2019
137 p.  14 €
ebook avec DRM 8,49 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu
coup de coeur

« Avant que j’oublie » de Anne Pauly
est le coup de coeur de La Maison de la presse de Caussade
dans le q u o i  l i r e ? #84

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coup de coeur

Les signes des défunts

Ce premier roman est une véritable pépite. L’auteure y raconte la mort et le deuil de son père despotique avec une écriture débordante d’énergie qui donne à l’ensemble un tour tragi-comique. Avec une grâce et un humour extraits du désespoir, la jeune femme apprend l’art du souvenir et l’attention aux signes. On en ressort bouleversé et admiratif.

Il est mort à l’hôpital de Poissy une veille de Toussaint. Alcoolique, violent, unijambiste, mari jaloux et tyrannique, le « vieux père carcasse » ne laisse pas vraiment de bons souvenirs à ses deux enfants, Anne et Jean-François. Entre colère et chagrin, le frère et la sœur accomplissent les formalités d’usage ; la préparation des obsèques, les négociations aux pompes funèbres, la visite au curé laissent peu de place aux émotions. Mais lors de l’enterrement, la jeune femme est surprise par le nombre d’inconnus qui remplissent l’église et évoquent son père en homme discret, contemplatif et délicat. Elle qui l’a connu égoïste et exaspérant le découvre attachant. Plus tard, l’hébétude et le chagrin surgissent en même temps qu’affluent les souvenirs quand il faut vider la maison paternelle. En triant les papiers, en inventoriant la bibliothèque, en ouvrant les tiroirs du bureau, Anne saisit par fragments la personnalité double de son père, amoureux des livres, des haïkus et de spiritualité, et sa mémoire crispée par une rage lointaine autorise enfin les réminiscences heureuses au milieu de la folie des jours ordinaires. La mélancolie et le sentiment de solitude apparaissent alors avec la conscience d’être passée à côté de la vérité de ce père à la fois infernal et vulnérable, insupportable et touchant. Mais au milieu du désarroi, l’humour et l’ironie tiennent le pathos à bonne distance ; le tragique est balayé par un flux nerveux, et le rire perce à travers les larmes. Selon l’auteure, « la vraie mort […] survient quand commence l’oubli », or ce tombeau de mots restitue la complexité d’un homme entre déchéance et grandeur, le plus bel hommage qui soit. Remarquable.

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