Avec toutes mes sympathies
Olivia de Lamberterie

Stock
la bleue
août 2018
256 p.  18,50 €
 
 
 
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coup de coeur

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coup de coeur

« Avec toutes mes sympathies », un livre qui n’aurait jamais dû exister car Alex n’aurait pas dû disparaître, pas à 45 ans nous dit Olivia de Lamberterie en parlant de son frère.

Un livre magnifique pour que la mort vive, qu’Alex soit toujours présent. C’est un très bel hommage à son frère, une déclaration d’amour pour ce frère qui à jamais fait partie de sa vie.

Olivia de Lamberterie est critique littéraire pour Télématin, Le Masque et La Plume mais est également « rédacteur en chef » pour « Elle ». Elle n’avait pas l’intention de franchir la ligne entre la critique et l’écriture car elle n’avait rien à dire.

Cependant son frère avant de partir lui a demandé d’écrire, et après sa mort, elle a retrouvé un message sur Facebook d’Alex lui demandant d’écrire son propre livre.

Ce livre, Olivia le portait en elle car elle voulait rendre à son frère, l’image de l’homme flamboyant qu’il était, sa joie, leur bonheur, lui pour qui « vivre l’a tué », celui qui a décidé le 14 octobre 2015 de franchir le parapet de sécurité du pont Jacques Cartier à Montréal.

Ce récit, c’est pour tromper la mort, garder la joie qu’elle l’a écrit. Elle nous fait découvrir sa vie, sa famille, son enfance. Une famille d’un certain milieu social où l’on exprimait peu ou pas ses sentiments, une certaine rigueur, une distance (le vouvoiement), pudeur et réserve étant de mise.

Elle nous fait découvrir cet amour inconditionnel, le lien très fort qui l’unit à jamais à son frère, cela même si des kilomètres les séparaient.

Elle nous pose question sur ce mal de vivre, sur le diagnostic assez tardif « dysthimie », nommé tardivement, mal soigné, sur les moyens inhumains des services psychiatriques qui abrutissent plutôt que de soigner.

Elle s’interroge sur l’aspect génétique de la question, leur famille étant lourdement touchée, mais tout ceci n’est jamais noir, jamais pathos. Le ton peut être léger, l’humour étant bien présent provoquant le rire à certains passages.

L’auteure nous parle aussi beaucoup de l’amour des mots, des livres. Les références sont nombreuses et c’est un pur moment de bonheur de lire cette plume.

Pour son mari, ses enfants, sa famille elle crée de la gaieté dans son quotidien non pas pour « faire son deuil », expression horrible mais pour que la mort vive et que les liens soient toujours présents, faire vivre Alex à travers eux.

La tristesse, le manque, la perte, le mal de vivre sont abordés mais c’est lumineux. L’écriture est prenante, émouvante, élégante, emplie de pudeur et d’amour. La sincérité et l’honnêteté de cette plume vraie m’a beaucoup touchée.

Un très beau récit que je vous conseille vivement.

Ma note : ♥♥♥♥♥

Les jolies phrases

Lire permet non de fuir la réalité, comme beaucoup le pensent, mais d’y puiser une vérité.

Ces échappées dans les mots des autres me détournent des miettes de ta réalité que je traque dans les recoins de mon quotidien.

J’hésitais entre la joie de savoir Alex vivant et l’effroi de le savoir désespéré.

L’amour se nourrit de l’absence.

S’il y a des problèmes on les tait. Peut-être qu’ainsi ils n’existeront pas, vive la pensée magique.

Mon frère était la seule personne à qui je me confiais. Nous étions deux muets qui l’un en face de l’autre retrouvaient l’usage de la parole. Avec qui chuchoter aujourd’hui?

La société dans laquelle on vit mérite-t-elle tellement qu’on s’y attache ? L’amour immense qui l’entourait ne lui a pas servi de parachute.

Je n’ai plus envie de rien. Je me force pour Florence, Juliette et François parce que je les aime, mais je dois me forcer à me forcer, et je n’ai plus l’énergie.

Sylvia Plath, Romain Gary, Ernest Hemingway, pour ne parler que d’écrivains que j’aime, je ne les considère pas malades, ces blessés dotés d’une sensibilité trop exacerbée pour supporter de se lever un matin de plus.

Alex a pansé ses plaies, maté sa mélancolie sans en arracher les racines.

Mais la vraie vie, qu’est-ce que cela veut dire ? La vraie vie c’est celle qu’on se crée. Rien d’autre.

Empêche-t-on un tsunami de déferler, un volcan d’exploser et de figer le paysage sous sa lave ?

J’écris pour prolonger l’existence d’Alex et m’empêcher de sombrer. Parce que je ne peux tout simplement pas reprendre ma vie comme s’il n’avait jamais existé.

Vivre l’a tué.

On voudrait hurler de douleur mais on ne sait même pas où on a mal. Aucun médecin à appeler. Aucune plaie à panser.

Le monde s’était rétréci à la taille du cercueil de mon frère, il reprend ses dimensions. Redevenir perméables aux malheurs extérieurs nous rend un peu de notre humanité entamée.

Retrouvez Nathalie sur son blog 

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Comment trouver les mots ? Comment parler d’un livre qui n’est qu’un cri ? Cri d’amour pour ce frère, Alex, qui s’est suicidé – j’allais écrire « qui n’est plus » alors que bien au contraire, à chaque page, on le voit, on le sent, on rit de ses mails, on est avec lui tellement cette sœur inconsolable nous le rend présent, vivant, à nous, lecteurs, qui ne le connaissions pas. Cri de douleur aussi dans ces mots jetés, dans ces phrases nerveuses qui disent l’incompréhension, le refus, la colère, malgré les tentatives d’apaisement, les « puisque c’est son désir ».
Non, la sœur cherche son frère, sa moitié, son double, son complice, son amour pour la vie.
Chaque jour, et malgré elle parfois.
Elle le voit dans l’oiseau qui s’envole, dans l’air qu’elle sent sur son visage, dans mille petits signes qu’elle observe dans le monde. Elle ne peut imaginer qu’il ne l’habite plus, ce monde. Elle le veut vivant parce qu’il ne peut pas ne plus être. Parce qu’elle, elle se doit de continuer à mettre un pied devant l’autre et qu’elle sait que sans lui l’épreuve sera difficile. Parce qu’elle sait que le temps n’atténuera rien. Elle est impossible à consoler. Je repense soudain aux mots d’Henri Callet : « Ne me secouez pas, je suis plein de larmes. »
Hier soir, quand j’ai terminé ce livre magnifique, je l’ai reposé doucement, comme s’il était vivant, comme s’il contenait mille coeurs battant très fort. J’aurais aimé par ce geste apaiser, soulager toute la souffrance de cette sœur. Même si c’est impossible.
Ce livre n’est plus un livre, un objet de papier, il en a dépassé les frontières, fait exploser les contours, revu la définition. Il a pris des dimensions que seul l’amour qui se met à nu peut donner. Il s’est fait vie. Il est vivant.

Retrouvez Lulia Lilas sur LIRE AU LIT http://lireaulit.blogspot.fr/

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Mélancolies

Emouvant, fort, juste, parfois drôle, ce roman écrit parce que « depuis un moment, les gens meurent plus que d’habitude », est un livre de deuil et de mémoire. Il y a la perte d’un frère qui a renoncé à la vie et il y a la vie qui va continuer sans lui, le « guetteur mélancolique ». Les souvenirs sont là, ceux de l’enfance et les autres. Ceux que l’on garde au chaud et ceux qui font pleurer à n’en plus finir. Certains passages sont d’une tendresse absolue, d’autres évoquent l’incompréhension, le doute, ce qui restera à jamais sans réponse : mon frère, où es-tu désormais ?

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« La minuscule célébrité que je dois à mes chroniques à la télévision est un attrape-couillons. »

« Le désespoir peut me tomber dessus, mais la félicité aussi, même si la mélancolie continue de défigurer la réalité. Le verre à moitié plein ? Souvent, je ne vois même pas le verre. »
Dysthimie. Dans la famille d’Olivia de Lamberterie, ce « trouble de l’humeur » (littéralement) a sévi; plusieurs personnes se sont données la mort. Lorsque son petit frère, Alexandre, un homme brillant et très charismatique se suicide en 2015 à Montréal, elle est anéantie. « Je veux que sa mort me donne de la hauteur, pour qu’il n’ait pas souffert pour rien. » Ce livre est le récit de ces jours terribles, avant-pendant-après, et maintenant. Cri d’amour d’une grande soeur issue de la même éducation, à particule, seizième arrondissement, mais qui s’est toujours considérée comme la naine boulotte de la famille (une famille dans laquelle on demande, à propos des nouvelles personnes qu’on rencontre, combien ils pèsent (?!), et qui a brisé plusieurs fois la route toute tracée (premier enfant à vingt ans, pas mariée, avec un homme beaucoup plus âgé qu’elle). Un petit peu à la manière d’Alix de Saint-André (que j’aime tant) qu’elle évoque d’ailleurs joliment, elle mêle à sa douleur quelques considérations plus élargies sans oublier une distance mâtinée d’humour, une sorte de politesse – y compris quand elle s’énerve. Car elle a parfois des emportements un peu sortis de nulle part, des « je vomis les gens qui », une colère qui prend le dessus. Il n’empêche que sa détresse est perceptible et communicative, et on referme ces pages avec émotion.

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