Avec toutes mes sympathies
Olivia de Lamberterie

Stock
la bleue
août 2018
256 p.  18,50 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

partagez cette critique
partage par email

j e u - c o n c o u r s


je joue !

 Les internautes l'ont lu
coup de coeur

Comment trouver les mots ? Comment parler d’un livre qui n’est qu’un cri ? Cri d’amour pour ce frère, Alex, qui s’est suicidé – j’allais écrire « qui n’est plus » alors que bien au contraire, à chaque page, on le voit, on le sent, on rit de ses mails, on est avec lui tellement cette sœur inconsolable nous le rend présent, vivant, à nous, lecteurs, qui ne le connaissions pas. Cri de douleur aussi dans ces mots jetés, dans ces phrases nerveuses qui disent l’incompréhension, le refus, la colère, malgré les tentatives d’apaisement, les « puisque c’est son désir ».
Non, la sœur cherche son frère, sa moitié, son double, son complice, son amour pour la vie.
Chaque jour, et malgré elle parfois.
Elle le voit dans l’oiseau qui s’envole, dans l’air qu’elle sent sur son visage, dans mille petits signes qu’elle observe dans le monde. Elle ne peut imaginer qu’il ne l’habite plus, ce monde. Elle le veut vivant parce qu’il ne peut pas ne plus être. Parce qu’elle, elle se doit de continuer à mettre un pied devant l’autre et qu’elle sait que sans lui l’épreuve sera difficile. Parce qu’elle sait que le temps n’atténuera rien. Elle est impossible à consoler. Je repense soudain aux mots d’Henri Callet : « Ne me secouez pas, je suis plein de larmes. »
Hier soir, quand j’ai terminé ce livre magnifique, je l’ai reposé doucement, comme s’il était vivant, comme s’il contenait mille coeurs battant très fort. J’aurais aimé par ce geste apaiser, soulager toute la souffrance de cette sœur. Même si c’est impossible.
Ce livre n’est plus un livre, un objet de papier, il en a dépassé les frontières, fait exploser les contours, revu la définition. Il a pris des dimensions que seul l’amour qui se met à nu peut donner. Il s’est fait vie. Il est vivant.

Retrouvez Lulia Lilas sur LIRE AU LIT http://lireaulit.blogspot.fr/

partagez cette critique
partage par email
 
coup de coeur

Mélancolies

Emouvant, fort, juste, parfois drôle, ce roman écrit parce que « depuis un moment, les gens meurent plus que d’habitude », est un livre de deuil et de mémoire. Il y a la perte d’un frère qui a renoncé à la vie et il y a la vie qui va continuer sans lui, le « guetteur mélancolique ». Les souvenirs sont là, ceux de l’enfance et les autres. Ceux que l’on garde au chaud et ceux qui font pleurer à n’en plus finir. Certains passages sont d’une tendresse absolue, d’autres évoquent l’incompréhension, le doute, ce qui restera à jamais sans réponse : mon frère, où es-tu désormais ?

partagez cette critique
partage par email
 

« La minuscule célébrité que je dois à mes chroniques à la télévision est un attrape-couillons. »

« Le désespoir peut me tomber dessus, mais la félicité aussi, même si la mélancolie continue de défigurer la réalité. Le verre à moitié plein ? Souvent, je ne vois même pas le verre. »
Dysthimie. Dans la famille d’Olivia de Lamberterie, ce « trouble de l’humeur » (littéralement) a sévi; plusieurs personnes se sont données la mort. Lorsque son petit frère, Alexandre, un homme brillant et très charismatique se suicide en 2015 à Montréal, elle est anéantie. « Je veux que sa mort me donne de la hauteur, pour qu’il n’ait pas souffert pour rien. » Ce livre est le récit de ces jours terribles, avant-pendant-après, et maintenant. Cri d’amour d’une grande soeur issue de la même éducation, à particule, seizième arrondissement, mais qui s’est toujours considérée comme la naine boulotte de la famille (une famille dans laquelle on demande, à propos des nouvelles personnes qu’on rencontre, combien ils pèsent (?!), et qui a brisé plusieurs fois la route toute tracée (premier enfant à vingt ans, pas mariée, avec un homme beaucoup plus âgé qu’elle). Un petit peu à la manière d’Alix de Saint-André (que j’aime tant) qu’elle évoque d’ailleurs joliment, elle mêle à sa douleur quelques considérations plus élargies sans oublier une distance mâtinée d’humour, une sorte de politesse – y compris quand elle s’énerve. Car elle a parfois des emportements un peu sortis de nulle part, des « je vomis les gens qui », une colère qui prend le dessus. Il n’empêche que sa détresse est perceptible et communicative, et on referme ces pages avec émotion.

partagez cette critique
partage par email