Border
Jacques Houssay

nouvel attila
roman
mars 2019
200 p.  17 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

En équilibre au bord du monde

Ce premier roman est ancré dans une ville imaginaire mais réaliste : Le Border. Scribouilleur, le narrateur, doit son surnom à son activité : il est écrivain public, remplit des dossiers et des papiers dans un bureau au fond d’une cour. Par ailleurs, il est aussi passeur de messages pour les prisonniers de la maison d’arrêt. Perché sur des containers, il crie les mots qu’on lui a chargé de transmettre et consigne en retour ceux qu’il reçoit. Scribouilleur est l’observateur des lieux, l’arpenteur infatigable du Border où il est né et où il finira, un veilleur à qui rien n’échappe… pas plus qu’on échappe au Border. Avec ses copains Nerveux, Misérable, Doug et les autres, il erre dans les marges, se glisse dans les zones interdites : chantiers, toits, ponts, entrepôts, voies ferrées, docks, usines en friches. Ensemble, ils boivent et fument, regardent la nuit en silence et se soutiennent par mauvais temps. Et puis il y a Jeanne, la seule qui n’ait pas de surnom. Muette et obstinée, Jeanne s’entraîne tous les jours à sauter de plus en plus haut, comme si elle voulait s’envoler, comme si des ailes d’ange allaient pousser dans son dos. Les autres ne sont pas des anges : « des rats, voilà ce que nous sommes. Des rats assis au bord du monde ». Scribouilleur ne parvient pas à se détacher du Border, il y est parfois perdu comme dans un dédale, l’angoisse au ventre, le désespoir chevillé à l’âme : trop de souvenirs, trop de morts, trop de nostalgie pour lui qui n’est jamais parti. Les amis sont toujours là pour le sortir du fleuve noir de la folie où il menace de sombrer. Peut-être qu’un jour il deviendra Témoin, il écrira ses mots à lui, jaillis de l’observation et de son expérience, un créateur en somme.

Dans une prose poétique et percutante, des phrases courtes, hachées, un langage contemporain et imagé, l’auteur nous décrit ces vies dans les lisières, existences amochées, écourtées, des mondes parallèles où la violence s’introduit avec fracas, laissant les survivants hébétés mais désirant vaille que vaille une vie normale, une vie où le sourire d’une fille et la main d’un enfant vous poussent à espérer malgré tout, comme dans les fissures du bitume l’herbe pousse en dépit de la noirceur du monde.

 

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