Ca raconte Sarah
Pauline Delabroy-Allard

Les Editions de Minuit
romans
septembre 2018
188 p.  15 €
ebook avec DRM 10,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu
coup de coeur

partagez cette critique
partage par email
coup de coeur

A la folie

Voici un premier roman fulgurant qui raconte l’histoire d’une passion amoureuse. Si le thème n’est pas nouveau, la jeune auteure ravive le genre par un style à couper le souffle. C’est un livre qu’on dirait écrit sur le fil, dans l’urgence de la folie et les interstices de la fusion amoureuse. C’est un roman qui parle d’amour et de mort, avec pour figures tutélaires Marguerite Duras et Annie Ernaux. Un énorme coup de cœur.

L’amour comme une fulgurance

D’abord il y a la narratrice, jeune professeure de lycée et mère célibataire à la vie rangée, morne et routinière. Un soir de réveillon, elle rencontre Sarah, violoniste : Sarah et son rire sonore, son verbe haut, sa franchise, son maquillage criard ; Sarah est trop, elle est sûre d’elle, étourdissante, « elle est vivante ». Lorsqu’elle lui déclare son amour, débute une passion folle et intense, la découverte de l’autre, les corps brûlants. Membre d’un quatuor à cordes, la musicienne transporte sa vie dans une valise : pas facile de s’aimer entre deux avions, entre deux trains, entre deux absences ; l’attente est insupportable, les retrouvailles incandescentes. Puis, comme dans toute passion, il y a la souffrance et la violence ; la vie avec Sarah est épuisante, la vie sans elle impossible. Alors surviennent les crises, les disputes, les larmes, mais c’est la mort qui claque la porte en dernier, comme dans une tragédie.

« Ça raconte Sarah » est un roman en mouvement, entre Paris et la province, entre la France et l’Italie, une folie en deux mouvements, une première partie con fuoco et la seconde con dolore, où l’absence et le manque le disputent à la tentation de la disparition de soi. Une lecture en apnée, comme un long poème qui déroulerait le blason de l’aimée pour finir en élégie.

 

partagez cette critique
partage par email
 Les internautes l'ont lu

Une histoired’amour qui ne m’a pas touchée

Et bien ça n’a pas fonctionné…… Ce type de roman n’est décidément pas pour moi. L’ennui, le manque total d’intérêt, aucune sympathie ni empathie pour les personnages et même parfois un agacement, un sentiment de voyeurisme dans une histoire qui ne m’intéressait pas.
Ce premier roman, sûrement en partie autobiographique, se divise en deux parties. Dans la première Pauline Delabroy-Allard retrace la rencontre avec Sarah, le coup de foudre, une attirance foudroyante et dans la deuxième la maladie, l’absence.
Tout démarrait pas trop mal même si j’ai toujours un peu de mal à m’immiscer dans l’intimité d’un couple, d’avoir tous les détails. L’écriture est vive, plaisante, fougueuse par moment mais bon cela tourne vite en rond, au fil des pages j’ai l’impression de toujours lire la même chose.
Puis dans la deuxième partie, ennui profond, mais qu’allait-elle faire à Trieste (et moi par la même occasion). Je me suis complètement désintéressée de l’histoire, du devenir des personnages. Je n’y croyais pas, pas de crédibilité dans cette femme qui abandonne tout, qui perd tout, qui oublie sa fille, sa vie….. A deux pages de la fin j’ai failli abandonner.
J’ai pensé à plusieurs reprises que l’autrice ne trouvait pas d’issue à son histoire, elle tâtonne, tente plusieurs options, puis reviens en arrière, nous parle inlassablement de ses journées, identiques, copiées-collées.
A la différence de Ma dévotion où, même si les personnages m’avaient agacée, j’avais aimé l’écriture, la construction, le style mais où j’avais déjà hésité sur mon sentiment en fin de lecture.
Je n’en dirai pas beaucoup plus. Il y a apparemment des lecteurs pour ce genre de romans et ce n’est qu’un avis personnel qui ne l’empêchera pas de continuer sa route mais il a au moins le mérite de me confirmer mon manque d’intérêt pour ce genre de littérature.
Un livre est une rencontre, celle-ci a été un rendez-vous manqué.

partagez cette critique
partage par email
 
coup de coeur nuit blanche

Ce livre-là est à lire d’une seule traite, d’un seul souffle, d’une seule respiration que l’on retiendrait, par peur de tourner la page. Et si tout finissait mal ? Et si elles ne parvenaient pas à garder la tête hors de l’eau ? Et si elles perdaient pied soudain et coulaient, submergées par cette passion qui les brûle, les dévore et les tuera peut-être ?
Derrière ce « elles », il n’y a qu’un nom : Sarah. L’autre est un « je ». On ne saura jamais comment elle s’appelle, son compagnon et son enfant resteront aussi anonymes… Sarah efface tout, occulte tout. Elle prend la place, celle des autres d’abord et d’une certaine façon, tel un vampire, elle aspire aussi la vie de la narratrice.
Cela s’appelle une passion amoureuse. On le sait, c’est dévastateur.
Lire les premières lignes de ce roman revient à se jeter dans une espèce de tourbillon, à être pris dans une tourmente dont il est impossible de s’extraire.
La narratrice raconte, en oubliant presque de reprendre son souffle, dans un « je » et un présent qui deviennent vite les nôtres, sa rencontre avec Sarah, ce soir de réveillon, chez des gens guindés, ennuyeux et morts.
Tout à coup, elle est entrée. La folie Sarah a surgi, entraînant dans son sillage, la lumière, l’éclat, la vie.
La narratrice répète inlassablement ce nom qui s’infiltre doucement en nous. « Sarah », cette femme-enfant musicienne qui finit par nous séduire, par nous tirer par la manche et nous entraîner dans son mouvement. Elle nous manquera, à nous aussi, dans la deuxième partie du livre. Vous en ferez l’étrange expérience…
Sarah est vivante et déborde de partout : elle parle fort et mal, fume trop, boit trop. Elle pleure et rit beaucoup. Rien n’est mesuré, compté, calculé.
« Elle est vivante » aime répéter cette narratrice affolée par ces excès, cette démesure, une narratrice un peu perdue, bousculée et projetée, presque malgré elle, en dehors de sa vie, de son train-train, par l’ouragan Sarah.
Dans ce monde un peu tiédasse, un peu terne, ce monde qui ne vaut pas vraiment le coup d’être vécu, Sarah est celle qui met de la couleur, du mouvement, du bruit. Elle bouscule les codes, fait tomber les barrières, franchit les limites. Et vous aspire dans son sillage.
« Elle est vivante. »
Et la narratrice se rend compte qu’elle préfère être avec elle, l’amie, plutôt qu’avec lui, le compagnon. Elle aime Sarah. Mais ce n’est pas facile de mettre les mots sur ce qui vous arrive, de s’avouer la chose, de supporter le raz de marée qui s’empare de toute votre personne et assiège tout votre être.
Elle se donnera. À corps perdu.
C’est l’amour fou, l’émerveillement au quotidien, l’enchantement. Une espèce de communion, un truc qu’on ne peut même pas nommer. Et que tout le monde ne vivra pas. Un amour qui remet tout en cause : le travail, les amis, l’enfant, le conjoint, la famille.
Tout.
Sarah remplace tout, fait le vide peu à peu. La narratrice est prise dans le tourbillon Sarah, la tornade Sarah. L’obsession pour cette « drôle de fille » se transforme très vite en « une révélation, une lumière, une épiphanie. » Elle est une déesse, elle est sacrée : « Elle serait la femme idéale, la femme ténébreuse et splendide, une icône.»
« Après la première nuit, être loin d’elle devient une aberration. »
« Elle me respire, elle m’aspire, ça raconte ça : le souffle, le soufre, la tempête. »
Et cette écriture, presque incantatoire, m’a bouleversée. De cette histoire d’amour, j’ai goûté chaque page comme on lit un poème, parce que chaque page est un poème. J’ai eu peur d’avancer, de connaître la fin. On le sait, l’intensité, la puissance va finir par craquer, par exploser. Ça ne peut que mal tourner, ce genre d’histoire. Et pourtant cette fin, on la connaît dès le début. Mais on l’oublie, on revit la rencontre et cette scène sublime efface tout. Nous sommes emportés par les mots, le rythme des phrases, le souffle de vie dont chaque syllabe et chaque silence semblent emplis.
Je suis sortie de cette lecture, vidée, fourbue, effarée.
Avec l’envie de reprendre tout depuis le début, de me relancer dans le tourbillon comme on veut faire un second tour de manège et que la tête nous tourne déjà un peu.
Ce dont je ne me suis pas privée.
Si Sarah est vivante, ce livre l’est bien autant qu’elle.
Son coeur pulse à chaque page.
Et c’est sublime.

retrouvez Lucia-Lilas sur LIRE AU LIT le blog

partagez cette critique
partage par email