Chanson de la ville silencieuse
Olivier Adam

Flammarion
janvier 2018
219 p.  19 €
ebook avec DRM 3,49 €
 
 
 
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Saudade.

Elle arpente solitaire les rues de Lisbonne à la recherche d’un chanteur des rues, qui le soir venu pousse la chansonnette à la terrasses des restaurants, dissimulé sous un grand chapeau et qui disparait sans demander la moindre pièce.
Qui est-il ? Personne n’en sait rien, sinon ceux qui sont sûrs d’avoir reconnu son père, Antoine Schaeffer qui décida brusquement de quitter la scène et le succès dont il devenait l’esclave, laissant sa voiture, son téléphone, ses papiers et ses santiags au bord d’un fleuve.
Tout porte à croire à un suicide bien que le corps n’ait jamais été découvert.

Alors, la fille du chanteur part sur les traces d’un fantôme tandis qu’elle déroule les souvenirs de sa vie, de son enfance ballotée entre un père toujours absent, soit en tournée, soit parti dans des paradis artificiels et une mère démissionnaire.
L’auteur explore un thème qui lui est cher, la disparition d’un proche. Avec délicatesse, il sonde les âmes abîmées, leur tend des perches pour s’en sortir malgré tout.
A travers une écriture sobre, limpide, pudique, il nous invite à suivre la fille du chanteur, il ne lui donne pas d’autre nom, dans ses allers-retours entre Paris et Lisbonne, entre présent et passé.
Il y a chez Olivier Adam une atmosphère étrange qui en fait tout le charme entre véritable souffrance et mélancolie et je crois que c’est ce qui m’attire irrésistiblement vers ses romans.

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Histoire d’une fille délaissée

Cela fait trois jours qu’elle sillonne Lisbonne, à la recherche d’un musicien des rues, qui, armé de sa guitare, chante les yeux fermés aux terrasses des bars, et repart sans un mot, sans même demander de l’argent. Personne ne l’a vu depuis quinze ans, depuis qu’il a arrêté sa carrière. Il vit reclus, il ne veut plus rien avoir à faire avec le monde de la musique ni avec le monde tout court.

Une vie d’enfant dans un appartement où sa mère ne fait que passer pour dormir, elle ne reprend vie qu’à la tombée du jour. de temps à autre, son père se pointe sans prévenir. Une vie partagée entre une mauvaise mère et un père lointain qui ne s’aperçoit qu’à peine de son existence. Une vie singulière, mais elle ignore qu’il y en a d’autres. Elle est celle que jamais son père pas plus que sa mère ne viennent chercher à l’école, celle dont les enseignants ne demandent jamais à voir les parents, celle qu’élèvent des grands-parents qui ne sont pas les siens, celle qui grandit sans souvenirs d’enfance.

Olivier Adam nous délivre le portrait intime et bouleversant d’une jeune fille délaissée par ses parents , la quête d’une jeune femme pour retrouver un père qu’elle n’a jamais eu, un chanteur, légende vivante qui va de galas en soirées où l’on dine d’alcools, où l’on change de partenaire, où l’on se défonce parfois. Un père qui décide de se retirer de la vie publique et de la vie tout court. Si l’accueil de ce roman n’a pas été enthousiaste, personnellement j’ai été une fois de plus séduit par Olivier Adam, son style fait de phrases courtes, et empreint de tristesse et de mélancolie.

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Rarement un titre a aussi bien convenu à un roman : en effet, j’ai lu ce texte comme une chanson, une espèce de longue plainte dans laquelle les mots pleurent, les phrases brèves, souvent nominales, comme en suspens, disent la douleur de la perte, de l’absence.
C’est l’histoire d’une fille effacée et fragile qui n’a pas eu d’enfance et dont l’adolescence s’est perdue dans une grande solitude et un terrible sentiment d’abandon.
Les parents de cette jeune fille qui pleure ? Des êtres ailleurs, occupés par leur vie hors du commun : un père musicien, dont les tubes tournent en boucle sur toutes les radios, une icône vivante sans cesse en tournée, en répétition, en enregistrement, une vedette adulée qui a tout donné et qui noie dans l’alcool et la solitude son malaise profond : « Les chanteurs, en concert, c’est leur peau même, leur corps entier, leurs mots, l’intérieur de leur cerveau qu’ils mettent en jeu. Sans filtre. Sans distance. Dans aucune autre forme d’art on avance à ce point nu, vulnérable. Le chanteur sur scène, c’est un don brut. Primitif. Un truc de cannibale. »
Et puis une mère, de passage, une beauté qui a à peine pris le temps d’embrasser sa fille et s’est évanouie dans des ailleurs de plus en plus flous, de plus en plus lointains et inaccessibles.
C’est une plainte que l’on entend car ce texte est un long poème, une musique proche des fados, une lamentation triste à pleurer tellement elle porte le désespoir de celle qui a le sentiment de n’être plus rien, sans attache, sans amour.
Errant dans la vie comme dans les villes, elle est sans cesse à la recherche d’une amie, d’un père, d’une mère, de bras pour la consoler, de lèvres pour l’aimer, de mots tendres pour la réconforter. Mais rien ne vient vraiment jamais. D’ailleurs, peut-on rattraper le temps perdu ? Ce que l’enfance n’a pas donné, la vie d’adulte peut toujours courir, elle ne compensera jamais l’absence, l’indifférence, l’oubli. « Je suis cette fille qui n’a pas besoin d’exister pour vivre. »
Un jour, ce père superstar disparaît : on retrouve au bord du fleuve ses affaires. Suicide ? Oui, certainement, ça devait bien se terminer ainsi, dans un gâchis sans nom et sans même un au revoir à sa fille. Rien.
A l’absence s’ajoute le silence du départ. Insupportable.
Mais un jour, longtemps après, un ami tend à la fille un portable : « Tiens c’est drôle, on a croisé ton père » à Lisbonne. La fille se penche sur la photo floue. « C’est son sosie en vieux » ajoute-t-il. Oui, c’est certainement ça, son sosie en vieux. Oui…Peut-être… mais, si ce clochard céleste, cet homme en guenilles était effectivement son père ? Si c’était lui ? Alors la quête commence, la recherche d’un père qu’elle n’a pas eu et qu’il serait peut-être temps de rencontrer. N’est-ce pas partir à la recherche d’un fantôme, d’un être qui n’existe plus depuis longtemps, d’un mort, d’une ombre ?
Long poème mélancolique, plainte infinie, délicate, Chanson de la ville silencieuse s’élève doucement tel un fado empreint d’une nostalgie sourde, d’une tristesse profonde et grave et l’on entend, longtemps après la lecture, résonner en nous la voix de celle qui le chante…

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