Le prix
Cyril Gely

Albin Michel
janvier 2019
223 p.  17 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu
coup de coeur

partagez cette critique
partage par email

je joue !

jusqu'au 22 septembre 2019

retour à la page d'accueil

 Les internautes l'ont lu
coup de coeur

Emouvant, captivant, prenant, « Le Prix » de Cyril Gely est un récit nécessaire et ultime. Ecrit avec brio, délicatesse et pragmatisme, les mots s’échappent des pages, couronnes d’Epiphanies pour Lise Meitner. « Nul ne sait ce que nous réserve le passé » enclenche un incipit qui ne laissera aucune chance aux non-dits. Une porte que l’on pousse du pied, des dés lancés dans le contre-jour des silences. Un voile qui s’écarte subrepticement d’une fenêtre embuée par l’injustice trop criante. Ce récit est donc une troublante et véridique page de notre Histoire. Mémoriel, il délivre enfin la vérité sur Le Prix si emblématique et controversé, celui accordé à Otto Hahn en secret en 1944. Ce prestigieux Prix Nobel récompensant un travail de labeur et d’envergure manichéenne pour l’humanité. Il recevra, seul, ce dernier le 10 décembre 1946. Solitaire, en crise de culpabilité mais le regard tourné vers les projecteurs.
Lisa Meitner a travaillé avec Otto Hahn de nombreuses années. Binôme perfectionniste, soudé, fusionnant leurs capacités et ténacités pour découvrir qu’un bombardement de neutrons sur un noyau d’uranium produit un noyau de baryum. Elle restera le plus longtemps possible. Mais Lise doit partir et vite. Elle est juive, en danger dans cette Allemagne où les affres antisémites sont omniprésentes. Le vent mauvais souffle trop fort et ne s’arrête pas. Exilée à l’autre bout du monde, elle trouve seule le processus final de la découverte. Ayant foi en la concorde d’Otto en sa loyauté, en sa sincérité, naïve ou combattante scientifique, elle donnera à Otto par courrier la solution. Ce dernier dévoilera à la face du monde cette découverte capitale. Lise revient en Suède ce 10 décembre. Un huis-clos des plus vifs abat les cartes une à une dans une confrontation avec Otto et Lise ou rien, absolument rien ne sera laissé de côté. Les fusionnels d’antan cherchent les failles en l’autre. Les lâchetés, regrets, jalousies sont au paroxysme des paroles exutoires. Lise dans ce récit est digne et ne laisse aucune chance à la rancœur et à la vengeance. Femme scientifique, douée sans aura parce que femme. Otto remporte seul la palme de la Gloire mais sans ce laurier victorieux et honorable. « Il faut toutes les vérités pour faire un monde » affirme Paul Eluard en ouverture de ce récit. La dualité, le noir, le blanc, la femme et l’homme ne peuvent fusionner dans un prix à l’aube des années 50. Otto aurait pu. Il a refusé de glisser dans son discours le prénom de Lise et de lui accorder cette grâce d’un renouveau. Une femme peut elle aussi être glorifiée par une découverte de renom. Ce récit est poignant, sensible, combattant. Le lire c’est reconnaître Lise en femme scientifique douée. Le faire sien c’est un devoir moral. L’offrir c’est amplifier le combat féministe. Afin de changer les mentalités et accorder à l’égalité les valeurs de l’équité. Brillant, engagé, nécessaire.

partagez cette critique
partage par email