Doggerland
Élisabeth Filhol

P.O.L
fiction
janvier 2019
352 p.  19,50 €
ebook avec DRM 13,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu
coup de coeur

La possibilité d’une île

Territoire émergé en mer du Nord, le Doggerland reliait la Grande Bretagne à l’Europe jusqu’au sixième millénaire avant notre ère, avant d’être recouvert par la montée des eaux. Dans ce roman impeccablement maîtrisé, il est ainsi question de séparation et de rapprochement entre les terres, mais aussi entre un homme et une femme, du temps qui passe et des souvenirs qui vont avec. Elisabeth Filhol, dans une langue précise et élégante, entremêle avec subtilité exigence scientifique et romanesque amoureux.

Une tempête

L’action se déroule sur quelques jours, durant la tempête Xaver de décembre 2013 qui frappe le nord de l’Europe. C’est justement à cette époque que se tient un congrès d’archéologie sous-marine au Danemark, auquel doit participer la géologue écossaise Margaret Ross, chercheuse universitaire. Elle apprend que Marc Berthelot, qu’elle n’a pas revu depuis leurs études, voilà plus de vingt ans, y est aussi convié. Si la tempête qui sévit met en péril l’organisation du congrès, une autre tourmente intérieure agite Margaret qui, plus jeune, était amoureuse de ce jeune Français venu étudier en Ecosse pour être ingénieur pétrolier à Aberdeen, tandis que Margaret, fascinée par le Doggerland, se spécialiserait en géosciences. Mais Marc est un jour parti sans explication. Au moment de se revoir, après toutes ces années à se demander si l’avenir aurait pu être différent, la fébrilité est au rendez-vous.

Des vents contraires

La tempête Xaver qui affole les prévisionnistes est un exemple du dérèglement climatique que les technologies précipitent, au rang desquelles les forages pétroliers offshore. Marc Berthelot, qui contribue à cette course au profit inconsciente, prend un peu tard la mesure des risques imminents. Margaret navigue quant à elle entre recherche d’une terre immergée et transmission. Ici, tout est question de temps, de mémoire, de passé, d’urgence écologique et de futur incertain. Comment dès lors se rejoindre sur la même ligne temporelle ? Ce qui a été perdu peut-il produire de l’inédit ? Si les tempêtes remanient les paysages, les vents contraires peuvent aussi détourner les êtres de leur trajectoire. Un très beau roman.

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