Eden
Monica Sabolo

Gallimard
août 2019
288 p.  19,50 €
ebook avec DRM 13,99 €
 
 
 
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coup de coeur

« Eden » de Monica Sabolo
est le coup de coeur de la Maison de la presse de Caussade
dans le q u o i  l i r e ? #85

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coup de coeur

J’avais découvert Monica Sabolo, il y a deux ans, avec son précédent roman « Summer ».
J’ai retrouvé dans « Eden » des thèmes qui lui paraissent chers : l’adolescence, ses tourments, la disparition, la nature et notamment la forêt qui tient dans ce roman une place prépondérante.
Lucy, 17 ans, vient s’installer avec son père dans ce qui fut une ancienne caserne de pompiers en lisière d’une réserve indienne.
Elle fréquente le lycée où les élèves sont en grande majorité autochtones. Elle n’a pas réellement d’amis mais parle de temps en temps à la jeune narratrice, Nita, qui prend le même bus scolaire qu’elle.
Au bout de quelques semaines, Lucy disparaît pendant deux jours. Quand on la retrouve inconsciente à l’orée de la forêt, elle est entièrement nue, recouverte de terre et semble avoir été violée.
Nita va alors remonter le cours du temps pour tenter de comprendre ce qui s’est réellement passé car Lucy est prostrée, mutique et ne peut révéler le nom de son ou ses agresseurs.
C’est ainsi que l’on découvre que la jeune fille aimait se rendre dans la forêt la nuit, là où, disait-elle, agissent les « Esprits ». Il faut dire que cette forêt profonde qui jouxte la réserve est menacée de destruction par l’industrie pétrolière.
Des hommes y travaillent toute la journée, arrachant et coupant les arbres. Le soir venu, ils investissent le seul pub du coin où l’alcool coule à flots. Les nuits sont devenues dangereuses près de la réserve : viols, disparitions de femmes. La police n’est pas très diligente à retrouver les coupables…après tout, il ne s’agit que de femmes indiennes.
Alors, les femmes sont parfois obligées de se faire justice elles-mêmes.
J’ai profondément aimé l’ambiance de ce roman, les portraits psychologiques de ces adolescents confrontés à la dureté de la vie de cet endroit, les descriptions de la forêt qui semble si mystérieuse, attirante et tout à la fois effrayante : « Je me souvenais des arbres fantômes. On disait qu’il existait une forêt invisible, constituée par la mémoire des arbres disparus. A leur mort, les spécimens les plus anciens, les plus majestueux, demeuraient vivants dans l’autre monde. Leurs racines continuaient de pousser, créant un réseau secret et sinueux qui s’étendait sous la surface de la terre à la façon d’un filet de cordes noires. Là où s’était dressé leur tronc s’ouvrait une faille dans l’espace et le temps, où l’on pouvait s’insinuer, comme par une trappe, et pénétrer le territoire des esprits. On pouvait aussi se tenir là, à la frontière entre le visible et l’invisible, et disparaître aux yeux de toute créature vivante. On disait encore que c’était par les portes des arbres fantômes que les esprits des morts s’introduisaient dans notre monde, sous une forme animale. »
Si vous ne connaissez pas encore l’univers et l’écriture de Monica Sabolo, lisez vite ce roman pour les découvrir.

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