Ici ou là-bas
Jérôme Baccelli

nouvel attila
janvier 2019
214 p.  18 €
 
 
 
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coup de coeur

Ici où là-bas de Jérôme Baccelli
est le coup de coeur de Payot librairie en suisse
dans le q u o i  l i r e ? #72

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coup de coeur

Chercher le poète

Réputée exigeante, voire hermétique, la poésie de Saint-John Perse est méconnue, et la vie du poète aux multiples pseudonymes est tout aussi énigmatique : né à Pointe-à-Pitre en 1887, mort à Hyères en 1975, diplomate français déchu de sa nationalité par le régime de Vichy, exilé en Amérique, lauréat du prix Nobel de littérature… le parcours est déroutant, idéal pour l’écrivain Jérôme Baccelli qui s’empare de cette figure pour mener une enquête littéraire et une réflexion sur l’exil. Résultat : le roman est passionnant et poétique, inspiré et moderne, et vous n’aurez qu’une envie, vous lancer dans la lecture de Saint-John Perse.

Le narrateur, un jeune Français expatrié, est licencié du jour au lendemain de la start-up californienne où il travaille. Juste avant son départ, il découvre un exemplaire original du recueil « Exil » de Saint-John Perse, duquel tombe une photo dédicacée du poète tout sourire en compagnie d’une jeune femme. Entre la France et les Etats-Unis, entre là-bas et ici, hier et aujourd’hui, le héros, accompagné d’une spécialiste, se lance sur les traces du diplomate poète soupçonné de trahison, démis de ses fonctions puis exilé. Mais pour notre expatrié diplômé, que signifie l’exil ? Auparavant, ce mot était synonyme de souffrance, de bannissement ; aujourd’hui, deux millions de Français partent volontairement, une mode encouragée par la mondialisation. Lorsque le diplomate renonce à toute activité politique pour la poésie, l’écriture devient une autre patrie, une nouvelle façon d’habiter le monde, de s’élever au-dessus de la misère humaine et de l’innommable des camps à l’œuvre là-bas en Europe. Fuyant, duel, secret, Saint-John Perse se dérobe ; entre l’apparence et la réalité, l’homme et l’œuvre, il y a un abîme obscur où risquent de se perdre les exégètes. Ainsi, « aimer la poésie ne consiste pas à en chercher le sens », mais à en accepter le mystère. Aussi captivant que bien écrit, ce roman magnifique nous parle de désir d’ailleurs et de retour impossible, un entre-deux où l’écriture s’avère le but ultime.

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