Là où les chiens aboient par la queue
Estelle-Sarah Bulle

Liana Levi
août 2018
283 p.  19 €
ebook avec DRM 14,99 €
 
 
 
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coup de coeur

Quelle jolie découverte que ce premier roman !

Une jeune femme (dont on peut facilement supposer qu’il s’agit de l’auteure elle-même) se plonge dans ses racines familiales après la naissance de ses propres enfants. Née en France d’un père guadeloupéen et d’une mère chti, elle ne sait que peu de choses de l’histoire de sa famille paternelle.

Elle décide d’interroger ses tantes et son père, leur donnant à tour de rôle la parole pendant tout un chapitre. Nous rencontrons ainsi Antoine, la soeur aînée, à la forte personnalité, un tantinet mystique et parfois loufoque. Puis Lucinde, l’autre soeur, qui ne rêve que de s’élever dans la société grâce à sa passion : la couture. Et enfin Petit Frère, le père de la narratrice, qui a toujours voulu étudier et évoluer.

Se dresse alors devant nous le portrait de la société guadeloupéenne à partir des années 50 avec ses aspects positifs mais aussi ses travers : la couleur de peau, ses nuances plus ou moins foncées, sont des éléments très importants dans les relations sociales ; les relations hommes-femmes ; la gestion économique de l’île par la France souvent menée aux détriments des locaux.

On y découvre aussi qu’en mai 1967, les jeunes guadeloupéens se sont rebellés contre cette situation qu’ils considéraient comme une injustice, ayant la plus grande difficulté à trouver un emploi et donc à vivre tout simplement. Cette « révolution », dont je n’avais jamais entendu parler, a été réprimée dans un bain de sang.

Par la suite, beaucoup de jeunes Antillais sont venus s’installer en France dans l’espoir de vivre une vie beaucoup plus sécure économiquement mais pas forcément plus heureuse humainement.

C’est avec une grande tendresse, une grande chaleur, une pointe d’humour que l’auteure partage avec nous l’histoire de sa famille. Le tout fait un excellent moment de lecture.

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Un très beau premier roman

La nièce (dans laquelle on projette forcément l’autrice) est née et a grandi à Créteil, d’un père antillais et d’une mère ch’timi. Tous les deux ans à peu près, elle est allée passer l’été dans sa famille paternelle, en Guadeloupe. Jeune maman, à la trentaine, elle décide d’interroger son père et ses deux soeurs (ses tantes à elle, donc) sur leur enfance, sur leurs racines communes. Celle qui raconte avec le plus de verve la saga des Ezechiel de Morne-Galant de 1947 à 2006, c’est Antoine, l’aînée. La vision de sa petite soeur, Lucinde, est plus succincte, plus acide aussi; moins pittoresque, et très partagée. Le petit dernier, « Petit-Frère » (le père de la nièce) est lui plus structuré, dans une langue précise et plus travaillée. Le tout se lit avec gourmandise et on s’attache durablement à cette famille qui nous offre des portraits saisissants. Loin d’une vision manichéenne des choses, le regard de ces quatre êtres sur leur condition de français d’outre-mer puis de métropolitains est nuancé et constructif. Un très beau premier roman.

« A mon tour, j’ai devancé l’appel; c’était ça ou glisser doucement vers un effondrement intérieur. Les contours de l’île étaient les murs de ma prison. (…) Bien plus tard, quand j’ai eu accès à autant de livres que je le voulais, lorsque des collègues et des professeurs m’ont aidé à mettre des mots sur ce que je ressentais, lorsque j’ai moi-même appris à trouver un chemin dans les mots tortueux des patients que je soignais, j’ai compris qu’à vingt ans, l’armée m’avait sauvé. »

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coup de coeur

Intéressé par la nouvelle rentrée littéraire ? Voici un livre qui en fait partie pour 2018 :

Aujourd’hui j’ai choisi de vous parler d’une jeune écrivaine française, d’un père guadeloupéen et d’une mère franco-belge (joli métissage) et qui publie son premier ouvrage : « Là où les chiens aboient par la queue ». le titre à lui seul est assez intrigant, prometteur et qui sait ? On va peut-être y trouver un certain langage et de l’humour ?
Gagné !
Le livre est divisé en plusieurs chapitres racontés par des personnages différents de la famille Ezechiel : Antoine, l’héroïne – Luncinde – Petit-Frère… L’héroïne, Antoine, quitte son pays à l’âge de seize ans, pour rejoindre aller chez sa tante Eleanore (man Nonore), à Pointe-à-Pitre.
Elle s’interroge sur son origine métisse et c’est ainsi qu’elle raconte son enfance, l’histoire de la famille, les traditions, l’esprit de ces Antillais « immigrés de l’intérieur ».

L’histoire, racontée par Antoine, se passe à Morne-Galant et l’auteure écrit en page 10 : « Encore aujourd’hui, les Guadeloupéens disent de Morne-Galant : « Cé la chyen ka japé pa ké. » Je te le traduis puisque ton père ne t’a jamais parlé créole : « C’est là où les chiens aboient par la queue. ».
Comme on le voit, le langage est bien imagé, exotique car de nombreuses expressions sont issues de la langue guadeloupéenne. Mais on y trouve aussi beaucoup de poésie (avec l’évocation de Aimé Césaire et de Léopold Senghor) – de l’humour avec des personnages « hauts en couleur » – de l’amour…
Mais c’est aussi l’histoire d’un désenchantement, celui de l’exil qui n’est pas aussi rose que l’on pouvait espérer : « Nous, les Antillais, nous avons toujours su nous adapter, pas vrai ? De la case d’esclaves aux HLM, nous savons ce que signifie survivre. Mais de communauté soudée, tu n’en trouveras pas. «  (p.277)

Ce premier roman est très prometteur car il nous fait découvrir Estelle-Sarah Bulle et peu importe si on connaît ou pas la Guadeloupe, elle se charge de nous en faire le portrait et de nous relater des faits anciens méconnus certainement ailleurs dans le monde.
C’est donc un roman à découvrir, bluffant par son originalité.
Une belle rentrée littéraire pour cette écrivaine et certainement un beau succès en vue, en tout cas je l’espère.

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