La Vraie Vie
Adeline Dieudonné

L'Iconoclaste
août 2018
265 p.  17 €
ebook avec DRM 12,99 €
 
 
 
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coup de coeur

Un premier roman puissant

Les histoires, elles servent à mettre dedans tout ce qui nous fait peur, comme ça on est sûr que ça n’arrive pas dans la vraie vie.(p17)

J’évite souvent les romans dont on parle beaucoup, trop, à sens unique et surtout toujours dans le même sens, l’excellent, le bon etc…. J’ai souvent été déçue….

Et bien en voilà un dont je vais tout de suite vous dire pourquoi c’est pour moi un COUP DE CŒUR…..

Il y avait longtemps que je n’avais pas ressenti dès les premières pages, l’urgence de continuer. Le livre restait scotché à mes mains, un chapitre de plus pour avoir confirmation que la tension s’installait, que tout n’était pas rose, qu’il allait bien falloir que cela éclate, rester bloquer sur certaines phrases, certaines situations tellement elles étaient fortes.

Partir d’un récit d’une vie ordinaire, simple, quoique parsemée de petits événements qui laissent penser que tout n’est pas limpide dans cette famille. Ils vivent au milieu des cadavres :

d’animaux naturalisés car trophées de chasse, passion du père
un cimetière de voitures qui devient le terrain de jeux des enfants
un père coléreux, brutal, insensible sauf aux chansons de Cloclo sur lesquelles il peut verser une larme, vautré sur sa peau d’ours sur le canapé, un whisky à la main,
une mère « amibe » (tellement représentatif de cette femme martyrisée mais silencieuse),
une presque adolescente, observatrice, intelligente qui ne souhaite que rendre sa vie et celle de son jeune frère plus douces.
Une douceur sucrée va être le déclencheur du basculement du monde de l’enfance à la vraie vie : celle des adultes, celle du sens de la responsabilité et de la volonté de vouloir changer le cours des choses pour rendre la vie plus belle, pour qu’elle ne soit pas ce qu’elle est, pour avoir une chance s’en sortir indemne.

Je ne veux rien vous dévoiler de plus mais à partir de ce moment là, cette vie ordinaire va doucement mais sûrement devenir, au fil des quatre années qui suivent, totalement différente. Cela va vite, on va à l’essentiel.

Vivre entourée de bêtes mortes et ressuscitées grâce à la taxidermie peut provoquer chez beaucoup un sentiment d’horreur, ne plus se sentir en sécurité mais observé, épié, envahi.

L’une compense en s’occupant d’animaux vivants, d’autres en les évitant, en les tenant à distance. Son père lui est une bête parmi les bêtes, une des plus ignobles et comment survivre, se défendre : en laissant monter en soi la bête qui sommeille sans devenir à son tour comme elle.

Cette bête-là voulait manger mon père. Et tous ceux qui me voulaient du mal. Cette bête m’interdisait de pleurer. Elle a poussé un long rugissement qui a dépecé les ténèbres. C’était fini. Je n’étais pas une proie. Ni un prédateur. J’étais moi et j’étais indestructible. (p198)

Tout au long de la lecture l’émotion, les sentiments se bousculent. L’auteure n’écrit pas tout, suggère,et ne tombe pas dans la facilité de scènes sanguinaires, mais à travers le regard de cette fillette qui grandit, qui découvre les transformations qui s’opèrent en elle mais qui paralèllement sent ses sentiments évolués et va comprendre que pour survivre elle va devoir adopter d’autres règles, afin de redonner à Gilles, ce si beau sourire et pour qu’il ne devienne pas comme eux.

Mais plus elle grandit et plus elle comprend que la Vraie Vie est parfois bien différente et elle va devenir adulte avant l’heure, se sentir responsable d’événements dont elle n’a été que le témoin, elle va faire en sorte de se préserver, reconnaissant les signes avant-coureurs du mal, s’en protéger. Continuer à avancer, car un jour ou l’autre tout cela devra avoir bien une fin. Et si la solution était de revenir en arrière et de modifier les causes du mal…..

En incluant dans son récit des personnages aux surnoms évocateurs : Plume, Champion mais aussi le professeur et sa femme Yaëlle au visage impassible, l’auteure confronte l’adolescente à la réalité du monde et des adultes, à leur brutalité, leur sauvagerie, à la vraie vie où elle commence à mettre les pieds, les yeux et le cœur.

Un roman qui se lit d’une traite car il y a urgence, il y a vies en danger, il y a révolte. Mais on n’a pas toujours le choix des armes et pour s’en sortir il faut parfois jouer le même jeu que ceux qu’on abhorre.

Je n’aime pas la violence gratuite dans les romans, pour faire parler du livre parfois, pour atteindre des degrés d’insoutenabilité mais dans celui-ci ce n’est pas de la violence mais de la psychologie, ce n’est qu’une vie, une vraie de fillette qui a dû grandir vite et sauver ce qui pouvait encore l’être.

L’auteure nous engage dans une montée vertigineuse où l’on perd pied, la gorge se noue, la peau frissonne mais elle maîtrise totalement l’escalade et la chute finale. Pour un premier roman c’est un coup de maître : il laisse des traces, un conte de la folie ordinaire ou non, de la vraie vie quand on doit quitter le monde de l’enfance pour entrer dans le monde des adultes à pieds joints.

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coup de coeur nuit blanche

Survivre

A moitié réveillé ou à moitié endormi, il est certain que commencer la lecture de ce roman vous remet sur pied illico !
Partout il y a des quartiers pavillonnaires calmes d’apparence, partout il y a des familles sans ombres apparentes , et peut -être aussi que bien souvent il y a des petites filles qui veulent sauver leur petit frère tourmenté par la vision réelle d’un accident spectaculaire.
C’est seule que cette petite fille va délaisser à grands pas son innocence d’enfant,entourée d’un père tyran domestique et chasseur sans âme, ainsi que d’une mère éteinte et paralysée par la peur que lui inspire son mari.
Sauver son petit frère de ses mauvais démons et devenir une Marie Curie ; la soif d’apprendre la sauvera d’un grand désastre.
Adeline Dieudonné(Prix FNAC 2018) a la faculté certaine de transmettre au lecteur toute la violence qu’elle réserve à ce roman, sa lecture en fera une nuit blanche ou une journée noire. Du grand art, pourvu que ça dure !

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