L'arbre d'obéissance
Joël Baqué

POL
août 2019
176 p.  17 €
ebook avec DRM 11,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Le moine perché

Joël Baqué signe un roman étonnant, énigmatique et original. Il y parle de Syméon, saint chrétien syrien du 4e siècle, inventeur du stylitisme, une forme d’ascèse consistant pour un ermite à s’installer en haut d’une colonne pour prier. Théodoret de Cyr, évêque et historien ecclésiastique, est le biographe du fameux anachorète qu’il a connu dans sa jeunesse. Il relate donc ses propres souvenirs assortis de réflexions, le moine stylite s’étant cadenassé dans le silence, la prière et les mortifications spectaculaires. Parallèlement, Théodoret se raconte, lui l’ancien berger devenu théologien qui, à seize ans, entend l’appel de Dieu et rejoint le monastère de Téléda contre l’avis de ses parents. A son arrivée, tandis que notre aspirant moine est mis à l’épreuve, il rencontre le moine Syméon qui s’inflige des souffrances masochistes, instaurant un climat de rivalité malsain dans la communauté dont il finit par être exclu pour cause de péché d’orgueil. Au sortir du monastère, le moine poursuit ses pratiques obsessionnelles extrêmes, se fait emmurer, enchaîner à un rocher, puis grimpe au sommet de quatre piliers successifs sur lesquels il demeurera plusieurs décennies. Théodoret a longtemps envié Syméon à la foi inébranlable, sans pouvoir l’égaler dans sa pénitence. Il choisit alors un autre chemin, devient moine copiste et étudie les vies de saints avant d’écrire à son tour.

Sous la plume de l’auteur, Théodoret est un personnage infiniment plus attachant parce que plus humain que son sujet Syméon, qui ne fait qu’appliquer des préceptes à la lettre, alors que le premier a lu et analysé les Ecritures, et évolué dans sa conception de la foi. Syméon est devenu un saint mais l’autre, qui a échoué dans cette entreprise, s’interroge sur ces démonstrations de vertu spectaculaires qui attirent les foules : relèvent-elles de l’humilité ou de l’orgueil ? Théodoret vit, aime, souffre, fait preuve d’autodérision, d’humour et d’ironie envers l’ascète qui n’est pas exempt de contradictions. A une société déjà avide de sensationnel, il oppose la réflexion critique et l’exploration de la misère humaine, en commençant par la sienne. Enfin, il trouve dans l’écriture le moyen de rendre son expérience plus féconde que son modèle. Il n’est pas question de donner des leçons, mais de « trouver la seule et unique source de lumière pouvant donner sens à ce théâtre d’ombres où nous errons ».

 

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