Le chien de madame Halberstadt
Stéphane Carlier

Le Tripode
avril 2019
174 p.  15 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu
coup de coeur

Le chien de madame Halberstadt de Stéphane Carlier
est le coup de coeur de la librairie La Lison à Lille
dans notre q u o i  l i r e ? #67

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je joue !

jusqu'au 31 mai 2019

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 Les internautes l'ont lu

« L’île Marrante n’est ni une île, ni marrante. »

« J’aurais pu intenter un procès à mon enfance, porter plainte contre les années 80. Pour m’avoir induit en erreur, m’avoir fait croire que tout ne basculerait pas, qu’on se méfierait de la technologie, qu’on lirait toujours Aragon, Bukowski, Carson McCullers, que quelqu’un comme Richard Russo serait un peu connu, que l’humanité ne deviendrait pas complètement débile, obsédée par l’argent, le foot, les marques, que nos pires cauchemars resteraient de l’ordre du phantasme. J’aurais dû, je suis sûr que j’aurais touché des dommages et intérêts. »
C’est vrai ça, comment expliquer que Richard Russo ne soit pas plus connu, disons célèbre, que ça ? Baptiste a comme ça de jolies références, enfin je les trouve jolies parce qu’elles sont les miennes aussi, souvent, même si (comme l’auteur) j’ai quelques années de plus que lui. Plus tout jeune non plus de toute façon, le Baptiste, il vient de tourner le 4, et il ne va pas fort. Son troisième roman est un flop, son amoureuse l’a quitté pour leur dentiste, sa mère est pratiquement son seul contact humain. Il perd la notion des jours, de l’hygiène, est obsédé par son classement sur Amazon (catastrophique) et ne sort de chez lui que pour aller espionner son ex. Bref, gros down, remise en question, est-il vraiment un écrivain, tout ça. Et puis sa voisine lui confie son chien, un vieux carlin obèse, pour quelques jours. Et tout change…
Je ne l’ai pas vue passer, cette novella. Engloutie d’une traite, amusée, charmée même par le ton toujours juste de Stéphane Carlier, par sa bonne humeur même dans la panade, par le petit côté fantastique (léger) des plus sympathiques.
Je recommande !

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coup de coeur

Seul, invisible aux yeux des autres et profondément déprimé : voilà comment se sent le bien mélancolique Baptiste Roy, un pauvre et misérable écrivain dont personne ne lit le tout dernier roman : Entrée dans l’hiver. Trente fois par jour, il consulte avec un peu d’espoir le classement des ventes sur Amazone : mais son texte occupe la 475 758e place, ce qui signifie que 475 757 livres autres que son roman ont été commandés avant le sien. « Un demi-million pratiquement. Les gens avaient préféré se procurer « Enseigner l’éducation physique à nos enfants », un manuel écrit en 1907 par l’abbé François Calot, classé 475 612e, ou « Je suis gugusse, voilà ma gloire », les souvenirs de Micheline Dax, publiés en 1989, classés 474 909e »
Seule sa mère a eu l’extrême gentillesse de lui laisser un commentaire client… sans même penser à s’inventer un pseudo, il est vrai ! Pas plus enthousiaste que ça, Nicole n’a mis que 3 étoiles. « C’est très bien, 3 étoiles ! 5, c’est pour les grands chefs-d’oeuvre. Pour Joyce, Virginia Woolf… »
Ben oui, évidemment…
Baptiste aurait dû écouter les conseils de son éditrice : « Un feel good, voilà ce que tu devrais écrire. Tu le ponds en un mois, tu prends un pseudo, on lui donne un titre à la con, du genre « Il ne faut jamais perdre espoir »- plus c’est gros, plus ça passe- on le sort pour l’été et on en vend 30 000. Ça fera du bien à tout le monde. »
Son histoire d’appartement vide et de famille déportée… ça plombe…
Ah oui, encore une chose : la femme de Baptiste s’est barrée avec Gérard Habib, son dentiste. « Elle partageait la vie d’un romancier sur le point de publier son troisième opus et s’était entichée d’un type qui faisait des détartrages, arrachait des chicots pourris et, à longueur de journée, disait des choses comme « Essayez de manger du côté gauche à midi » ou « Les implants, c’est mal remboursé en général. » » Il vit dorénavant en survêt molletonné Domyos, ne se brosse plus les dents ni le reste…. Quant aux cinq fruits et légumes par jour….
Sur ce , « Mme Halberstadt a sonné à la porte. » Mme Halberstadt et… son chien, un carlin…
Vous voyez ce que c’est, un carlin ? Des « yeux sortant légèrement de leur orbite, un bout de langue à l’air libre, des pattes ridicules, une absence de cou. Il n’y avait rien de normal chez cet animal, tout en lui était trop gros ou trop petit. Sa respiration, courte et très sonore, était celle d’un être chétif, modifié, qui manquait d’oxygène. Même sa couleur semblait hésiter entre le sable, la farine et la cendre. » Ah, ça y est, vous voyez…. Et comme sa chère voisine doit se faire opérer de la cataracte, elle lui propose de garder la bestiole qui ne fait que des « crottes toutes petites et très dures. »
Il ne manquait plus que ça : une tuile de plus ! Un chien ! Que faire de ce fardeau ? L’abandonner ? Le laisser crever de faim ? Le donner à sa mère ? En attendant, Croquette/Courgette va devoir partager la vie bien sombre de notre quadra qui s’enfonce dans la plus noire des déprimes….
Et… si Croquette/Courgette allait lui changer la vie ? Parfois, il ne faut pas grand-chose pour que tout aille soudain un peu mieux…
Allez, disons-le, je ne suis pas une fanatique des feel good, ça me déprime… Mais quand c’est écrit par Stéphane Carlier, c’est franchement très drôle ! Quel sens de la formule, quel regard juste et décapant sur notre société, quel humour… Je me suis régalée avec ce petit livre piquant, décapant, désespéré, tendre et beau à la fois qui m’a beaucoup, beaucoup fait rire…
Ir-ré-sis-ti-ble…
Une vraie sucrerie… Et c’est pas Croquette/Courgette qui me contredira…
Moi je dis que vous auriez tort de vous en priver !

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