Le ciel par dessus le toît
Nathacha Appanah

Gallimard
Blanche
août 2019
128 p.  14 €
ebook avec DRM 9,99 €
 
 
 

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jusqu'au 22 septembre 2019

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 Les internautes l'ont lu

Le ciel bleu malgré tout

Natacha Appanaha a déjà une oeuvre conséquente, couronnée par de nombreux prix, qui fait entendre une voix tout à fait singulière, à la fois violente et douce, ouverte aux souffrances du temps et à la beauté du monde. Le Tropique de la violence, en 2016, plongeait le lecteur au milieu de ces gamins livrés à eux-mêmes à Mayotte, qu’ils viennent des Comores ou d’ailleurs – le personnage principal était Moïse, un gamin séduisant et odieux, qui s’y perdait.
Dans Le ciel par-dessus le toit, Natacha Appanah prend le thème d’une improbable tribu. Qui est Phénix, la mère de Loup qui est en prison pour avoir conduit sans permis et provoqué un accident ? Qui est Loup lui-même, dans sa fragilité et sa solitude, qui court jusqu’à l’épuisement pour tenter de tenir à distance ses angoisses, Loup dans son usage compliqué de la langue où il cherche des rimes qui le consolent peut-être d’une vie qui ne rime pas à grand chose ? Qui est Paloma, sa soeur aînée, qui a fui loin de cette baraque où sa mère fait commerce de pièces détachées pour voitures, qui a promis de ne pas l’abandonner mais qui n’est jamais revenu ?
Comment expliquer cette suite d’échecs ? Il faut remonter à l’époque où Phénix s’appelait Eliette, petite fille que ses parents transforment en poupée maquillée et déguisée en star parce qu’elle chante tellement bien et que tout le monde l’applaudit. Jusqu’au moment où un sale type lui fourre sa langue dans la bouche. Et brutalement, elle rejette son enfance et cette comédie, elle devient une adolescente révoltée, pleine de haine contre ses parents, et elle s’enfuira après avoir mis le feu à la maison familiale.
Deux enfants sont venus sans qu’ils éveillent en elle la moindre tendresse, le plus petit geste d’amour. Phénix ne s’autorise aucune faiblesse, même si elle en souffre au plus profond d’elle-même. Et quand Paloma s’en va, elle voudrait bien marquer le coup par une petite fête – pourquoi pas un goûter ? pourquoi pas un gâteau ? – et elle ne trouve qu’à offrir une Forêt noire qui est le gâteau même que ses enfants exècrent. La scène est d’une force remarquable.
On pourrait penser que nulle renaissance n’est possible pour Phénix – tout est recouvert de cendre, tout a le goût de la cendre. Sa beauté même disparaît sous le dragon qu’elle a tatoué dans le dos. C’est l’enfermement de Loup qui va finalement ouvrir une issue à ce mal-amour qui faisait tant souffrir Phénix et ses enfants, qui va forcer Phénix et Paloma à sortir de leurs propre prison.
« Devant lui (il s’agit de Loup), il y a sa mère et sa soeur qui se retournent régulièrement pour le regarder et il entend leur amour si particulier pour lui, un amour imparfait et intranquille. A l’une et à l’autre il essaie d’offrir son sourire d’avant, mais ce n’est pas tout à fait ça encore, c’est bien trop tôt. »
Dans Le ciel par-dessus le toit comme dans Le tropique de la violence l’écriture vient à l’aide de la souffrance des êtres – Natacha a vécu à Mayotte le temps d’une résidence, et elle a animé des ateliers d’écriture dans une prison. C’est cette expérience même qui donne à l’oeuvre son poids de chair.

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