Le jeu de massacre
Tristan Bernard

arbre vengeur
exhumerante
juin 2018
 14 €
 
 
 
 Les internautes l'ont lu

un maître de l’humour

Les temps sont bien moroses et prêtent peu à rire. Pour échapper à cette ambiance délétère, la lecture de Tristan Bernard s’impose et l’Arbre vengeur a eu la joyeuse idée de publier Le jeu de massacre, un recueil de nouvelles dont, comme l’indique le titre, personne ne sort indemne.
Tristan Bernard ? Qui se souvient encore de lui ? Il reste d’une assez abondante production – des pièces de théâtre, essentiellement, quelques romans aussi – des citations mordantes qu’on peut peut-être utiliser à la fin d’un repas pour montrer qu’on a de l’humour et une certaine culture. Cela ne fait pas une oeuvre. J’ai un faible, personnellement, pour cette définition de l’écho, « manque un peu de répartie » et pour ce jugement sans appel sur les Français « Les Français croient qu’ils parlent bien le français parce qu’ils ne parlent aucune langue étrangère. »On peut lui savoir gré d’avoir soufflé un titre à S. de Beauvoir : « Mémoires d’un jeune homme rangé » ! C’est François de Croisset qui disait de lui « c’est une barbe derrière laquelle il se passe quelque chose. »
Mais Tristan Bernard excelle dans ce genre difficile en très tous qu’est la nouvelle. Ses textes sont brefs ; ils dépassent rarement trois ou quatre pages. Ils démarrent doucement, plantent un décor où ses personnages dont le patronyme à lui seul est déjà une trouvaille : le poète Boidéziles, Mme Thaumat, Mme Heurtier de Robertier…L’intrigue se noue rapidement et débouche sur une chute qui laisse le lecteur pantois.
Le monde dépeint par Tristan Bernard est peuplé de bourgeois médiocres dont le principal souci est de gagner de l’argent ou de jouer les parasites ou de se créer une réputation à laquelle ils sont les seuls à croire. Les naïfs sont impitoyablement grugés et moqués. Le monde du théâtre que Bernard connaît bien n’est pas davantage épargné avec ses cabots, ses directeurs dictatoriaux, ses comédiennes, imprévisibles, pour le meilleur ou le pire.Il y a des assassins qui tuent pour des femmes dont ils s’aperçoivent trop tard qu’ils ne les aimaient pas ; des apprentis détrousseurs qui ont tellement peur du noir qu’ils se mettent sous la protection de celui-là même qu’ils voulaient dépouiller. Ceux qui tirent leur épingle du jeu sont des observateurs, mi-désabusés mi-amusés, de tout ce carnaval, tel « cet employé de banque doublé d’un philosophe (précaution excellente contre les intempéries de la vie) ».
L’écriture de Tristan Bernard réserve toujours des surprises. « Quand le couple revint à Paris, Laure raconta à sa mère toute voyage de noces. Mme Thaumat se rendit bien compte que cela avait été une fête modérée. Mais Hubert Rigaudel était avant tout un travailleur. Il est possible qu’on s’amuse plus bruyamment avec un mauvais sujet. Mais à quoi cela vous mène-t-il ? » Le choix de ce « bruyamment » dans les propos d’une honorable mère est délicieux. Et de semblables trouvailles attendent le lecteur à chaque page. Amusez-vous bien !

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