Le mangeur de livres
Stéphane Malandrin

Seuil
Cadre rouge
janvier 2019
190 p.  17 €
ebook avec DRM 11,99 €
 
 
 
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On dévore !

Ce premier roman est un régal ! Inspiré par Rabelais, il rappelle aussi Umberto Eco, Patrick Süskind ou encore Michel Jullien : autant dire que la qualité de l’écriture est au rendez-vous. On est à Lisbonne à l’aube de la Renaissance. Dans une ruelle misérable appelée le « Merderon », naissent un même jour de janvier 1477 Adar, d’une mère espagnole juive convertie qui meurt en couches, et Faustino, dont la mère, une veuve avec huit enfants, élève le petit Adar comme son fils malgré son extrême pauvreté. Inséparables, les deux garçons, « deux démons montés sur ressorts », font les quatre cents coups dans les rues bruyantes et sales de la capitale portugaise, experts dans l’art du chapardage, faim oblige, jusqu’au jour où un curé les attrape et les enferme dans une crypte avec un livre, un codex en latin qu’il leur ordonne de lui lire. Illettrés et apeurés, les deux gamins manquent de mourir d’inanition dans leur souterrain jusqu’à ce qu’Adar, en dernier recours, goûte au codex en vélin, autrement dit en peau de veau mort-né, que l’abbé a laissé là. Bien mal lui en prend, car une sorte de malédiction s’abat sur lui, faisant désormais refuser à son estomac toute autre nourriture que le cuir de veau qu’il trouve dans les bibliothèques ecclésiales. La ville entière à ses trousses, le « damné des codex » se fait pilleur de temples pour satisfaire sa faim de monstre.

Roman historique, érudit avec légèreté, « Le Mangeur de livres » raconte en filigrane l’histoire du livre, du volumen au codex, en pleine transition avec le livre imprimé. Jusque-là interdit à la population, le codex est à la fois objet de méfiance et du pouvoir de l’Eglise et de la noblesse. La langue de Stéphane Malandrin, gouailleuse, gourmande, en même temps que riche et familière, mêle les réalités bassement humaines aux considérations ontologiques sur la lecture à l’aube de la diffusion des textes et du savoir et donc du souci de l’éducation, rempart contre les superstitions et l’ignorance qui fabriquent les procès en hérésie. Tenant de la fable et du picaresque, cette histoire joyeuse et truculente est une ode aux livres qui rendent libre et aux histoires qu’on se raconte et dont on se nourrit depuis la nuit des temps.

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