couverture du monde sensible de nathalie Gendrot, livre chroniqué sur onlalu
 

Le monde sensible
Nathalie Gendrot

édition de l'Olivier
janvier 2016
183 p.  16 €
ebook avec DRM 11,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

expédition à l’intérieur de soi

Parmi les premiers romans de cette rentrée d’hiver, retenons celui de Nathalie Gendrot, qui raconte un moment de la vie d’une jeune femme grièvement blessée dans un accident.
Sur son lit d’hôpital, son corps inerte devient le réceptacle des perceptions qui lui parviennent entre vie et mort, entre veille et sommeil. Avec un style très sensuel, l’auteure nous transmet cette expérience fascinante. Delphine est géographe. Elle voudrait voyager, voir du pays, embrasser la vastitude et franchir les frontières, mais elle craint l’inconnu, elle redoute l’imprévu ; elle a peur de la vie. Un jour, Delphine rencontre un homme : enfin une aventure en territoire étranger. En se rendant à son rendez-vous amoureux un soir de pluie, elle traverse la rue et se fait renverser par une voiture. Trou noir. Elle se réveille à l’hôpital, paralysée, le corps relié à des machines par des sondes et des tubes qui s’enfoncent dans sa chair. Elle n’est plus qu’une gisante, réduite à la conscience immédiate de ce qui l’entoure : le lit, les appareils, le son de la télévision, les allées et venues des infirmières et des médecins. Delphine enregistre ce que perçoivent ses sens renaissants, comme les odeurs caractéristiques de l’hôpital, les bruits du jour, ceux de la nuit. Immobile et passive sur son matelas, elle se laisse laver, nourrir, changer ; on ne lui demande rien, sauf le plus difficile peut-être, quantifier sa douleur selon une échelle numérique. La patiente est mise régulièrement à l’épreuve de l’auto-évaluation, sommée de résoudre cette équation impossible qui ne trouve sa solution que dans la morphine. Quand le calmant miraculeux s’introduit dans ses veines et se répand dans son être, Delphine est absorbée tout entière dans la bulle de ce Morphée aux ailes d’ange qui la préserve de la difficulté d’être, et se love dans une volupté inédite, au risque de s’y perdre… Nathalie Gendrot signe là un roman impressionniste où les sensations les plus aiguës de l’héroïne sont relatées dans le hors-champ de l’hospitalisation. Cette écriture sensorielle, non dénuée d’un humour de résilience face au prosaïsme des situations vécues, gravit dans certaines pages des hauteurs poétiques étonnantes. 

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