Le temps des orphelins
Laurent Sagalovitsch

Buchet Chastel
litt fr qui viv
août 2019
218 p.  16 €
ebook avec DRM 10,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Et Dieu, où était-il ?

Il n’en finit plus d’interroger l’holocauste « incapable, peut-être, d’écrire sur autre chose…ni par sadisme, ni par opportunisme », admet le romancier. Après « Vera Kaplan » paru en 2016, Laurent Sagalovitsch poursuit son travail de mémoire en mettant en scène Daniel Shapiro, un jeune rabbin new-yorkais qui s’est engagé auprès des forces alliées.

Tandis que sa femme, Ethel, enceinte au moment de son départ pour le vieux continent, lui envoie de longues lettres narrant le quotidien sans lui, lui apprenant même la naissance de leur enfant « je ne t’ai rien dit (…), je savais que tu renoncerais à ton projet (…) ». Cette annonce, l’aumônier la recevra alors qu’il vient de s’attacher à un orphelin, trouvé par l’armée des libérateurs dans le camp d’Ohrdruf, en Allemagne. Les lettres d’Ethel sont une respiration dans la lecture de ce roman sombre. Comment pourrait-il en être autrement alors que le jeune rabbi (ainsi l’appellent les soldats) se prend en pleine figure l’atrocité des camps d’extermination.

Avec son chauffeur, Fofana, Daniel Shapiro se met en quête des parents de l’orphelin. Direction Buchenwald, sordide. La détresse des militaires entrés dans ces camps de la mort les premiers, traumatisés à jamais, la dégringolade émotionnelle devant toujours plus d’horreurs… tout met à mal la foi du jeune rabbin. Comment ne pas interroger frontalement Dieu devant l’horreur absolue des camps ? « L’idée même de Dieu m’était devenue étrangère, presque comique, une farce immonde à laquelle, de près ou de loin, je ne voulais plus participer », admet-il.

La présence de tous ses morts, le descriptif des survivants, la mise en mots des charniers, de « cette odeur insupportable » impossible à surmonter, l’écriture dévale, prend aux tripes. Comme pour le film « Le fils de Saul » de László Nemes, l’impuissance et le malaise vont de pair. Leurs propos, ni les premiers, ni les plus effroyables, n’en sont pas moins dérangeants et interpellants dans ce qu’ils montrent ou racontent de réel. Et Dieu, où était-il, demande le rabbin Daniel. Et l’homme, interroge le romancier, tandis que son héros demande à une jeune femme travaillant dans une boutique de photos de Weimar de développer un cliché de l’orphelin dans l’espoir de retrouver un membre de sa famille qui n’aurait pas été exterminé…

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