Les grands
Sylvain Prudhomme

Gallimard
L'arbalète
août 2014
256 p.  19,50 €
ebook avec DRM 13,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Quand la musique est bonne

Vous avez été très nombreux à aimer le beau documentaire « Sugar Man » sur le musicien disparu et retrouvé : Sixto Rodriguez. Souhaitons pour Sylvain Prudhomme que vous soyez aussi nombreux à tomber sous le charme de son dernier roman, mélodieux et coloré, racontant la tentative de retour d’un célèbre groupe de Guinée-Bissau des années 70, Super Mama Djombo.

Le livre démarre par l’annonce-choc faite au guitariste Saturnino Bayo (dit Couto) de la mort brutale de Dulce, l’ex-chanteuse ensorceleuse de leur groupe de musique les Mama Djombo. On est en Guinée-Bissau en 2012, à quelques jours du second tour de l’élection présidentielle. Un coup d’État se prépare.

Couto qui était autrefois surnommé le « dutur di biola » le grand docteur de la guitare, ou encore « Dun » le grand patron, est aujourd’hui devenu « un vieux machin », un vestige, une gloire déchue, que quelques touristes avisés viennent rencontrer. Il vit dans une extrême pauvreté, enveloppé de la passion physique et magique de la sulfureuse Esperança. Alors qu’il s’apprête à remonter sur scène, il apprend la disparition de celle qui fut son grand et irremplaçable amour. Dulce l’avait quitté pour se marier avec un plus puissant que lui, l’actuel chef d’état-major des armées, un putschiste sans états d’âme, autoritaire et cruel. Pour Couto, la mort de la femme de sa vie d’avant est l’occasion de revenir sur ses années de gloire, du temps où les stades étaient remplis à craquer de fans à genoux, où leurs vinyles s’arrachaient. « Toujours pas remis trente ans après. Il n’en gardait pas de vanité, moins encore de nostalgie, plutôt l’éternelle hilarité de ceux à qui la chance avait souri ». Et puis il se remémore le démantèlement du groupe qui provoque la déchéance de chacun avec, en arrière-plan, les soubresauts de l’histoire de leur pays où la politique se mêle à la musique pour souvent l’étouffer.

Le titre, « Les grands », fait référence à la façon dont la nouvelle génération de musiciens appelle ses fameux aînés, qu’elle vénère et respecte. Ces « gosses », comme le célèbre groupe de rap Thioume C, vont déterrer leurs « grands » du fin fond des oubliettes où les radios les ont relégués, pour leur offrir vingt ans après un retour à la lumière, sous forme d’un concert qui sera clos par une minute de silence en mémoire de la divine Dulce. « Ces gosses sont la vie. La vie comme moi aussi j’ai été la vie autrefois, impétueuse, impatiente, non lestée encore de regrets, trop pressée d’aller de l’avant pour se retourner et concevoir même qu’un jour elle ne détestera pas se retourner ».

 Le talentueux Sylvain Prudhomme fait partie de cette nouvelle génération d’auteurs qui ouvre grand leurs fenêtres sur des horizons lointains. Ce septième roman est une sorte de fiction-documentée de belle facture, portée par une écriture chaude aux couleurs de l’Afrique de l’Ouest. Comme le précise l’auteur : « La plupart des personnages de ce roman existent réellement, les faits qui leur sont prêtés sont imaginaires ». Couto et Dulce sont totalement fictifs bien que cette dernière emprunte beaucoup à la célèbre chanteuse Dulce Neves. Si vous aimez une littérature de l’ailleurs toute en poésie, celle des écrivains qui savent raconter des histoires en terres étrangères, ce roman vous emportera très loin d’ici. Et vous aurez la douce impression que ce n’est pas encore la rentrée…

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