Les Loyautés
Delphine de Vigan

JC Lattès
janvier 2018
208 p.  17 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Couleurs de l’incendie de Pierre Lemaitre
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« Les loyautés » de Delphine de Vigan 
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 Les internautes l'ont lu
coup de coeur nuit blanche

Les loyautés

C’est un magnifique roman choral que nous propose Delphine de Vigan. Un roman à quatre voix; deux adultes et deux enfants.

Il y a Hélène (prof) meurtri dans son enfance qui sent que quelque chose ne tourne pas rond chez Théo. Elle s’inquiète jusqu’à l’obsession.

Il y a Cécile, la mère de Matthis qui elle aussi s’interroge sur son couple, la relation avec son mari, les souffrances de sa jeunesse; un père alcoolique.

Les enfants :

– Théo qui partage son temps en garde alternée, tantôt chez son père – qui n’est plus que l’ombre de lui-même , qui ne s’assume pas, et a atteint un niveau de déchéance et de pauvreté extrême – et sa mère aveuglée par la haine contre son père.

– Matthis son ami qui lui sera loyal.

Les loyautés, que le titre est bien choisi! Difficile pour un enfant de s’exprimer, de décrire ce qui se passe. Théo veut rester loyal envers son père et sa mère. Matthis envers son ami. Cécile envers elle-même et Hélène vis-à-vis de ses élèves.

Ce livre m’a glacé les os à certains moments de la lecture, ému aux larmes, bouleversé. On le lit la gorge nouée, la tension est croissante. Les personnages sont touchants, remplis d’humanité.

Delphine de Vigan a une plume magnifique, l’angoisse monte, elle nous communique l’empathie et développe avec beaucoup de sincérité et de vérité la psychologie des personnages. Énormément de sensibilité ressentie, d’émotions.

Ce livre secoue, remue. Il parle de la maltraitance psychologique, permet de comprendre ce qu’un enfant peut ressentir suite aux attitudes des adultes, des dégâts provoqués suite à un divorce.

C’est un gros coup de coeur.

Les jolies phrases

Je les observe par la fenêtre quand ils sont dans la cour, ils forment un seul corps, farouche, une sorte de méduse qui se rétracte d’un coup lorsqu’on l’approche, puis s’étire de nouveau une fois le danger passé.

Un jour, il aimerait perdre conscience, totalement. S’enfoncer dans le tissu épais de l’ivresse, se laisser recouvrir, ensevelir, pour quelques heures ou pour toujours, il sait que cela arrive.
Théo encaisse, corps malingre criblé de mots, mais elle ne le voit pas. Les mots l’abîment, c’est un ultrason insupportable, un effet Larsen que lui seul semble entendre, une fréquence inaudible qui déchire son cerveau.

C’est étrange, d’ailleurs, cette sensation d’apaisement lorsque enfin émerge ce que l’on refusait de voir mais que l’on savait là, enseveli pas très loin, cette sensation de soulagement quand se confirme le pire.

Il voudrait attendre ce stade où le cerveau se met en veille. Cet état d’inconscience. Que cesse enfin ce bruit aigu que lui seul entend, qui surgit la nuite et parfois au milieu du jour. Pour cela, il faut quatre grammes d’alcool dans le sang.

Je sais que les enfants protègent leurs parents et quel pacte de silence les conduit parfois jusqu’à la mort.
Aujourd’hui je sais quelque chose que d’autres ignorent. Et je ne dois pas fermer les yeux.
Parfois je me dis que devenir adulte ne sert à rien d’autre qu’à ça : réparer les pertes et les dommages du commencement. Et tenir les promesses de l’enfant que nous avons été.

Retrouvez Nathalie sur son blog 

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Vite lu avec plaisir !

J’aime beaucoup Delphine de Vigan et j’ai tout lu d’elle. J’attendais avec impatience le petit dernier et si je l’ai lu avec plaisir jusqu’au bout, j’ai trouvé qu’il était un chouïa en deça de sa précédente production. L’histoire de cette professeur totalement obsédée par un enfant qui serait maltraité parce qu’elle même l’a été ne m’a pas paru très crédible. Mais est ce là le but du roman ? Non alors ? L’histoire est prenante et émouvante, j’ai été touchée par l’histoire de ce gamin qui comme tous les enfants maltraités protège ses parents. C’est la trajectoire du professeur qui m’a interpellée. Combien de Théo -hélas- jalonnent les salles de classe et les professeurs même impliqués peuvent ils s’attacher à chaque destin ? Ce roman m’a renvoyé ce questionnement et si j’ai trouvé les portraits des enfants et des parents bien brossés, celui du personnage principal, Hélène m’a paru un peu forcé.

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« Alors j’ai pensé à cette expression, à tombeau ouvert. »

Quatre personnages, qui s’expriment tour à tour. En leur nom propre, sauf Théo, distancié par la troisième personne. Tout tourne autour de Théo, d’ailleurs. Douze ans, presque treize, en 5° scolarité sans problème mais c’est bien la seule chose qui n’en pose pas : dans la vie de Théo, tout va vraiment très mal. Sa prof, son ami et la mère de son ami le sentent, sans parvenir à discerner la réalité des choses…
Dans ce bref roman, dense, ramassé, qui a quelque chose du boxeur dans mon esprit, cette espèce de danse d’un pied sur l’autre (le passage à un autre narrateur, en boucle) qui annonce qu’on est prêt, agile, leste, que ça va cogner… et la tension monte tranquillement, le drame ne cesse de s’annoncer, avec une réelle virtuosité dans la constitution des personnages, qui prennent continuellement de l’épaisseur. Mais ça ne cogne pas, en fin de compte, l’épilogue prend la tangente, s’esquive juste au moment où ça pourrait (devrait) exploser. Il est vrai que ça désarçonne, on se pose un instant la question d’un exemplaire défectueux, ne nous manquerait-il pas quelques pages ? Puis on réfléchit et en fait, la bombe a simplement été désamorcée. A temps ? L’avenir nous le dira, il reste à écrire, peut-être, ou s’écrira dans notre imagination de lecteur selon notre degré de foi en la capacité des gens à (s’)aider. 206 pages qui posent la question de la loyauté, effectivement, et de ceux à qui la donner en priorité.

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coup de coeur

Les tourments de la vie

C’est un roman qui demande à être lu d’une traite , et il faut autant de temps après pour s’en remettre.200p d’une densité extrême qui se lisent la gorge nouée, et une boule d’angoisse tant la fragilité des adolescents peut faire peur, et ce à juste titre.
Deux couples, deux ados qui se sont trouvés, qui ont senti chez l’autre le mal-être des enfants dont les parents se déchirent.
Et puis l’école, une femme professeur , qui croit sentir ce mal-être chez l’un de ces enfants, et qui bien qu’un tant soit peu hystérique, se retrouvera dans la dernière page du roman .
Tous ces personnages ont du mal avec leur jeunesse, leurs souvenirs ,leurs parents, leur couple, leur travail.
Et tous cachent leur souffrance comme une honte, leur loyautés respectives les éloignent de la vérité de leur vie, de leurs sentiments, il leur est plus difficile de s’entraider , d’oser dire.
Beaucoup d’empathie dans ce roman choral de D.de Vigan , mais j’ai eu la sensation quelle grattait sa plume sur les bords d’une blessure ouverte.

« C’est étrange, d’ailleurs, cette sensation d’apaisement lorsque enfin émerge ce que l’on refusait de voir mais que l’on savait là, enseveli pas très loin, cette sensation de soulagement quand se confirme le pire «

Et puis après avoir repris mon souffle , j’y vois quand même quelques invraisemblances en particulier sur l’attitude du personnel enseignant qui risque de lui en vouloir, mais après tout , l’encre n’est pas de l’eau.

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Lu d’une traite sans aucun ennui – c’est déjà pas mal me direz-vous – oui, c’est vrai mais néanmoins mon impression reste très mitigée. Autant j’avais beaucoup aimé D’après une histoire vraie, autant ce dernier roman m’a laissée sur ma faim, pour deux raisons principalement : tout d’abord je trouve que l’on n’échappe pas aux clichés, au mélo et cela m’a beaucoup gênée. La super prof qui a eu une enfance meurtrie par un père alcoolique et violent et qui, du coup, possède une espèce de sixième sens lui permettant de repérer très vite le gamin en souffrance et qui va tout faire pour l’aider à s’en sortir (contrairement aux autres collègues un peu ramollos et à une institution trop rigide), ouais, impression de déjà vu, déjà lu. Mais surtout, ce que j’ai eu du mal à dépasser, c’est le sentiment que tout cela sonnait faux. Peut-être est-ce parce que j’enseigne moi-même dans un collège depuis bientôt trente ans et que des profs comme Hélène Destrée, je n’en ai jamais vu.
Quoi, me direz-vous, les enseignants ne sont-ils pas dévoués corps et âme à leurs élèves ? Certes, mais ici… Hélène a des inquiétudes au sujet de Théo et va mener sa petite enquête pour savoir si tout est normal du côté de sa famille, si l’on s’occupe correctement de lui, n’en dormant pas la nuit et allant jusqu’à se rendre au domicile de la mère pour regarder « sur le trottoir d’en face… les fenêtres allumées » : eh bien sachez que des profs comme Hélène, je n’en ai jamais rencontré pour la simple et bonne raison que des gamins comme Théo – hélas, mille fois hélas – nous n’en avons pas qu’ UN par classe (ce serait trop beau!). Non, ils sont plusieurs et de plus en plus nombreux à vivre des divorces difficiles, à rencontrer de sévères problèmes de communication avec leurs parents, à dormir peu la nuit à cause de toute cette nouvelle technologie qui les dévore, à être en décrochage scolaire, à avoir des problèmes avec le tabac, l’alcool, la drogue, à subir des harcèlements etc, etc…
Nous faisons TOUT, vraiment TOUT ce que nous pouvons, c’est-à-dire beaucoup, nous donnons de notre temps, de notre personne et c’est normal, nous écoutons, nous parlons, nous rassurons, nous protégeons, nous encourageons, nous valorisons, nous éduquons et c’est normal, nous sommes professeurs mais aussi psychologues, assistantes sociales, infirmières parfois même, mais nous ne sommes en aucun cas des surhommes, nous !
Donc, ce personnage d’Hélène qui perd son sommeil et le goût de l’existence parce qu’elle a le sentiment qu’ UN de ses élèves va mal : « Je me réveille toutes les nuits le souffle entravé par l’angoisse, et il me faut plusieurs heures pour me rendormir. Je n’ai plus envie de sortir avec mes amis, d’aller au cinéma, je refuse de me distraire », non décidément, je n’y crois pas. C’est beau, touchant, généreux mais sincèrement, si nous réagissions tous de cette façon-là, ce serait la dépression chronique assurée et nous serions bien peu efficaces sur le terrain.
Et puis, tout un ensemble de petites choses m’ont semblé peu crédibles : d’abord, il faut savoir que tous les établissements n’ont pas forcément la chance d’avoir une infirmière et une assistante sociale à plein temps : elles partagent généralement leur service sur deux voire trois établissements. Par ailleurs, en trente ans de carrière, je n’ai jamais vu un de mes collègues d’EPS demander à un gamin qui a oublié sa tenue de sport d’enfiler un survêt rose Barbie trop petit et de faire trois fois le tour du gymnase en courant sous les rires de ses camarades, non, ça fait pleurer dans un film mélo mais ce n’est pas la réalité.
De même, lorsqu’ Hélène – super woman – est fière de s’être battue en conseil de classe pour que trois gamins soient mieux orientés, cela me semble bien peu plausible : « Pendant le conseil, j’étais intervenue à plusieurs reprises. Je m’étais étonnée, indignée, insurgée, j’étais montée au créneau… Nous avions obtenu gain de cause pour trois élèves auxquels nous avions évité une de ces orientations par défaut, par paresse ou par renoncement, qu’ils n’ont en aucun cas choisie. »: soyons honnête, notre avis, à nous, enseignants, a peu de poids dans cette affaire puisque ce sont essentiellement les parents et l’enfant qui décident de l’orientation en tenant compte ou non des conseils que nous leur donnons.
Non, nous ne passons pas nos récréations comme Hélène à observer nos élèves « je passe la récréation à épier ses gestes, ses esquives, en quête d’une réponse », tout simplement parce qu’après la sonnerie, le temps que les élèves se rhabillent, rangent leurs affaires, viennent poser deux trois questions, le temps – pour nous – de longer les couloirs, de s’arrêter deux secondes aux toilettes, il nous reste à peine quelques minutes en salle des profs pour boire une demi-tasse de café reposée bien vite dans l ‘évier parce que « ça a sonné » et que des gamins attendent sous le préau. Pas le temps donc de chercher des yeux nos élèves en souffrance dans la cour ! Ça donne une belle scène, très cinématographique, très émouvante mais ce n’est pas la réalité non plus.
Non, on ne s’adresse pas nécessairement aux parents de façon agressive comme le fait Hélène avec la mère de Théo, non on ne leur donne pas nécessairement de leçons parce que rien ne nous y autorise et parce qu’on a bien conscience que chacun fait comme il peut. Et surtout, cela risque de couper un lien fragile avec des familles qui n’aiment pas trop mettre les pieds à l’école. Au mieux, on peut suggérer quelques pistes pour améliorer la situation, en y mettant plus que les formes ! Alors un enseignant qui dirait à la mère d’un gamin en souffrance, comme le fait Hélène, des paroles aussi violentes que : « Vous savez, madame, quand on retrouve les enfants au fond d’un trou ou au bout d’une corde, il est trop tard », je ne l’imagine même pas !
Voilà pourquoi j’ai un avis un peu mitigé sur ce roman ; cela dit, encore une fois, je l’ai lu avec plaisir sans pour autant être capable de me départir de cette gêne face à une œuvre à laquelle je n’ai pas vraiment cru et qui ne m’a pas semblé être écrite… d’après une histoire vraie ! Si on ne peut nier que l’auteur a le mérite de mettre en évidence un vrai problème de société, il reste que le personnage principal m’a paru trop caricatural, trop idéalisé et que le livre ne rend pas pleinement compte de la complexité du quotidien qui est le nôtre…
Tant pis. Je sais néanmoins qu’il trouvera son public, c’est bien là l’essentiel.

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