Leurs enfants après eux
Nicolas Mathieu

Prix Goncourt 2018
Actes Sud Editions
août 2018
425 p.  21,80 €
ebook avec DRM 15,99 €
 
 
 
 Les internautes l'ont lu
nuit blanche

Bien avant les gilets jaunes

A Heillange, une ville moyenne de l’Est non loin du Luxembourg, quelques humains traversent une décennie, dégringolant les marches qui mènent de l’espoir vague aux désillusions, voire à la mort. Dans leur cité désertée par la prospérité depuis l’exil de la sidérurgie, leurs chemins se rencontrent de loin en loin. Aux carrefours de leurs errances croisées ont lieu leurs affrontements, aux carrefours la vie leur impose parfois le sexe, mais jamais ou si peu la rencontre des coeurs, obstinés dans leur solitude affolée.
Un père prolo étouffe sa colère puis lui lâche la bride, puis tente un recours en grâce avant de replonger dans l’alcool jusqu’à s’effacer, à Heillange.
Son fils découvre les filles et entrevoit l’amour, puis cherche à fuir le marasme où le confine une crise qui n’en finit pas, en se réfugiant sous l’uniforme. Il rate son coup et revient s’enterrer vivant, à Heillange.
Un dealer rebeu minable flirte avec l’argent facile du shit jusqu’au Maroc, rate son coup et revient payer l’addition à vie, à Heillange lui aussi.
Une petite bourge délurée flirte avec n’importe qui et le n’importe quoi, mais cornaquée de près par son père, finit par se jeter dans des études friquées pour gagner une chance de faire partie des élites, cynique et aigrie, loin d’Heillange.
La modernité lamine les joies de vivre, encourage les égoïsmes. La fin du XX° siècle est disséquée le temps de quatre étés torrides entre 92 et 98, jusque la coupe du monde victorieuse de la France black-blanc-beur. Mais dans le monde chauffé à blanc par la folie consumériste personne ne sort gagnant, c’est le moins qu’on puisse dire.
Ce roman très noir est comme un cri désespérant. L’écriture en est très belle pourtant, nerveuse, précise et sans pitié pour le genre humain, elle en fait un Goncourt qui décoiffe grave.

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coup de coeur

brillant et addictif

Voilà c’est fini comme dirait Jean Louis Aubert et je suis un peu triste de quitter Anthony, Hacine, Steph, le cousin, Patrick Casati, Hélène et Clémence et en même temps soulagée.
Soulagée parce que la tension dans la deuxième moitié du roman va crescendo et pratiquement chaque chapitre se finit sur une ellipse qui m’a quasiment mise en haleine : Mais que va t’il se passer ?
En plus d’être un roman passionnant et véritable page turner, ce livre parle de l’adolescence, période fascinante et angoissante et c’est aussi une fresque sociologique qui traite du déterminisme social dans la France des lisières, j’ai d’ailleurs pas mal pensé à Olivier Adam dans son roman « les lisières » que j’avais également beaucoup aimé.
C’est un roman juste, sans concession, qui vous fait regarder votre pays et ses habitants dans les yeux, sans ciller, même si ça fait mal, souvent.
Quel beau Goncourt que ce livre qui se lit facilement mais n’est pas un livre facile pour autant, bravo, vraiment.

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Leurs enfants après eux

Que dire après toutes les louanges attribuées à ce roman couronné par le Goncourt .
Au risque de passer pour une atrabilaire, pour moi c’est plutôt « bof ».
Dans les années 90, des ados risquent de voir leurs envies, leurs espoirs déçus, parce qu’ils vivent dans une vallée vosgienne d’où les hauts-fournaux ont disparu et où l’espoir de vivre mieux que leurs parents est quasiment nul.
Le thème rampant de ce roman est la lutte des classes, le thème marxiste est toujours présent, mais il y plus, un certain mépris, en tous cas un manque d’empathie pour ces gens qui ne sont pas des « socios »( voire même de classe aisée )comme souvent repris dans le texte. J’y vois plutôt des gens qui auraient pu sortir hier avec un gilet jaune, travailleurs, honnêtes, que la vie actuelle n’épargne pas tout simplement.
Mordillat, Manchette, F .Ruffin ont du inspirer l’auteur, natif d’Epinal.
Bref, un page-turner social de 426p , bien écrit, et qui devrait trouver non seulement beaucoup d’acheteurs, mais beaucoup de lecteurs.

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Pas si noir

J’ai donc lu, peu avant que lui soit décerné un prix littéraire célèbre, « Leurs enfants après eux ». J’ai bien aimé ce livre, pour les raisons exposées par d’autres contributeurs d’Onlalu et d’ailleurs. Mais la fin me laisse un peu sur ma faim… Le dénouement -les dernières lignes-flirte avec le Happy Ending indispensable à toute adaptation cinématographique; était-ce le souci de l’auteur ? Cela détonne avec l’ensemble du livre – quoi de plus noir que le mal vivre qui se transmet de génération en génération, comme une maladie génétique ? Moi, j’aurais préféré une fin vraiment tragique, par exemple voir Hacine, dévasté par le naufrage de son couple et fou de rage après le vol de sa bécane, poignarder Anthony avec le couteau que son père voulait lui offrir… Fatalitas!

C’est bien plus beau quand tout se termine mal!

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coup de coeur

Lorraine, cœur d’acier… rouillé

Après Aux animaux la guerre, Nicolas Mathieu revient avec un magnifique roman qui, à travers les portraits d’une bande de jeunes dans une Lorraine désindustrialisée, raconte la France des années 90. Fort, juste, dramatiquement vrai.

Balzac, Hugo, ou encore… Karine Tuil. Il y a dans le second roman de Nicolas Mathieu la faconde de l’auteur de La Comédie humaine, la dimension sociale et politique de l’auteur des Misérables et l’art de dépeindre une époque de la romancière de L’Insouciance. Autant dire que je place Leurs enfants après eux dans le carré la plus précieux de ma bibliothèque, celui des livres «indispensables» dont j’imagine qu’ils pourraient devenir des classiques.
Le roman s’ouvre au bord d’une plage, durant l’été 1992. Anthony s’y prélasse avec quelques copains, essayant de tuer le temps. Au sortir de l’adolescence, son horizon n’est guère enthousiasmant. Dans une Lorraine qui a beau comporter de nombreuses localités se terminant par «ange», c’est plutôt le diable qui semble avoir pris le contrôle du territoire. Après la fin du charbon, c’est la fin de la sidérurgie. La désindustrialisation a déjà fait des ravages. Le chômage a frappé les enfants du baby-boom et s’est étendu comme un cancer aux stigmates visibles dans tout le paysage. Comment s’imaginer un avenir au milieu de friches industrielles, d’usines désaffectées, de commerces ayant définitivement tiré leur rideau de fer? « Le paradis était perdu pour de bon, la révolution n’aurait pas lieu; il ne restait plus qu’à faire du bruit. » Le bruit des motos pétaradantes ou celui de groupes tels que Nirvana ou Queen vont du reste accompagner le lecteur tout au long du roman. L’YZ que son père garde au fond de son garage va servir à Anthony à rejoindre la fête donnée dans une villa à quelques kilomètres de chez lui. Avec son cousin, il va essayer de trouver dans l’alcool, la drogue et le sexe de quoi agrémenter son spleen. Sauf qu’au petit matin, le bilan est loin d’être grandiose. Outre une altercation avec Hacine qui tentait de s’incruster dans cette fête, et une bonne gueule de bois, il constate que la moto a été volée.
Il retourne chez lui la peur au ventre, car il n’a pas demandé l’autorisation à son père et sait combien ce dernier tenait à cette moto, même s’il ne s’en servait plus guère. Hélène, sa mère, redoute tout autant la réaction de son mari et décide de se rendre chez le père de Hacine pour récupérer l’YZ, sans succès. Car cette dernière est en train de brûler au milieu de curieux ébahis.
Si l’on peut parler ici d’acte fondateur, c’est parce que cet événement cristallise toutes les rancœurs, toutes les peurs, tous les drames à venir.
Hacine se fait proprement défoncer par son père, l’immigré forcément accusé de tous les maux. Patrick s’en prend à sa femme Hélène et à Anthony, provoquant l’éclatement de la famille. La vengeance va entraîner la déchéance…
Nicolas Mathieu a découpé son roman en quatre périodes, quatre étés de 1992 à 1998 qui nous permettent, outre le passage de l’adolescence à l’âge adulte d’Anthony, de Hacine, de Clem, de Steph et des autres, de suivre l’actualité politique et l’actualité sportive. De la montée du front national à la Coupe du monde de football, l’auteur montre comment ces événements accompagnent le quotidien et marquent les esprits jusqu’à bousculer quelques existences. Car les drames et les réussites servent aussi de révélateur. À l’aune de cette époque floue et instable, entre la chute du mur de Berlin et celle des Twin Towers, la seule issue raisonnable semble devoir être la fuite.
Disons encore quelques mots du style de Nicolas Mathieu. Il a parfaitement su retrouver le ton, les expressions et le ressenti de ses personnages – il est de la même génération – avec cette dose de violence et de fatalisme qui leur colle à la peau et qui vont faire voler en éclats leurs rêves. Retrouvant l’ambiance de son roman noir, Aux animaux la guerre, Nicolas Mathieu nous livre un constat aussi lucide que douloureux. Et qui résonne d’autant plus fort en moi, car je fais partie de ces Lorrains qui ont choisi de s’exiler sous des cieux plus cléments.

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Noir et excellent

« L’éducation est un grand mot, on peut le mettre dans des livres et des circulaires. En réalité, tout le monde fait ce qu’il peut. Qu’on se saigne ou qu’on s’en foute, le résultat recèle toujours sa part de mystère. Un enfant nait, vous avez pour lui des projets, des nuits blanches. Pendant quinze ans, vous vous levez à l’aube pour l’emmener à l’école. À table, vous lui répétez de fermer la bouche quand il mange et de se tenir droit. Il faut lui trouver des loisirs, lui payer ses baskets et ses slips. Il tombe malade, il tombe de vélo. Il affûte sa volonté sur votre dos. Vous l’élevez et perdez en chemin vos forces et votre sommeil, vous devenez lent et vieux. Et puis un beau jour, vous vous retrouvez avec un ennemi dans votre propre maison. C’est bon signe. Il sera bientôt prêt. C’est alors que viennent les emmerdes véritables, celles qui peuvent coûter des vies ou finir au tribunal. »

Accablant. Ce roman vous l’assène avec une précision chirurgicale, les dés sont pipés.
Nous sommes dans une petite ville de l’Est moribonde, qui a connu la prospérité des métiers de dur labeur (mines, hauts fourneaux etc.) avant de créer son économie pour les pauvres (Liddle et autres Aldi).
De 1992 à 1998 (juste avant la finale de la Coupe du Monde), nous y suivons quelques spécimen représentatifs de la mixité française. Deux cousins prolo adolescents, deux copines un peu mieux nées, la bande qui deale au pied de la cité, leurs parents respectifs.
Tous interagissent avec en toile de fond les rites immuables qui rythment les années de tous les français, le bal du 14 juillet, le bac et l’orientation des études, le troquet du village et ses piliers de comptoir.
C’est moche, c’est sordide, c’est poisseux et en même temps bien sûr c’est nous aussi, ce sont nos aspirations, nos regrets, nos éclairs de compréhension et l’atroce apathie qui nous englue malgré qu’on en ait.
Millimétré au cordeau, glaçant parce que non exagéré, au contraire, pondéré et comme soucieux d’équité, ce roman explose de vérité et dévaste tout sur son passage.
Noir et excellent.

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