Leurs enfants après eux
Nicolas Mathieu

Prix Goncourt 2018
Actes Sud Editions
août 2018
425 p.  21,80 €
ebook avec DRM 9,49 €
 
 
 
 Les internautes l'ont lu
coup de coeur nuit blanche

Ça fait une bonne semaine que je saoule littéralement tous ceux que je rencontre avec Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu, comme tout le monde le sait, prix Goncourt 2018. Ben oui, ça s’appelle une énorme gifle, un coup de coeur, de folie, bref… je suis époustouflée par toutes les qualités de ce texte !
Nous sommes donc dans les années 90, dans l’Est de la France, pas loin de la frontière du Luxembourg, à Heillange (qui rappelle évidemment Hayange en Moselle), ville complètement dévastée par la désindustrialisation et où les quatre hauts-fourneaux ne servent plus que de tristes décors. « Toute la vallée était en soins palliatifs quelque part … » En effet, le taux de chômage est élevé, les trafics de drogue vont bon train, l’alcoolisme aussi, et l’ennui s’empare de chacun tandis que l’été s’étire mortellement et qu’il n’y a rien à faire, sinon glander en écoutant Nirvana, attendre, attendre et espérer mieux pour un jour prochain. C’est une France périurbaine qui est décrite et les gamins se demandent toujours comment ils vont se rendre là où ils veulent aller. Une France donc qui a besoin d’essence pour vivre et qui n’a pas un sou pour remplir son réservoir. « Chaque désir induisait une distance, chaque plaisir nécessitait du carburant. » Un peu prémonitoire tout ça, non ?
On suit essentiellement une poignée de personnages : Anthony et ses parents, le cousin Hacine et son père, et deux gamines, Steph et Clem. Certains s’en sortiront plus ou moins bien (grâce à l’école), d’autres pas. Quant aux autres, ils vivoteront, auront des hauts et beaucoup de bas.
Le roman est divisé en quatre chapitres : 1992/1994/1996 et 1998, la coupe du monde et le rêve d’une fraternité qui n’aura pas lieu. Anthony a quatorze ans en 1992. On le quittera en 1998, il en aura donc 20 et sera devenu un homme. Mais quel homme devient-on quand on ne quitte pas ces lieux sinistrés qui n’offrent aucune perspective ? On peut donc parler d’une certaine façon d’un roman d’apprentissage : apprentissage de la vie, de la sexualité, de la frustration surtout, de la galère, de la violence, de la haine et de l’amour.
Le regard de Nicolas Mathieu est aussi celui d’un sociologue ou d’un historien sur une époque et une géographie précises, même si les mots que j’ai lus m’ont semblé souvent prémonitoires : ils contiennent en germe toutes les crises actuelles et l’on pourrait facilement transposer toute cette histoire ici et maintenant. Les choses ont-elles changé dans le fond ? Pas sûr !
Et puis, ce roman, à mon sens, s’il s’intéresse aux gens de peu, aux vies minuscules comme dirait Michon, parle surtout des gens, de TOUS les gens, quels qu’ils soient, d’où qu’ils viennent, de la misère de la vie, de l’absurdité de l’existence : « Ils ne cherchaient pas à changer leur vie, se satisfaisaient de salaires décents et d’augmentations raisonnables. Ils occupaient leur place, favorables à l’état des choses, modérément scandalisés par les forces qui en abusaient, inquiets des périls télévisés, contents des bons moments que leur offrait la vie. Un jour, un cancer mettrait à l’épreuve cette immobile harmonie. En attendant, on était bien. On faisait du feu en hiver, et des balades au printemps. » Ben oui, c’est nous ! Nous tous, lui aussi, l’auteur, forcément. C’est l’humaine condition. « Depuis le temps qu’elle se donnait du mal pour que ça aille et que ça puisse, et rien n’allait, et finalement on pouvait si peu. » A pleurer tellement ces lignes sont belles…
Comme je le disais pour commencer, cette lecture fut en effet pour moi un vrai coup de coeur. J’ai trouvé dans ce roman tout ce qui m’enchante en littérature : une écriture d’abord, à la fois crue, sensuelle, poétique, capable de faire ressentir les premiers émois de l’amour physique, le bonheur d’être bien au bord de l’eau ou de rouler à fond la caisse sur une belle ligne droite en frôlant la mort. Nicolas Mathieu décrit avec une telle minutie les sensations, les émotions, qu’on les vit avec les personnages ! C’est une écriture tellement juste que l’on se dit sans cesse : oui, c’est exactement ça… Et l’on reste bluffé devant tant de talent…
Et puis, il y a ces grandes scènes très cinématographiques qui nous marqueront à tout jamais parce qu’on a eu l’impression d’y être, de sentir la chaleur écrasante, les pétarades de la moto qui passe ou bien l’angoisse qui serre la gorge des personnages. Certaines scènes sont ahurissantes de réalisme : on repense au cinéma des frères Dardenne ou de Bruno Dumont (La vie de Jésus 1997). Une certaine forme de violence est toujours là, latente, prête à exploser comme si le monde était sous tension. Et malgré cela, certains moments évoquent un bonheur intense, extrême, proche de la jouissance. Oui, ce roman est sombre, il est difficile de dire le contraire, mais en même temps, les personnages vivent aussi, malgré leurs mille galères, une adolescence forte, fiévreuse, folle, pleine de sensations, de sensualité. Ils vivent, se débattent pour ne pas entrer dans les cases qu’on leur propose. Et leur vigueur est belle à pleurer…
Ce texte conjugue donc des analyses percutantes et justes sur les retombées économiques de la désindustrialisation et toute l’effervescence de la jeunesse. Le contraste est saisissant : tandis qu’un monde agonise et meurt doucement, un autre, jeune, vif,intense, bouillonnant, plein de fougue et d’impatience, tente de se faire une place et c’est dur.
S’il y a du Zola chez Nicolas Mathieu, j’y ai lu du Flaubert aussi. Un Flaubert qui lors des comices agricoles décrit les mains usées par «la poussière des granges, la potasse des lessives et le suint des laines »  d’une pauvre paysanne tandis que le discours des politiques et « des bourgeois épanouis » vient récompenser « ce demi-siècle de servitude ». Ce regard ironique sur ceux qui dominent est présent dans Leurs enfants après eux : je repense à la scène incroyable où ils annoncent sous l’oeil dubitatif d’une foule incrédule qu’ils envisagent d’organiser une régate pour l’année suivante sur le lac d’Heillange. J’ai éclaté de rire à ce moment-là parce que la scène est incroyablement bien décrite… saisissante de justesse et de vérité. Nicolas Mathieu est un fin observateur et il a vraiment le sens du détail. Oui, incontestablement, c’est un grand, un très grand romancier… (bon, ça y est, ça me reprend….)
J’ai aimé ce texte aussi pour ses personnages avec lesquels on vit, pour lesquels on s’inquiète, on tremble… Combien de fois ai-je pensé que c’en était fini pour Anthony, tellement jeune, tellement naïf lorsqu’on le rencontre, alors qu’il est un pauvre gamin qui ne connaît rien à la vie, lui et sa paupière tombante. On le sent prêt à se jeter la tête la première dans toutes les galères, tous les pièges. Et cette moto… (mais je n’en dis pas plus…) L’empathie de l’auteur pour ses personnages est présente à chaque ligne, dans chaque mot. Il les suit, caméra à l’épaule, les observe de près, scrute leurs déplacements, leur façon de tourner en rond, comme enfermés dans une géographie dont ils ne peuvent s’extraire (sauf quelques-uns, mais rien ne dit qu’ils ne reviendront pas …) Piégés en quelque sorte, comme l’ont été leurs parents, leurs grands-parents et comme le seront certainement… leurs enfants après eux… Il peint superbement ces gens perdus dans des paysages dévastés et nus : « Tous deux ne représentaient rien dans cet espace qui n’était déjà pas grand-chose. » Parfois, on est dans du Beckett ou pas loin : « – On bouge – On bouge où ? – On bouge, on verra bien. » Et malgré tout, c’est dans ces lieux qu’ils trouveront des moments de plaisir intense parce qu’ils sont chez eux et que la terre et l’air seront à jamais ceux de leur enfance.
Allez, je le répète encore une fois, Leurs enfants après eux, est un livre magistral, poignant, terrible, juste, cru, politique, poétique, réaliste, lucide, noir, beau, sensuel, sensible, fin, déchirant, fort, violent, brutal, tragique, vrai, bref … en tous points REMARQUABLE.
En toute objectivité, bien sûr…

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nuit blanche

Bien avant les gilets jaunes

A Heillange, une ville moyenne de l’Est non loin du Luxembourg, quelques humains traversent une décennie, dégringolant les marches qui mènent de l’espoir vague aux désillusions, voire à la mort. Dans leur cité désertée par la prospérité depuis l’exil de la sidérurgie, leurs chemins se rencontrent de loin en loin. Aux carrefours de leurs errances croisées ont lieu leurs affrontements, aux carrefours la vie leur impose parfois le sexe, mais jamais ou si peu la rencontre des coeurs, obstinés dans leur solitude affolée.
Un père prolo étouffe sa colère puis lui lâche la bride, puis tente un recours en grâce avant de replonger dans l’alcool jusqu’à s’effacer, à Heillange.
Son fils découvre les filles et entrevoit l’amour, puis cherche à fuir le marasme où le confine une crise qui n’en finit pas, en se réfugiant sous l’uniforme. Il rate son coup et revient s’enterrer vivant, à Heillange.
Un dealer rebeu minable flirte avec l’argent facile du shit jusqu’au Maroc, rate son coup et revient payer l’addition à vie, à Heillange lui aussi.
Une petite bourge délurée flirte avec n’importe qui et le n’importe quoi, mais cornaquée de près par son père, finit par se jeter dans des études friquées pour gagner une chance de faire partie des élites, cynique et aigrie, loin d’Heillange.
La modernité lamine les joies de vivre, encourage les égoïsmes. La fin du XX° siècle est disséquée le temps de quatre étés torrides entre 92 et 98, jusque la coupe du monde victorieuse de la France black-blanc-beur. Mais dans le monde chauffé à blanc par la folie consumériste personne ne sort gagnant, c’est le moins qu’on puisse dire.
Ce roman très noir est comme un cri désespérant. L’écriture en est très belle pourtant, nerveuse, précise et sans pitié pour le genre humain, elle en fait un Goncourt qui décoiffe grave.

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coup de coeur

brillant et addictif

Voilà c’est fini comme dirait Jean Louis Aubert et je suis un peu triste de quitter Anthony, Hacine, Steph, le cousin, Patrick Casati, Hélène et Clémence et en même temps soulagée.
Soulagée parce que la tension dans la deuxième moitié du roman va crescendo et pratiquement chaque chapitre se finit sur une ellipse qui m’a quasiment mise en haleine : Mais que va t’il se passer ?
En plus d’être un roman passionnant et véritable page turner, ce livre parle de l’adolescence, période fascinante et angoissante et c’est aussi une fresque sociologique qui traite du déterminisme social dans la France des lisières, j’ai d’ailleurs pas mal pensé à Olivier Adam dans son roman « les lisières » que j’avais également beaucoup aimé.
C’est un roman juste, sans concession, qui vous fait regarder votre pays et ses habitants dans les yeux, sans ciller, même si ça fait mal, souvent.
Quel beau Goncourt que ce livre qui se lit facilement mais n’est pas un livre facile pour autant, bravo, vraiment.

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Leurs enfants après eux

Que dire après toutes les louanges attribuées à ce roman couronné par le Goncourt .
Au risque de passer pour une atrabilaire, pour moi c’est plutôt « bof ».
Dans les années 90, des ados risquent de voir leurs envies, leurs espoirs déçus, parce qu’ils vivent dans une vallée vosgienne d’où les hauts-fournaux ont disparu et où l’espoir de vivre mieux que leurs parents est quasiment nul.
Le thème rampant de ce roman est la lutte des classes, le thème marxiste est toujours présent, mais il y plus, un certain mépris, en tous cas un manque d’empathie pour ces gens qui ne sont pas des « socios »( voire même de classe aisée )comme souvent repris dans le texte. J’y vois plutôt des gens qui auraient pu sortir hier avec un gilet jaune, travailleurs, honnêtes, que la vie actuelle n’épargne pas tout simplement.
Mordillat, Manchette, F .Ruffin ont du inspirer l’auteur, natif d’Epinal.
Bref, un page-turner social de 426p , bien écrit, et qui devrait trouver non seulement beaucoup d’acheteurs, mais beaucoup de lecteurs.

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Pas si noir

J’ai donc lu, peu avant que lui soit décerné un prix littéraire célèbre, « Leurs enfants après eux ». J’ai bien aimé ce livre, pour les raisons exposées par d’autres contributeurs d’Onlalu et d’ailleurs. Mais la fin me laisse un peu sur ma faim… Le dénouement -les dernières lignes-flirte avec le Happy Ending indispensable à toute adaptation cinématographique; était-ce le souci de l’auteur ? Cela détonne avec l’ensemble du livre – quoi de plus noir que le mal vivre qui se transmet de génération en génération, comme une maladie génétique ? Moi, j’aurais préféré une fin vraiment tragique, par exemple voir Hacine, dévasté par le naufrage de son couple et fou de rage après le vol de sa bécane, poignarder Anthony avec le couteau que son père voulait lui offrir… Fatalitas!

C’est bien plus beau quand tout se termine mal!

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coup de coeur

Lorraine, cœur d’acier… rouillé

Après Aux animaux la guerre, Nicolas Mathieu revient avec un magnifique roman qui, à travers les portraits d’une bande de jeunes dans une Lorraine désindustrialisée, raconte la France des années 90. Fort, juste, dramatiquement vrai.

Balzac, Hugo, ou encore… Karine Tuil. Il y a dans le second roman de Nicolas Mathieu la faconde de l’auteur de La Comédie humaine, la dimension sociale et politique de l’auteur des Misérables et l’art de dépeindre une époque de la romancière de L’Insouciance. Autant dire que je place Leurs enfants après eux dans le carré la plus précieux de ma bibliothèque, celui des livres «indispensables» dont j’imagine qu’ils pourraient devenir des classiques.
Le roman s’ouvre au bord d’une plage, durant l’été 1992. Anthony s’y prélasse avec quelques copains, essayant de tuer le temps. Au sortir de l’adolescence, son horizon n’est guère enthousiasmant. Dans une Lorraine qui a beau comporter de nombreuses localités se terminant par «ange», c’est plutôt le diable qui semble avoir pris le contrôle du territoire. Après la fin du charbon, c’est la fin de la sidérurgie. La désindustrialisation a déjà fait des ravages. Le chômage a frappé les enfants du baby-boom et s’est étendu comme un cancer aux stigmates visibles dans tout le paysage. Comment s’imaginer un avenir au milieu de friches industrielles, d’usines désaffectées, de commerces ayant définitivement tiré leur rideau de fer? « Le paradis était perdu pour de bon, la révolution n’aurait pas lieu; il ne restait plus qu’à faire du bruit. » Le bruit des motos pétaradantes ou celui de groupes tels que Nirvana ou Queen vont du reste accompagner le lecteur tout au long du roman. L’YZ que son père garde au fond de son garage va servir à Anthony à rejoindre la fête donnée dans une villa à quelques kilomètres de chez lui. Avec son cousin, il va essayer de trouver dans l’alcool, la drogue et le sexe de quoi agrémenter son spleen. Sauf qu’au petit matin, le bilan est loin d’être grandiose. Outre une altercation avec Hacine qui tentait de s’incruster dans cette fête, et une bonne gueule de bois, il constate que la moto a été volée.
Il retourne chez lui la peur au ventre, car il n’a pas demandé l’autorisation à son père et sait combien ce dernier tenait à cette moto, même s’il ne s’en servait plus guère. Hélène, sa mère, redoute tout autant la réaction de son mari et décide de se rendre chez le père de Hacine pour récupérer l’YZ, sans succès. Car cette dernière est en train de brûler au milieu de curieux ébahis.
Si l’on peut parler ici d’acte fondateur, c’est parce que cet événement cristallise toutes les rancœurs, toutes les peurs, tous les drames à venir.
Hacine se fait proprement défoncer par son père, l’immigré forcément accusé de tous les maux. Patrick s’en prend à sa femme Hélène et à Anthony, provoquant l’éclatement de la famille. La vengeance va entraîner la déchéance…
Nicolas Mathieu a découpé son roman en quatre périodes, quatre étés de 1992 à 1998 qui nous permettent, outre le passage de l’adolescence à l’âge adulte d’Anthony, de Hacine, de Clem, de Steph et des autres, de suivre l’actualité politique et l’actualité sportive. De la montée du front national à la Coupe du monde de football, l’auteur montre comment ces événements accompagnent le quotidien et marquent les esprits jusqu’à bousculer quelques existences. Car les drames et les réussites servent aussi de révélateur. À l’aune de cette époque floue et instable, entre la chute du mur de Berlin et celle des Twin Towers, la seule issue raisonnable semble devoir être la fuite.
Disons encore quelques mots du style de Nicolas Mathieu. Il a parfaitement su retrouver le ton, les expressions et le ressenti de ses personnages – il est de la même génération – avec cette dose de violence et de fatalisme qui leur colle à la peau et qui vont faire voler en éclats leurs rêves. Retrouvant l’ambiance de son roman noir, Aux animaux la guerre, Nicolas Mathieu nous livre un constat aussi lucide que douloureux. Et qui résonne d’autant plus fort en moi, car je fais partie de ces Lorrains qui ont choisi de s’exiler sous des cieux plus cléments.

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Noir et excellent

« L’éducation est un grand mot, on peut le mettre dans des livres et des circulaires. En réalité, tout le monde fait ce qu’il peut. Qu’on se saigne ou qu’on s’en foute, le résultat recèle toujours sa part de mystère. Un enfant nait, vous avez pour lui des projets, des nuits blanches. Pendant quinze ans, vous vous levez à l’aube pour l’emmener à l’école. À table, vous lui répétez de fermer la bouche quand il mange et de se tenir droit. Il faut lui trouver des loisirs, lui payer ses baskets et ses slips. Il tombe malade, il tombe de vélo. Il affûte sa volonté sur votre dos. Vous l’élevez et perdez en chemin vos forces et votre sommeil, vous devenez lent et vieux. Et puis un beau jour, vous vous retrouvez avec un ennemi dans votre propre maison. C’est bon signe. Il sera bientôt prêt. C’est alors que viennent les emmerdes véritables, celles qui peuvent coûter des vies ou finir au tribunal. »

Accablant. Ce roman vous l’assène avec une précision chirurgicale, les dés sont pipés.
Nous sommes dans une petite ville de l’Est moribonde, qui a connu la prospérité des métiers de dur labeur (mines, hauts fourneaux etc.) avant de créer son économie pour les pauvres (Liddle et autres Aldi).
De 1992 à 1998 (juste avant la finale de la Coupe du Monde), nous y suivons quelques spécimen représentatifs de la mixité française. Deux cousins prolo adolescents, deux copines un peu mieux nées, la bande qui deale au pied de la cité, leurs parents respectifs.
Tous interagissent avec en toile de fond les rites immuables qui rythment les années de tous les français, le bal du 14 juillet, le bac et l’orientation des études, le troquet du village et ses piliers de comptoir.
C’est moche, c’est sordide, c’est poisseux et en même temps bien sûr c’est nous aussi, ce sont nos aspirations, nos regrets, nos éclairs de compréhension et l’atroce apathie qui nous englue malgré qu’on en ait.
Millimétré au cordeau, glaçant parce que non exagéré, au contraire, pondéré et comme soucieux d’équité, ce roman explose de vérité et dévaste tout sur son passage.
Noir et excellent.

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