Ma reine
Jean-Baptiste Andréa

iconoclaste
août 2017
230 p.  17 €
 
 
 
 Les internautes l'ont lu
coup de coeur

Un petit prince particulier.

« Moi je t’offrirai
Des perles de pluie
Venues de pays où il ne pleut pas »

Cette promesse, je pourrais la faire à Shell ou Viviane aurait pu la lui extorquer.

Bienvenue dans un univers où la poésie, le rêve sont les maîtres du jeu, où la compassion, la tendresse rendent le monde moins abrupt.

Dans ce livre, les héros sont des êtres cabossés, différents, relégués aux confins, à l’horizon.

Laissez-vous emporter par ce petit prince et sa reine ; ressentez la peur, la tristesse, la solitude ; imaginez le vent dansant dans vos cheveux, la chaleur du soleil réchauffant votre peau et cette lumière qui colore le maquis. Savourez le récit d’une traite ou à petites doses. Attention, cependant, la dernière page tournée, vous ressentirez une étrange mélancolie.

Ce roman est une pépite, condensé de poésie et d’émotion, une lecture qui irradie et dont il faut garder la trace des mots pour éclairer certains jours sombres.

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coup de coeur

Plus qu’un coup de cœur !

« Ici dans la vallée l’été n’avait pas l’air de savoir qu’il allait bientôt devoir s’en aller Personne ne lui avait rien dit et il s’était installé confortablement. »

Le village est à plus de dix kilomètres, une station service dans un coin pareil ce n’est pas un endroit pour un gamin de douze ans. Shell ne va plus à l’école, il n’a pas d’amis. Physiquement il est normal, mais c’est dans sa tête qu’il n’est pas comme tout le monde, comme si elle avait arrêté de grandir, à croire qu’on a jeté un sort à sa mère. Shell décide de partir à la guerre, pour gagner des médailles et prouver qu’il est un adulte ou tout comme. le problème c’est qu’il ne sait pas où on fait la guerre. Alors il monte au sommet du plateau et là il va rencontrer Viviane sa Reine. Avec elle tout va devenir possible puisque c’est une Reine.

Difficile de parler de ce roman magnifique, car ce livre ne peut pas se raconter, il se vit, il pénètre en nous, on le ressent. Une écriture d’une poésie rare, l’auteur met toute la beauté et la naïveté dans les yeux d’une enfant de 12 ans différent et innocent,rempli d’imagination,un gosse qui subit les moqueries et les brimades, mais qui sait regarder la télévision éteinte et la remplir de ses images.

Une parenthèse enchantée, un moment de grâce. Jean-Baptiste Andrea utilise avec justesse la langue de l’enfance, faite de rêves, d’espoir, de tendresse. Un roman sur la différence, sur ceux qui voient et ressentent ce que les autres ne savent plus voir et ressentir, un roman sur la difficulté de devenir adulte, mais est-ce que cela vaut vraiment la peine de le devenir ? Jusqu’à la dernière page l’émotion et la poésie triomphent de la bêtise et de la méchanceté. Un roman qui est plus qu’un coup de cœur !

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Un très élégant premier roman.

« Beau comme une Alfa Roméo mais avec un moteur de 2CV », tout est confus dans la tête de Shell. Pour échapper à l’établissement spécialisé dans lequel ses parents songent à l’envoyer, le jeune garçon décide de partir à la guerre pour leur prouver qu’il est un homme.
Mais c’est où la guerre ? De l’autre côté de la colline probablement, il en est presque sûr. Et un beau matin, le voilà parti.
Cependant il ne va pas aller bien loin, car sur la route il va rencontrer Viviane, une petite fille avec qui il deviendra ami, une petite fille qui deviendra sa reine. Ils vont passer l’été ensemble, à se découvrir, lui installé dans une cabane dans la forêt et elle, venant au gré de ses fantaisies lui rendre visite et lui raconter des histoires. Parce que c’est elle la reine, donc c’est elle qui décide…
La magie de ce premier roman opère dès les premières lignes. J’ai aimé la poésie qui s’en dégage.
Shell est un enfant attachant, émouvant dans sa naïveté. Son univers loin du monde des adultes est empli de crédulité.
Lorsqu’il rencontre cette fillette, magnifique et mystérieuse, il va jusqu’au bout de son amour pour elle.
L’écriture est douce et élégante. Une bien jolie lecture !

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Un roman d’initiation

Dans les années 60, un gamin qui « a grandi dans son corps, mais pas dans sa tête », c’est ce qui lui a été expliqué, craint après quelques bêtises de devoir quitter la station -service tenue par ses parents dans une petite vallée.Il est surnommé « Shell », n’a pas de copains.
Il décide de partir au delà de ses propres frontières pour faire la guerre…
Il est évident qu’il n’ira pas bien loin, mais il reste tout de même dans la montagne, est hébergé par un vieux berger, et rencontre une petite fille,prénommée Viviane, (comme par hasard) qui tout de suite le domine , qui devient « sa reine », et il est son esclave consentant.
Mais cette petite parisienne devra repartir ; Shell ne sait plus que faire, et le retour impromptu de Reine donne lieu a une scène cruelle, elle l’emmène en haut du Pénitent, une colline très haute, et là, exige de lui un sacrifice .
Il y a beaucoup de poésie et d’onirisme dans ce texte . C’est une très belle lecture, mais je n’ai pas vraiment adhéré à cette histoire, parce que j’ai perdu mon âme d’enfant je suppose.

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Conte initiatique

« A force de m’entendre répéter que je n’étais qu’un enfant, et que c’était très bien comme ça, l’inévitable est arrivé. J’ai voulu leur prouver que j’tais un homme. Et les hommes ça fait la guerre, je le voyais tous le temps à la télé, un vieil appareil bombé devant lequel mes parents mangeaient quand la station était fermée. »
Nous sommes en 1965. Celui qui parle, c’est Shell, 12 ans, ainsi surnommé à l’école parce que ses parents tiennent une station-service peu fréquentée. L’école, d’ailleurs, il n’y va plus car il n’est pas tout-à-fait comme les autres. C’est le toubib qui l’a dit à ses parents, sa tête ne grandira plus.
Il surprend une conversation au téléphone entre sa mère et sa grande sœur et comprend qu’il va être placé dans un centre pour des enfants comme lui. Il décide de partir à la guerre, lui qui n’est jamais sorti de sa station. Alors, il grimpe jusqu’au plateau en pleine nuit et s’y endort. A son réveil, une belle apparition le regarde. Elle s’appelle Viviane, c’est elle qui l’a dit, comme la fée. Commence un jeu à l’instigation de Viviane. Il devra la servir, lui obéir et l’appeler Ma Reine. Son royaume ? Le haut plateau et la cabane effondrée où s’est réfugié le gamin.
Shell, pas contrariant, accepte le jeu et débute ainsi une amitié un peu spéciale fondée sur le pouvoir de Viviane sur le gamin et cela ira loin. Un beau jour, elle disparait après pris soin de lui laisser un sac à dos bourré de nourriture et une lettre. Le hic, c’est que Shell ne sait pas lire. Il se sent vraiment abandonné, tombe malade et, un jour, se réveille dans un lit inconnu. Non, il n’est pas à l’hôpital mais chez Matti, vieil homme solitaire, gardien de troupeau Il apprendra le métier de berger. Pour une fois on lui fait confiance, on ne le considère pas comme l’idiot du village, mais comme un humain. J’ai aimé ce passage où le vieux berger transmet quelque chose au gamin
N’allez pas croire que Shell est un gamin malheureux, non. Ses parents l’aiment, il est heureux de faire quelques bricoles, est heureux de l’air du temps. Pourquoi est-ce que tout devrait changer ? Dans sa petite tête, il veut leur montrer qu’il peut être comme les autres et quelque part, il se le prouve à lui-même.
Ce livre est une ode à la nature, aux paysages de la Haute-Provence qui baignent et entourent Shell. Les descriptions et les sensations qu’ils s’en dégagent font que je m’y suis sentie bien.
Un roman lu d’une seule traite, une charmante parenthèse que j’ai pris plaisir à lire. Pourtant il m’a manqué un petit quelque chose, peut-être plus de coffre.
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Le roman d’un Roi…

Avec ce type de livres, de deux choses l’une : soit la magie opère et l’on garde du roman un souvenir lumineux, quelque chose qui relève de la beauté, de la pure poésie, ou bien, ça ne prend pas, le soufflé retombe et le roman ne produit au mieux que deux trois étincelles que l’on aura vite fait d’oublier.
J’avoue que lorsque j’ai découvert le sujet, l’histoire d’un petit garçon de douze ans pas comme les autres « Foudre de guerre. Génie. Lumière. C’était tout ce que je n’étais pas, on n’arrêtait pas de me le répéter », qui décide de quitter sa maison pour partir à la guerre et devenir un homme, j’ai eu très peur : le sujet me semblait risqué. Écrire du point de vue d’un gamin intellectuellement déficient peut donner des choses pas forcément très heureuses, on l’imagine aisément.
Alors, me direz-vous ? Eh bien, c’est réussi : le texte est vraiment beau, pur, sensible, d’une grande sensualité, il y a un je ne sais quoi du Petit Prince dans l’atmosphère un peu étrange qu’il dégage…
Comme je vous le disais, c’est l’histoire d’un jeune garçon dont on ne connaîtra pas le vrai prénom et qui sera surnommé Shell parce que ses parents travaillent dans une station- service. Nous sommes dans le sud de la France dans la Vallée de l’Asse, un peu au milieu de nulle part, dans les années soixante. C’est l’été, il fait chaud, Shell fume sa première cigarette derrière la station-service. Un peu secoué par sa première bouffée, il lâche sa cigarette sur un tas d’aiguilles de pin qui s’enflamme. Le soir même, il comprend en entendant ses parents s’entretenir au téléphone avec sa soeur qu’il sera placé et décide de partir, d’aller voir ailleurs, de l’autre côté du plateau.
Il souhaite devenir un homme et pour cela, il est persuadé qu’il doit faire la guerre. Il s’empare donc du fusil de son père et part. « A force de m’entendre répéter que je n’étais qu’un enfant, et que c’était très bien comme ça, l’inévitable est arrivé. J’ai voulu leur prouver que j’étais un homme. Et les hommes, ça fait la guerre, je le voyais tout le temps à la télé, un vieil appareil bombé devant lequel mes parents mangeaient quand la station était fermée. »
Pourtant, Shell aimait sa vie dans la station-service, les petits travaux qu’il y faisait, même si chaque jour ressemblait toujours beaucoup à celui de la veille : « Mes parents parlaient peu. A la maison, un rectangle de parpaings que mon père n’avait jamais fini d’enduire derrière la station, les seuls bruits étaient ceux de la télévision, et des mules de cuir sur le lino, du vent qui dévalait de la montagne et qui venait se coincer entre la paroi et le mur de ma chambre. Mais nous, on ne parlait pas, on s’était déjà tout dit. »
Le garçon décide donc de partir à la guerre. Très bien, mais… c’est où la guerre ?
Et si au lieu de la guerre, il faisait une autre rencontre, une vraie, une grande, si son chemin croisait celui d’une Reine, une vraie Reine qui l’aiderait à devenir un homme…
Ce texte m’a charmée par cette atmosphère étrange, onirique qu’il dégage. Le rapport de cet enfant au monde qui l’entoure est particulièrement bien rendu : en effet, Shell est à la fois étranger à ce monde et en même temps un élément de la nature qu’il traverse, à laquelle il se mêle intimement et dont il devient le coeur.
Il se donne, s’offre au monde sans compter jusqu’à risquer d’en perdre la vie. On peut parler même d’une espèce d’osmose entre le monde et l’enfant, magnifiquement rendue par les mots de Jean-Baptiste Andrea. Shell est le soleil, l’eau, la terre, la roche dans une espèce de sensualité folle et sans limites. Et c’est vraiment superbe.
Enfin, j’ai aimé la langue poétique, à la fois simple, comme l’esprit de l’enfant, et en même temps, révélant des beautés inaccessibles à nos yeux de gens dits « normaux », une langue qui permet au lecteur de retrouver son esprit d’enfance… Magique, non ?
Oui, incontestablement, l’enchantement a eu lieu, Shell devient à son tour un Roi, un Prince des éléments, de l’amour, du don de soi à l’autre, de la liberté…
Un conte initiatique poétique et lumineux dont je ne peux que vous conseiller la lecture !

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