Mer noire
Dov Lynch

Anacharsis
février 2015
141 p.  15 €
ebook avec DRM 14,99 €
 
 
 

j e u - c o n c o u r s

je joue !

 Les internautes l'ont lu
coup de coeur

de l’Irlande à la Mer Noire

Dimitris, irlandais, une fois son père enterré, part à la recherche de son frère sur un ordre de l’IRA mais, également, pour fuir son passé récent et lointain. Il veut rejoindre le village natif de sa mère, au bord de la Mer Noire, où il pense que se trouve son frère. Dans ce périple compliqué, il fera des rencontres hasardeuses, dangereuses, mystérieuses, lumineuses, il découvrira des fragments de vie qui le conduiront jusqu’au bout de son aventure.

Dimitris, tout comme son frère, est un ancien guerrier de l’IRA. Tirer de sang-froid ne lui pose aucun problème lorsqu’il s’agit de sauver sa propre vie. Se taire également. Dimitris est cerné par la guerre, par la peur, sans pour autant dévier d’un iota de sa route, comme s’il cherchait à accomplir son destin.

Il y a de gros pavés insipides, bavards et il y a ce livre. Peu de pages, mais une écriture dense. Chaque phrase est pesée. Le silence règne en maître tout comme la guerre et se lisent. Le silence de la mort du père, le silence pour ne rien révéler, le silence de la solitude, le silence des taiseux…

Ce roman sur la violence des hommes est écrit directement en français par un écrivain irlandais. Même s’il vit en France depuis longtemps, Dov Lynch a une très grande maîtrise de notre langue. Son écriture est superbe de précision, de beauté, de non-dits, de violence. Un livre sidérant qui amène à une réflexion sur ces « petites guerres » qui nous cernent et qui me font penser à ces guerres entre seigneurs du Moyen âge.

Quelle découverte, quelle lecture !

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coup de coeur

Orient express

Dans son premier roman, Dov Lynch, diplomate et essayiste irlandais, nous embarque dans un road trip européen avec Dimitris, un ancien membre de l’IRA, qui part à la recherche de son frère en franchissant toutes les frontières.

A la mort de son père, Dimitris se retrouve seul dans la ferme familiale proche de l’Irlande du Nord où l’IRA est maintenue par des trafiquants en tout genre. Ces derniers adressent un ultimatum à Dimitris, ancien membre de l’organisation comme tous les hommes de sa famille : il est sommé de leur livrer son frère qui a été banni après le meurtre d’un officier. Dans un premier temps, Dimitris s’enfuit pour sauver sa peau, mais son échappée prend un nouveau sens lorsqu’il décide vraiment de retrouver ce frère qui se serait exilé des années auparavant en Géorgie, le pays natal de leur mère qu’ils n’ont pas connue. Voyageur solitaire sans bagage, il entreprend un périple initiatique à travers l’Europe de l’Est jusqu’aux rives de la mer Noire, dans une région en guerre de la Géorgie. Les correspondances des trains qui se succèdent à Paris, à Vienne, à Sofia, puis dans des villes aux noms inconnus, marquent des seuils symboliques. Tel Dante traversant les cercles de l’Enfer, Dimitris, explorateur anonyme, silencieux et déterminé, franchit par étapes une Europe qui, à mesure qu’elle s’orientalise, s’émiette, s’appauvrit, devient incompréhensible, politiquement instable et socialement isolée. Lui-même se dépouille peu à peu de son identité de passeur d’argent de l’IRA, de pion asservi à la volonté des autres par la menace et la peur. En échange, il se laisse imprégner par toutes les sensations nouvelles que lui procure l’éloignement : les visions fugitives des paysages traversés dans la nuit, les odeurs de moisi des cargos suspects, le toucher rêche d’une couverture qui réchauffe. Ce voyage qui le mène presque sans encombre vers une terre promise mise à sac par un conflit régional prend aussi pour Dimitris la signification d’un retour au berceau de sa propre humanité. La quête initiale de cet autre lui-même se transforme imperceptiblement en recherche de son moi profond, lavé de ses crimes et remis sur les rails d’une autre vie, où l’amour et le langage seraient rendus possibles par l’accomplissement de l’odyssée au terme de laquelle l’attend un dernier combat.

Dov Lynch possède le don d’une écriture tout en retenue et en silences, qui révèle les richesses cachées dans les replis d’une Europe des confins tiraillée entre plusieurs cultures. Dimitris est un véritable Ulysse des temps modernes, qui, le temps d’un aller simple pour l’ailleurs, est initié aux fulgurances et aux mystères des mythes et des origines qui ont fondé la littérature européenne.

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