Plein hiver
Hélène Gaudy

Actes Sud Editions
janvier 2014
200 p.  20 €
ebook avec DRM 14,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Sous haute tension

A Lisbon, petite ville du Nord des États-Unis, le retour de David Horn, un adolescent disparu depuis quatre ans, plonge les habitants dans l’incompréhension la plus sombre. Après le drame, ils avaient engagé des recherches, entendu les témoins, réfléchi inlassablement aux circonstances du drame. Quatre années d’espoir, d’enquête, de crainte. Ainsi, tous avaient fini par se résigner, et ce vide terrible s’était transformé en vérité implacable, en évidence nourrie d’imaginaire et de fantasme mais dont il fallait bien s’accommoder. Irrémédiablement marqués par l’absence, ce retour les perturbe. Ils ne comprennent pas et veulent à tout prix savoir ce qui lui est arrivé. Mais David ne dit rien. Pas un mot, pas une phrase, pas un indice, rien qui puisse leur dire où il était et ce qu’il faisait. Et nul ne le reconnaît, ou ne veut même s’y essayer. Mais peut-il être semblable à ce qu’il était, quatre ans plus tôt ? Est-il réellement David ? Si certains veulent à tout prix y croire – sa mère, ou les policiers qui l’ont retrouvé-, d’autres, en colère, méfiants, comme Sam, son ami, en doutent intensément.

Comme dans une maison hantée, où les lourdes portes s’ouvrent sur la peur et l’insaisissable, « Plein hiver » laisse libre cours à l’imagination. La narratrice n’apporte à l’intrigue que des fragments de réponses, des pistes à explorer. Avant tout, David était l’être que l’on aime, choyé, admiré, adulé. Un de ceux qui montre l’exemple, un de ceux que l’on suit. Et cette nuit là, comme d’habitude, la bande d’adolescents l’a suivi sur la glace, Sam, Prudence, Jude et Tom. La glace a craqué, et puis, le trou noir sur la gelée blanche. Et puis les pleurs déchirants de Prudence. « David n’est pas rentré ».
Avec « Plein Hiver », Hélène Gaudy met à mal le rêve américain, et sonde l’identité d’un revenant dont la longue absence a effacé l’adolescence. Son corps, désormais celui d’un adulte, se déploie violemment. Le malaise grandit, le suspens s’invite au récit dont le succès tient surtout à la figure glaçante et omniprésente de Lisbon, cette ville polaire cerclée de montagnes et comme hors du temps. Homonyme de la capitale portugaise, elle ne lui ressemble en rien : la cité maudite paralyse ses habitants, piétine les rêves des adolescents qui crèvent d’ennui. L’auteure signe ici un troisième roman troublant, mystérieux, complètement déroutant, où la tension est palpable jusqu’au dernier mot.

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