Querelle
Kevin Lambert

nouvel attila
roman
août 2019
256 p.  19 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Tragédie sociale

Voici le deuxième roman d’un jeune auteur québécois. Un roman âpre, violent, dérangeant et totalement réussi en ce qu’il bouscule les certitudes du lecteur. Avec ce sous-titre, « Fiction syndicale », tout commence comme un roman réaliste et se poursuit comme une tragédie aux rouages implacables. La scène est la scierie du Lac Saint-Jean, à Roberval, dans la province de Québec, où quelques douze employés sur la vingtaine qui y travaillent sont en grève. Parmi eux, il y a Querelle, le dernier arrivé à l’usine, jeune homosexuel montréalais qui attise les fantasmes et attire les garçons via Internet. A la scierie, on apprécie Querelle, même s’il s’écarte des normes patriarcale, hétérosexuelle et chauviniste du coin.

Au fil des piquets de grève et des réunions syndicales, les esprits s’échauffent, certains perdent leur travail, encaissent les coups bas du patron, les pressions financières, l’intervention de la police, et déplorent le manque d’intérêt des médias… Le conflit s’enlise, les négociations aussi, les positions se durcissent et l’amertume ronge les grévistes. Après quelques mois, l’intérêt commun se fissure, laissant apparaître les enjeux personnels et l’individualisme souterrain, illustration sans manichéisme de la brutalité sociétale et politique. Dans ce microcosme, reflet de la société, la lutte ouvrière s’élargit à la lutte des classes tout en contaminant les relations entre les êtres et les sexes ; seule compte la jouissance, au sens de la satisfaction des désirs, même au prix du sang. L’écriture de Kevin Lambert, nerveuse, tendue vers une violence paroxystique, revendique ses influences telles Jean Genet ou Virginie Despentes. Sa langue, extrêmement travaillée, utilise le parler populaire québécois et les écarts syntaxiques ; le langage direct, cru, vulgaire parfois, colle au réalisme social dans les interstices duquel la poésie se glisse et emporte le lecteur, l’élevant au-dessus de la misère et de la solitude qui embourbent les êtres et rejettent les anges déchus dans les marges.

 

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jusqu'au 22 septembre 2019

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