Rhapsodie des oubliés
Sofia Aouine

La Martinière
août 2019
199 p.  18 €
ebook avec DRM 12,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Truffaut version Goutte d’Or

« Ma tête ne s’arrête jamais. Je dors plus, je cours (…) je descends la rue Léon comme un ninja (…). Je suis la ligne du métro aérien. Je cours, tête en l’air en regardant la lune et espérant la rejoindre vite (…). Je cours pour essayer de rejoindre ma tête. Ça me répare un peu » : ainsi s’exprime Abad, le narrateur. Cet adolescent héros tragi-comique, c’est un Antoine Doinel des «Quatre cents coups» version putes tabassées, frères musulmans, crack et violences urbaines quotidiennes. Version contemporaine donc et, à quelques pâtés d’immeubles crades et de rues puantes de la place Clichy chère à François Truffaut. Bienvenue à la Goutte d’Or, quartier parisien à nul autre pareil. L’auteure, comme son « père culturel » de cinéma, montre cette même tendresse inouïe pour les territoires de l’enfance. Même croches, primo-délinquants de pacotille et menteurs, leurs mômes sont de ceux qui bousculent les mentalités et ravagent les cœurs.

Abad, c’est la gouaille et la fraîcheur de l’adolescent pas complètement sorti de l’enfance. La découverte de la masturbation et des plaisirs qui y sont associés. Coupables, honteux ? Peu importe, il est des émois qui valent d’être partagés entre potes : ceux que l’on porte au pinacle ou qu’on monnaye, pour avoir l’air de grands. Pas de quoi finir chez le psy… et pourtant ! Abad va expérimenter la case police, psy, services sociaux…et placement en famille d’accueil. Sacré engrenage…

Il y a beaucoup de souvenirs personnels de Sofia, dans ce livre qui raconte tant. Trop, peut-être ?… mais comment arriver à tenir la comptabilité de tout lorsque la langue, crue, tumultueuse, irrévérencieuse, emporte sans coup férir ?

S’agacer de mioches en train se réveiller « la barre dans le caleçon », les imaginer en train de s’essuyer, mouchoirs en papiers sur le sol de la chambre d’Abad ? Pas de quoi fouetter des ligues de vertu…

Difficile de résister tant le cadre fait exploser les convenances hypocrites. La Goutte d’Or, ce sont les Femen, qui habitent en face de chez Abad au démarrage de l’histoire. Et comment ne pas mater des seins à treize ans, quand un tel spectacle s’offre à vous ? Trouver à redire aux Barbapapas (un groupe de barbus islamistes) qui veulent mettre le quartier sous leur coupe, conduit par Omar le Salaf, frère de Batman, surnom donné à la fillette encagée dont Abad est tombé amoureux ? Allons donc… n’essayez même pas. Prenez même le temps d’admirer le courage de la romancière et…laissez-vous vous emporter par cette première fiction qui déchire !

 

partagez cette critique
partage par email

q u o i  l i r e ? découvrez les coups de coeur des libraires cette semaine  #97

Retour à la page d'accueil