Silens moon
Pierre Cendors

Le Tripode
mars 2019
188 p.  19 €
 
 
 

je joue !

jusqu'au 22 septembre 2019

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 Les internautes l'ont lu
coup de coeur

En plein jour, la nuit

Pierre Cendors publie là son huitième roman, toujours aussi envoûtant et poétique, comme une réécriture du « Loup des steppes » de Hermann Hesse ; de ce dernier, il possède la mélancolie et la vision d’un monde qui s’obscurcit. Avec la sensibilité qu’on lui connaît, Pierre Cendors joue des effets de miroirs, de roman dans le roman, de doubles, d’échos dans le silence et la solitude de paysages intérieurs pour créer une œuvre magnétique.

Herne Heimlicht, jeune employé d’une compagnie d’assurances, vit chez sa tante, propriétaire d’une pension de famille. Un jour, un certain Harry Haller, homonyme du protagoniste du « Loup des steppes », vient y louer une chambre. Discret, doté d’une « sorte de mélancolie orpheline, d’inaptitude sociale propre à l’intellectuel », il fait l’objet d’un certain mépris de la part du jeune homme. Quelques douze ans plus tard, en 1935, alors que « la banquise à la dérive des nations laissait déjà entendre des craquements sinistres », la pension de famille est vendue et la tante de Herne meurt en le désignant comme son unique héritier. A l’aube de ses quarante ans, celui-ci est frappé d’une profonde crise existentielle, et reçoit comme un avertissement du destin le faire-part de décès d’un homonyme. Troublé, notre héros cherche à connaître la vie de cet autre Herne Heimlicht, gueule cassée de la Grande Guerre qui finit par le hanter et dont le souvenir posthume accentue son mal de vivre, jusqu’au soir où le hasard le conduit au « Morador », un cabaret où règne l’humour noir décadent. Herne y devient un habitué, aimanté par la chanteuse des lieux, la belle et énigmatique Nada Neander.

Parcouru par l’inquiétude d’une idéologie mortifère qui conduira l’Europe à la catastrophe, « Silens Moon » est placé sous le double signe du silence et de la nuit. Les lecteurs de Pierre Cendors reconnaîtront son style unique, poétique jusqu’à l’onirisme nervalien, qui inscrit son roman dans la lignée de ses précédents, avec des clins d’œil pour les familiers, des jeux sur l’onomastique et des références littéraires habilement voilées.

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