Taqawan
Eric Plamondon

QUIDAM EDITEUR
janvier 2018
220 p.  20 €
 
 
 
 Les internautes l'ont lu
coup de coeur

Takalire, tu seras scotché ;-)

J’avais entendu parler de ce roman lors d’une émission à la radio.
J’avais pris note de la référence, l’histoire des amérindiens est un sujet qui a toujours retenu mon attention.
Je suis ravie en refermant ce livre et à plusieurs tires.
Le contexte dans lequel se situe l’histoire est très bien documenté et décrit : que ce soit les incidents de Restigouche, l’histoire du Quebec, les références concernant la pêche, les repères linguistiques.
L’intrigue est rondement menée.
Les 4 personnages principaux sont parfaitement campés et représentent des archétypes.
La forme de l’écrit est particulière : de tout petits chapitres construisent un puzzle, un kaléidoscope, on entre dans le récit de différentes manières : c’est tantôt un personnage qui s’exprime, parfois une référence historique, de temps à autre des notions d’histoire naturelle ou de linguistique, le tout est extrêmement bien ficelé pour constituer un récit coup de poing qui m’a fait perdre haleine et m’a coûté quelques nuits blanches.

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Kwe’ !
Envie de sortir des sentiers battus ? Pas d’hésitation, je vous emmène à la rencontre des Indiens mi’gmaq, réserve de Restigouche (Listuguj), Québec. Et ce roman va vous en apprendre des choses !
D’abord, sachez qu’« en langue mi’gmaq, on nomme taqawan un saumon qui revient dans sa rivière natale pour la première fois » et en juillet, les mi’gmaq pêchent beaucoup de taqawan.
Bon, vous connaissez deux mots : « mi’gmaq » et « taqawan », c’est un bon début ! Encore un ? Oh, vous êtes doué en langues ! Voici « toboggan » qui signifie luge en mi’gmaq. Ajoutez maintenant « miskwessabo » (vous pouvez vous le permettre vu votre aisance) et vous connaîtrez le nom de la soupe aux huîtres (pas d’inquiétude, page 104, l’auteur vous en fournit la recette pour dix personnes – ah, vous êtes cinq ? Divisez par deux!) Quand je vous sentirai plus à l’aise, nous aborderons la phrase : proverbe mi’gmaq : « Mutt sangewite’lm’g moqwa’ wen gesatgit nmu’j negmewei. » Quoi, vous avez reconnu du breton ? Faut arrêter le chouchen. Pas de traduction, ce n’est pas dans l’air du temps quand on apprend une langue ! Vous comprendrez quand vous parlerez mi’gmaq, vous y êtes presque ! (Autrement la traduction se trouve page 189!)
Bon, maintenant un peu d’histoire : « Dans les livres d’histoire anglais, il est écrit quelque part que John Cabot ramena trois Mi’gmaq en Angleterre en 1497. Dans les livres du Québec, le premier contact d’un Européen avec les Mi’gmaq date de 1534. »
Quelques bribes de géo… écoutez bien, après, interro !
« On sait que les Mi’gmaq sont des nomades arrivés en Amérique par le détroit de Béring, depuis le cap Dejnev jusqu’en Alaska. »
Étude de mœurs : ils pêchent le saumon. Depuis toujours.
Des faits : le 11 juin 1981 : le ministère québécois du Loisir, de la Chasse et de la Pêche a envoyé trois cents policiers de la Sûreté du Québec en Gaspésie sur la réserve de Restigouche (Lestuguj) pour contraindre les Mi’gmaq à restreindre de façon drastique leur quota de pêche. Rien ne s’est fait en douceur, vous l’imaginez bien, et les filets ont été saisis dans la violence. Précisons que les Mi’gmaq pêchaient six tonnes de saumons par an, les pêcheurs sportifs de l’est du Canada huit cents tonnes et les bateaux-usines trois mille tonnes sans que ces derniers soient inquiétés.) Y aurait-il eu un motif politique derrière tout ça ? Un conflit entre le Québec et le Canada ? P’têt’ bien !
« Au Québec, on a tous du sang indien, dit un vieil homme, si ce n’est pas dans les veines, c’est sur les mains. » Il nous faudrait aborder maintenant l’aspect philosophique du problème : « Il faut se méfier des mots. Ils commencent parfois par désigner et finissent par définir. Celui qu’on traite de bâtard toute sa vie pour lui signifier sa différence ne voit pas le monde du même œil que celui qui a connu son père. Quel monde pour un peuple qu’on traite de sauvages durant quatre siècles ? » Vous avez quatre heures.
Allez, je n’en dis pas plus et vous laisse découvrir ces soixante-sept courts chapitres très rythmés et passionnants qui mêlent pour notre plus grand plaisir une foultitude d’infos et de réflexions sur … les Mi’gmaq (langue, histoire passée et présente, mythologie, mœurs, langues, croyances…), les conséquences tragiques de tout acte de colonisation, le saumon évidemment évoqué aussi bien en termes scientifiques que poétiques, le sirop d’érable (humm), le caviar (pas mal non plus), l’orignal (jamais goûté), la mouche sèche (jamais goûté non plus), Céline Dion (je ne savais pas où la placer dans ma liste – après les saumons, ça n’était pas terrible…) (je n’en ai pas goûté non plus, il va sans dire), le Chieftain 1976… le tout agrémenté d’un vrai roman policier avec quatre personnages de fiction : une indienne violée, un garde-chasse qui a démissionné, un indien qui a quitté la réserve et vit seul depuis des années, une jeune instit’ française.
Mélangez le tout et vous aurez un livre divertissant, passionnant, engagé comme on les aime, plein de suspense et qui se lit d’une traite !
Et en plus, la couverture est belle !
Nmu’ltes app !

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